mercredi, février 8, 2023
AccueilActualitésActualités: Iran & MondeL'AIEA dénonce la ''non-coopération'' de l'Iran

L’AIEA dénonce la  »non-coopération » de l’Iran

Des traces suspectes de plutonium et d’uranium hautement enrichis ont été découvertes en Iran.

Par Maurin Picard

Le Figaro – L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), saisie de l’enquête sur le programme nucléaire iranien, dénonce à nouveau le manque de coopération de Téhéran et son « insuffisante transparence ».
 
Le 12e rapport d’étape des inspecteurs, qui sera présenté le 23 novembre au conseil des gouverneurs de l’agence, à Vienne, ne déroge pas à cette règle. Dans un document confidentiel de quatre pages, que Le Figaro a pu se procurer, le directeur général de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, précise qu’en raison des trop « nombreuses questions en suspens » ses services ne sont toujours pas en mesure de conclure à la « nature pacifique du programme nucléaire de l’Iran ».

Entrés pour la première fois sur le territoire iranien en février 2003, les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas trouvé « l’arme du crime », qui eût permis de confondre Téhéran et de prouver qu’il cherche à se doter de l’arme nucléaire.

 Indifférence aux sanctions

Ce faisceau de présomptions est repris dans le rapport, qui presse l’Iran de se conformer à ses obligations de transparence au titre du traité de non-prolifération (TNP). Depuis le dernier rapport, rendu public le 31 août, les limiers de Vienne auraient découvert des ­traces suspectes de plutonium et d’uranium hautement enrichi (UHE), après prélèvement d’échantillons dans des conteneurs provenant d’un centre de stockage de déchets, à Karaj, à 30 km à l’ouest de Téhéran. Au-delà d’un taux supérieur à 20 %, l’uranium est considéré comme « hautement » enrichi, et seules des applications militaires peuvent justifier une telle opération. En 2003 et 2004, les enquêteurs onusiens avaient déjà trouvé des traces de contamination à 36 et 45 %, là non plus sans obtenir d’explication valable de la part de Téhéran.

 L’AIEA relève en outre que l’Iran poursuit ses activités nucléaires, sans plus se soucier de la menace de sanctions planant au-dessus de sa tête, émise par le Conseil de sécurité, à New York. À Ispahan, la conversion de l’uranium, étape préalable à l’enrichissement, a permis d’obtenir 55 tonnes d’uranium gazeux (UF6) depuis le début du processus, en juin dernier. À Natanz, une deuxième cascade de 164 centrifugeuses serait désormais opérationnelle, tandis que 34 kg d’UF6 y auraient été introduits entre le 13 août et le 2 novembre. À l’arrivée, quelques grammes d’uranium enrichi à 5 %.

On est loin, donc, des larges ambitions nourries par l’Iran, qui assure toujours vouloir disposer de « 3 000 centrifugeuses » d’ici à la fin de l’année persane, en mars 2007. Au rythme où avancent les scientifiques iraniens, l’Iran n’est pas prêt de disposer des « 60 000 centrifugeuses » évoquées mardi par le président Mahmoud Ahmadinejad. Mais, précise l’AIEA, ces données ne portent que sur les installations et matériels déclarés par Téhéran. Sans présumer de ce qui pourrait se trouver ailleurs qu’à Natanz et Ispahan.