mardi, février 7, 2023
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La Journée internationale des victimes de disparitions forcées

Par Mansoureh Galestan 

Iran Human Rights Monitor, a publié un nouveau rapport sur le massacre de 1988 en Iran à l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparitions forcées

Le rapport du groupe de défense des droits humains a souligné que les détentions secrètes, les enlèvements arbitraires, les exécutions sommaires, la torture et les disparitions forcées font partie des pratiques couramment utilisées contre les opposants en Iran.

Les intellectuels dissidents et les étudiants, les groupes ethniques et les minorités religieuses, ainsi que les membres et les militants de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) ont toujours été pris pour cible, selon le rapport.

Avec la répression violente des dernières manifestations à Téhéran et dans d’autres villes qui réclamaient pacifiquement la liberté le 20 juin 1981, la répression du régime a pris un tournant violent et a culminé avec le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, écrit Iran HRM le 29 août.

Et d’ajouter : « Au cours de l’été 1988, une vague d’assassinats intenses a commencé dans les prisons d’Evin et de Gohardacht, à Téhéran et à Karaj, respectivement. Les exécutions massives se sont ensuite étendues à d’autres prisons à travers tout le pays. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques, pour la plupart membres de l’OMPI, ont été parmi les victimes de disparitions forcées en Iran et exécutés de façon extrajudiciaire au cours du massacre ».

Plusieurs parmi les victimes avaient purgé de longues peines de prison et attendaient d’être libérées. Certains avaient déjà purgé leur peine initiale, mais n’ont jamais été libérés. Les prisonniers, notamment les femmes et les adolescents, ont été pendus quelques minutes après avoir été interrogés par les membres des sinistres « commissions de la mort ».

Un autre incident important survenu à l’extérieur des prisons, mais parallèle aux massacres à l’intérieur, a été la disparition forcée d’anciens prisonniers ou de partisans de l’OMPI et leur exécution ultérieure, a déclaré le groupe de défense des droits humains.

« Les victimes ont été pendues par des chariots élévateurs à fourche et des grues ou à des poutres dans des bâtiments en construction, par groupes de cinq ou six à chaque demi-heure toute la journée. D’autres ont été tués par des pelotons d’exécution », a écrit Iran HRM.

« Le nombre de personnes exécutées était trop élevé pour être enterrées individuellement. Ils ont été jetés collectivement dans des tranchées creusées dans le but de constituer des fosses communes. Cette méthode avait été utilisée occasionnellement à Téhéran et ailleurs depuis 1981, mais en 1988, elle est devenue une procédure systématique pour disposer des corps des prisonniers. »

« On estime qu’il y a plus de 120 fosses communes en Iran qui contiennent les restes des victimes des disparitions forcées et des assassinats de 1988 en Iran. »

Le groupe de défense des droits de l’homme a souligné que de nombreux proches des victimes massacrées n’ont jamais été informés des massacres ni de l’endroit où leurs proches avaient été ensevelis.

Des mois plus tard, les familles qui cherchaient désespérément des informations sur leurs enfants ou leurs conjoints recevaient un sac en plastique avec leurs quelques biens. On leur refuserait toute information sur l’emplacement des tombes et on leur ordonnerait de ne jamais les pleurer en public.

Dans de nombreux cas, aucun certificat de décès n’a jamais été délivré. 

Les familles qui cherchaient à retrouver les tombes de leurs proches ont été arrêtées et torturées.

Jusqu’à présent, le régime des mollahs a pris de nombreuses mesures dans tout l’Iran pour supprimer les traces des fosses communes appartenant aux victimes du massacre de 1988. Ils ont construit de nouveaux bâtiments et de nouvelles routes sur ces tombes, ou les ont rasés au bulldozer et les ont transformés en nouveaux cimetières.

Aucun des responsables du régime n’a jamais été poursuivi pour son implication dans le massacre et un beaucoup parmi eux occupent des postes de responsabilité au sein du gouvernement.

Plus de trois décennies après le terrible massacre de 1988, le sort des victimes de disparitions forcées et l’endroit où elles se trouvent sont toujours inconnus de leurs familles.

Il est presque impossible pour les membres de la famille d’obtenir justice lorsque de nombreux auteurs de ce crime contre l’humanité occupent aujourd’hui des postes de haut rang au gouvernement et n’ont jamais été tenus responsables.

Les membres de la famille qui osent rechercher la vérité et la justice ont été victimes de harcèlement, d’intimidation, d’arrestations et de détentions arbitraires, ainsi que de torture et d’autres mauvais traitements sans relâche.

Depuis 2016, les noms de près de 100 membres de la « Commission de la mort » ont été révélés.

Certains des responsables des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires et des membres des commissions de la mort comptent parmi les plus hauts responsables qui dirigent actuellement le régime, notamment le Président de la Cour suprême, Ebrahim Raïssi et le soi-disant ministre de la justice. Tous, cependant, sont restés impunis.

Plusieurs parmi eux, notamment le Guide Suprême des mollahs, Ali Khamenei, ont ouvertement défendu le massacre de 1988. Ils ont même déclaré qu’ils en étaient fiers.

Crimes contre l’humanité en cours

Tant que les détails sur le sort des personnes assassinées de façon extrajudiciaire et le lieu où elles se trouvent resteront cachés, les crimes de disparition forcée, commis à tout moment, resteront des violations des droits humains imprescriptibles.

En décembre 2018, Amnesty International a publié un rapport de 201 pages intitulé « Des secrets ensanglantés : « Pourquoi les massacres de prisons perpétrés en Iran en 1988 sont des crimes contre l’humanité ? ». Amnesty International a demandé à l’ONU de lancer une enquête indépendante pour aider à traduire en justice les responsables de ces crimes odieux.

Par ailleurs, les récents propos de Mostafa Pourmohammadi, conseiller du chef du pouvoir judiciaire des mollahs, qui a défendu les exécutions extrajudiciaires massives de 1988, ont mis en lumière les atrocités du régime et la manière dont elles se poursuivent à ce jour, soulignant la nécessité de la mise sur pied d’un tribunal international compétent chargé par l’ONU de traduire leurs auteurs en justice.

Pourmohammadi était membre de la « Commission de la mort » de Téhéran qui a ordonné l’exécution de milliers de prisonniers, qui purgeaient leur peine de prison en 1988.

Pourmohammadi, qui a été ministre de la Justice d’Hassan Rohani (2013-2017), a récemment défendu les meurtres horribles et les disparitions forcées de milliers de dissidents, pour la plupart des membres de l’OMPI.

S’adressant à l’hebdomadaire Mossallass, Pourmohammadi, 59 ans, a insisté sur le fait qu’il ne devait pas être tenu responsable des exécutions massives de l’été 1988. Au contraire, il a blâmé les victimes, affirmant que tous les membres restants de l’OMPI devraient également être tenus responsables, jugés et punis.

Interrogé sur les exécutions massives de 1988 et les « calomnies » dirigées contre le régime pour le massacre, Mostafa Pourmohammadi a déclaré que le régime était « en guerre » et que personne ne devrait s’attendre à ce qu’il suive « les procédures légales et considère les droits citoyens et humains » en temps de guerre.

Les propos de Pourmohammadi nous rappellent d’une façon violente comment les responsables du régime se sont enhardis à poursuivre leurs crimes après des années d’immunité suite à l’aveuglement de la communauté internationale face à leurs atrocités.

Aujourd’hui encore, le régime des mollahs qualifie ses opposants d’« ennemis de Dieu » et les exécute sans procédure judiciaire ni représentation légale appropriée.

Nécessité d’une action internationale

Le rapport de l’Iran HRM indique que la communauté internationale et en particulier l’ONU ont l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à l’impunité dans ce dossier.

« Ne pas tenir Téhéran responsable ne ferait qu’encourager les autorités iraniennes à poursuivre leurs violations flagrantes des droits humains. »

« Nous exhortons la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et ses États membres, ainsi que les autres agences des Nations Unies concernées, l’Union européenne et tous les défenseurs des droits de l’homme et de la justice à mettre un terme à l’immunité des responsables du massacre de 1988. »

« Le moment est venu de soumettre au Conseil de sécurité de l’ONU le dossier des violations des droits de l’homme en Iran, en particulier les disparitions forcées et les exécutions des années 1980 et le massacre de prisonniers politiques en 1988. »

« Le temps est venu pour Khamenei et ses complices de faire face à la justice pour leurs crimes contre l’humanité. »

« Le temps est venu pour les Nations Unies de lancer une mission d’enquête internationale indépendante pour déterminer le sort des victimes de disparitions forcées lors du massacre de 1988 en Iran », a ajouté le groupe.