lundi, décembre 5, 2022
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Le Guide suprême sort affaibli du bras de fer avec son favori

Par jean Levert

Afrique Asie, juin 2011 – Le feuilleton auquel nous assistons depuis quelques semaines au sommet du pouvoir iranien est grave et lourd de conséquences. L’histoire a commencé avec l’éviction de Heydar Moslehi, le ministre du sacrosaint organe de renseignement, le terrible Vevak. Immédiatement le guide suprême, dont les renseignements et les Affaires étrangères sont les domaines exclusifs – en tout cas bien plus que les autres – l’a remis en selle. Cela n’a rien de surprenant. Le principe du guide suprême autorise Ali Khamenei à nommer ou révoquer les ministres, comme il l’autorise à fouiner son nez partout où les intérêts de son pouvoir sont en jeu.

Or cette fois, son poulain Ahmadinejad n’a pas apprécié et l’a fait savoir par une grève d’une dizaine de jours, délaissant le conseil des ministres qu’il devait… présider. Quand, à coups de menaces et de prières, le président en exercice accepte de mettre fin à sa bouderie et de regagner son poste, il exige illico le départ de Moslehi. Coup de théâtre, il s’agit d’un véritable sacrilège puisque le Guide entre-temps a réintroduit le ministre dans ses fonctions.

Le courant conservateur rival qui domine le parlement (Majlis) se déchaîne alors contre le président. Réponse d’Ahmadinejad : il révoque subitement trois ministres, du Pétrole, Massoud Mirkazemi, des Affaires sociales Sadegh Mahsouli et de l’Industrie Ali Akbar Mehrabian. Il s’octroie à lui-même le ministère du Pétrole. Un pied-de-nez radical au Majlis qui demandait certes une réduction des ministères, mais pas de cette manière.

La querelle en apparence tourne autour du beau-père du fils d’Ahmadinejad et son actuel directeur de cabinet Esfandiar Rahim Machaï. Moslehi aurait mis ce dernier sur écoute. De nombreuses personnes de son entourage ont été récemment arrêtées pour sorcellerie. L’aile rivale reproche à Machaï d’avoir envoûté le président et d’avoir mis sur pied des cercles maçonniques.

Quelle que soit la nature du conflit, le bras de fer s’est déplacé au sein du clan du Guide suprême : entre lui et son protégé. L’affaire est grave puisque la sédition vient du « serviteur » favori. C’est pour conserver ce même « serviteur » à la présidence que Khamenei s’était personnellement exposé en prenant largement partie lors de l’épisode de l’élection présidentielle frauduleuse de 2009.

La raison du conflit est ailleurs. La montée de la révolte arabe, mine de rien, fait fondre les chances de survie du pouvoir. Le Guide sait très bien que le calme est précaire et que le mécontentement va bientôt éclater avec une intensité encore plus violente. Alors qu’il s’apprête à donner un tour de vis, il ne peut tolérer qu’Ahmadinejad touche à son domaine réservé. Pour mieux contrôler la situation, la direction du régime s’est réduite à peau de chagrin, cinq hommes : Khamenei, son fils (Mojtaba), Jafari le commandant du corps des gardiens de la révolution, Hedjazi, le conseiller de Khamenei en matière de renseignement et Taeb, le patron du renseignement des pasdaran.

Le problème reste qu’évincer le président qui incarne l’image du régime s’avère impossible. L’affaire peut donc durer. Mais plus elle se prolongera, plus les troupes du Guide suprême prendront conscience de son extrême fragilité. Selon certains mollahs du sérail, il s’agit de la crise la plus aiguë et la plus dangereuse de ces trente dernières années. n

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