jeudi, décembre 1, 2022

La Cité d’Achraf

 Un mouvement de libération, ayant renoncé à l’action armée et qui propose pour l’Iran un programme de réformes qui placera ce pays parmi les sociétés les plus avancées, a été classé terroriste par le département d’Etat et le Conseil de l’UE

par Alejo Vidal-Quadras

La Razon (quotidien espagnol), 3 novembre – Il y a deux semaines, je suis me suis rendu à la tête d’une délégation de l’intergroupe des « Amis d’un Iran Libre » du parlement européen au Camp de réfugiés de l’organisation iranienne des Moudjahidine du peuple dans le nord-est de l’Irak, près de la frontière avec la république islamique.

Ce mouvement a été fondé à la fin de l’époque du chah et depuis il mène une lutte tenace contre les totalitarismes qui ont opprimé l’Iran durant son histoire agitée de la moitié du XXe siècle. D’abord la dictature de Mohammad-Reza Pahlavi, puis le régime religieux inique des ayatollahs, qui est un des systèmes politiques les plus brutaux et cruels de l’époque contemporaine. Aujourd’hui, les Moudjahidine du peuple sont la composante principale de la plateforme multipartite qui s’appelle le Conseil national de la Résistance iranienne, dirigé par une femme admirable, Maryam Radjavi, d’une ténacité héroïque – il suffit de dire que deux de ses sœurs ont été assassinées par les criminels de Khomeiny – et dont le mouvement bénéficie d’un soutien croissant en Europe et aux Etats-Unis. Il peut incarner sans le moindre doute le meilleur espoir de millions de ses compatriotes qui souffrent de la dictature intégriste qui a recours à une vaste échelle à la répression, à la torture, à la prolifération nucléaires et au soutien au terrorisme international. Grâce à la coopération que je maintiens avec le CNRI, avec beaucoup d’autres collègues de diverses tendances idéologiques du Parlement européen, à partir de mon arrivée à Bruxelles en 1999, j’ai pratiquement pu vivre quelques unes des expériences les plus riches en émotions et extraordinaires de ma longue vie politique. 

A deux reprises, j’ai eu l’occasion de m’exprimer devant une foule de 50.000 Iraniens en exil, des sympathisants enthousiastes du CNRI et des partisans de Maryam Radjavi, lors de rassemblements de masse près de Paris, dans un climat de ferveur démocratique, d’abnégation et de détermination. Comme tant d’autres représentants du parlement européen, du congrès des Etats-Unis et de divers parlement nationaux de notre continent qui ont eu le privilège d’y participer, j’ai été submergé d’émotions très difficile à décrire.  Lors des nombreuses réunions de travail que j’ai eu avec les dirigeants de l’opposition démocratique aux ayatollahs, j’ai pu constater la noblesse de leurs intentions, la hauteur de leur approche et l'honnêteté absolue qui anime leurs actions.

Toutefois, pour notre honte et notre déshonneur, ce mouvement de libération qui a renoncé à l’action armée et qui propose pour l’Iran un programme de réformes qui placera ce pays parmi les sociétés ouvertes les plus avancées du monde, a été classé comme terroriste par le département d’Etat américain et le Conseil de l’Union européenne. Les motifs de cette mesure sont injustifiables : des contrats de milliards d’euros pour les entreprises européennes opérant en Iran d'une part, et d’autre part la vaine tentative de contenir les ayatollahs dans leur promotion du terrorisme et leur obstination à se doter des armes nucléaires. De même cette décision est incompatible avec la légalité, car à quatre reprises les tribunaux ont donné raison aux Moudjahidine du peuple d'Iran et déclaré illégale leur inscription sur la liste du terrorisme. Le tribunal de première instance de l’Union européenne dans des verdicts successifs rendus en décembre 2006 et en octobre 2008, comme la haute cour britannique dans sa décision de novembre 2007 et celle à caractère définitif et ferme de la cour d’Appel en mai 2008, ont considéré l’étiquette terroriste des Moudjahidine contraire au droit. Malgré tout, le Conseil des ministres de l'Union européenne n'a toujours pas corrigé cette situation inacceptable et embarrassante d’un point de vue légal comme d’un point de vue éthique.

Dans ce contexte, notre visite à Achraf revêt une signification très particulière. Elle voulait donner le moral à ces trois mille Iraniens, hommes et des femmes, qui ont construit en plein désert une ville parfaitement équipée avec des zones résidentielles, des centres de formation, des hôpitaux, des musées, des ateliers de mécaniques et électriques, des monuments, des parcs et des jardins et probablement le seul endroit où des milliers de kilomètres carrés d’arbres ont plantés. Des gens capables de faire éclore sur les plaines sèches et arides de l’Irak un centre de civilité, de travail, d'ordre, de propreté et de discipline, avec peu de moyens, à la merci de toutes sortes de dangers, uniquement à force de talent, d'effort, de créativité et de détermination, méritent tout le soutien de l'Occident et de ne pas être traitée comme une monnaie d'échange pour obtenir plus face aux intimidations d'un régime criminel. L’Iran des ayatollahs est actuellement la plus grande menace pour la paix et la stabilité de la planète à laquelle nous sommes confrontés. La maladresse et l’immoralité de la stratégie suivie par l’Union européenne et les Etats-Unis pour la neutraliser, provoquent la stupeur quand ce n’est pas l’indignation.

 

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