mercredi, février 8, 2023
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Le ministre de l’Information de Bahreïn : il faut confronter les ambitions du régime iranien

Le ministre de l’Information de Bahreïn : il faut confronter les ambitions du régime iranien

Le ministre de l’Information de Bahreïn, Ali al-Ramihi, a déclaré que les pays de la région devraient confronter l’ingérence du régime iranien et faire barrage à ses ambitions expansionnistes. Celles-ci se reflètent dans le soutien du régime iranien aux groupes terroristes et extremistes dans la région.

Le ministre de l’Information à Bahreïn a demandé à la communauté internationale de faire des efforts pour contrer le terrorisme du régime iranien et pour assécher les ressources financières et les renseignements des groupes extrémistes.

Ali al-Ramihi a ajouté : « La réunion entre le Conseil de coopération arabe et les États-Unis, tout comme la conférence américano-arabo-islamique dans la capitale saoudienne à Riyad sont des pas en avant afin de faire pression sur le régime iranien. »

Un plan élaboré par les autorités de Téhéran vise à déstabiliser le Bahreïn et a pour objectif d’y installer un pouvoir inféodé aux mollahs de Téhéran. Le but stratégique du régime khomeyniste est de prendre pied dans la péninsule arabique en manipulant les populations chiites, majoritaires dans certaines parties de cette région, pour s’assurer une position hégémonique, grâce notamment à la propagation de l’islamisme radical sous sa version chiite, allant des deux côtés du Golfe persique au Proche et Moyen-Orient jusqu’aux côtes méditerranéennes. Le plan de déstabilisation a eu des épisodes divers dont voici quelques éléments clés :

La création du « Hezbollah du Golfe » en 1984 par le CGR (pasdarans)

En 1984, le régime de Khomeiny crée un corps armé appelé « le Hezbollah du Golfe », qu’il place sous le commandement du général de brigade du CGR, Mohammad-Mostafa Najjar qui avait séjourné au Liban depuis 1982 en tant que premier chef de pasdarans dans ce pays. Najjar sera plus tard nommé ministre de l’Intérieur du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013).

Le « Hezbollah du Golfe » sera ensuite mis sous la tutelle de la Force Qods (force extra-territoriale des Pasdaran), après la création de cette dernière par le Corps des pasdarans en 1990. Parallèlement à cela, le 6ème corps de la Force Qods, placé sous le commandement du général de brigade du CGR, Ahmad Sharifi, a pour mission d’exporter le terrorisme et de soutenir le renversement des gouvernements en place dans les pays du Golfe persique. Le général Sharifi jouera ainsi un rôle actif dans les troubles internes du Bahreïn en 1993. Il sera également le chef de l’opération terroriste contre la Tour Khobar en Arabie saoudite en 1996.

Depuis 2004, le dossier du Yémen, tout comme celui du Bahreïn, est entièrement géré par le général de brigade du CGR Amirian. Il dirige, en effet, la branche de la force Qods qui traite en particulier des pays du Golfe persique et de la péninsule arabique.

La création d’un « think tank » sous l’appellation d’ « Andicheh-sazan-e Nour »

[littéralement « bâtisseurs des pensées lumineuses »] qui traite des questions politiques de la région du Golfe persique au sein de la Force Qods. Dirigée par le général de brigade Saadollah Zareï, cette entité comporte plusieurs branches, une première s’occupant de la région du Golfe persique, une seconde étant un comité pour l’Afrique du nord, une troisième travaillant quant à elle sur le Moyen-Orient en général. « Andicheh-sazan-e Nour » fournit des renseignements et des analyses au sujet du Bahreïn, à la fois au Bureau du Guide suprême, aux chefs des trois pouvoirs, au QG du Corps des pasdarans ainsi qu’à celui de la Force Qods. Un certain Mirabian, qui a déjà effectué des séjours au Bahreïn, en Arabie saoudite et en Irak, travaille également sur les affaires du Bahreïn au sein de cette entité.

La décision du Conseil supérieur de la sécurité du régime iranien (le CSSN)

Suite aux troubles qui ont secoué Bahreïn en avril 2011, le CSSN a décidé que Téhéran – tout en évitant ce qui pourrait apparaître, au vu de ses agissements dans le passé, comme une ingérence directe ou trop ouverte – devait s’investir dans « le processus de changement au Bahreïn » qui semblait irréversible dans le sillage des révoltes du « printemps arabe ». Il fallait alors, selon cette décision, réactiver les opérations secrètes par le biais des pasdarans et de la Force Qods.

Il convient de souligner que depuis le début de la crise au Royaume de Bahreïn en février 2011, Khamenei en personne a évoqué cette question au cours de 17 discours, entre mars 2011 et juin 2012, soulignant que l’intervention au Bahreïn était un « droit » et un « devoir » pour le système « Velayat-e Faqih » [régime du Guide suprême religieux]. Suite aux déclarations du guide, d’autres dirigeants du régime ont exprimé le souhait de voir le gouvernement bahreïni renversé et ont réclamé son annexion à l’Iran. Ainsi, par exemple, le Ahmad Jannati, l’imam ad intérim de la prière de vendredi à Téhéran a déclaré, lors de son discours du vendredi 8 juillet 2011 : « Le Bahreïn doit être conquis par l’islam et les musulmans pour pouvoir vaincre les troupes américaines qui [y sont présentes] dans des uniformes saoudiens ».

Les agissements de Téhéran au Bahreïn par le biais du Hezbollah libanais
Suite à la décision du CSSN, la Force Qods mobilise des éléments du Hezbollah libanais au Bahreïn sous couvert des relations commerciales, liens familiaux, etc. Ainsi, selon une information en provenance de l’Iran, en février 2015, le Dr. Rached al-Rached, un dirigeant du mouvement « Tayyar al-amal al-eslami » qui œuvre pour le renversement du gouvernement bahreïni, a quitté Bahreïn pour se rendre en Iran en 2011, et s’installer à Téhéran. Le gouvernement de Manama l’a déchu de sa nationalité bahreïni. A Téhéran, il agit sous la responsabilité du général Amirian, un des adjoints de Qassem Soleimani. La Force Qods organise des séminaires aux universités de Meched, Qazvin, Ispahan ou Chiraz afin qu’il donne des cours ou des discours au sujet de la « révolution en marche au Bahreïn ». Il bénéficie de moyens importants (comme une heure d’émission par jour diffusée par les chaînes de télévision de langue arabe Al-Alam (financé par Téhéran) et Al-Manar (lié au Hezbollah libanais) pour faire avancer l’idée d’une révolution islamique sur le modèle iranien au Bahreïn.

En 2014, Qassem Soleimani, chef de la Force Qods, informe Al-Rached que le dossier du Bahreïn avait été transféré au Bureau de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais. Al-Rached se rend alors à Beyrouth où il désigne, Cheikh Hassan Hamadeh, un des adjoints de Nasrallah, comme le responsable des affaires du Bahreïn.

Le régime iranien use de son puissant réseau d’influence en Irak pour agir au Bahreïn

En exécution des décisions du CSSN, Qassem Soleimani, chef de la Force Qods, a demandé aux responsables de cette dernière d’inclure la situation au Bahreïn dans toutes leurs rencontres avec les autorités irakiennes les incitant à apporter leur soutien politique voire militaire, aux auteurs des émeutes du Bahreïn. Lors de la visite à Téhéran, en avril 2011, de Faleh Fayaz, conseiller du gouvernement de Bagdad pour la sécurité nationale, un responsable du CSSN pour les affaires extérieures et de sécurité lui a expliqué que l’insurrection des chiites du Royaume s’étant trouvée dans une impasse, après l’intervention militaire des Saoudiens, et puisque l’intervention directe de l’Iran dans ce pays est susceptible de provoquer des réactions régionales et internationales, alors il faudra que l’Irak, la Syrie et le Hezbollah mettent en œuvre les moyens nécessaires, en coordination avec l’Iran, pour briser cette impasse. Des chefs de la Force Qods ont également souligné, lors d’une rencontre avec Ibrahim al-Ja’afari (l’actuel ministre irakien des Affaires étrangères) le rôle que pourrait jouer le Parti irakien al-Dawa pour intensifier la crise au Bahreïn, insistant sur le fait que l’insurrection au Bahreïn devait se poursuivre par des actions armées.

-L’utilisation des groupes d’opposants bahreïnis installés en Iran et leurs deux tendances (ceux qui œuvrent pour le renversement du système du pouvoir à Manama, et ceux qui prônent une réforme du système), les voyages en Iran des chefs de groupes d’opposants bahreïnis, à commencer par celui du cheikh Issa Ahmad Qassem, représentant de Khamenei et d’Ali al-Sistani au Bahreïn ; la tenue de la sixième session de l’Assemblée mondiale de réveil islamique à Téhéran, à laquelle a assisté Seyed Majid Mach’al, l’un des dirigeants de la communauté chiite de Bahreïn, montrent clairement que la République islamique du guide suprême n’a, en rien, renoncé à attiser les affrontements internes au Bahreïn jusqu’à la réalisation de son objectif final d’annexion de l’archipel qui lui donnerait une assise stratégique précieuse dans le Golfe persique et la péninsule arabique.