CNRI – (voir le clip sous-titré) «Le monde se tait maintenant. Qu’est-il arrivé aux médias ? Qu’est-il arrivé au célèbre New York Times, et Le Monde à Paris, et aux chaînes de télévision ? Faut-il comprendre qu’il ya une différence entre des victimes et d’autres victimes. Certaines victimes, oui, nous en parlons et d’autres nous n’en parlons pas. Je tiens donc à comprendre les rédacteurs en chef. Qu’est-ce qui les fait décider de ne pas parler d’Achraf ? », a déclaré Elie Wiesel à Port-Marly le 27 avril.
Il s’exprimait dans une conférence sur le massacre commis à Achraf le 8 avril par les forces irakiennes aux ordres de Nouri Maliki. Une vidéo bouleversante a été diffusée sur cette tuerie. Les nombreux orateurs se sont penchés sur cette crise, la responsabilité de la communauté internationale et le rôle de la Résistance iranienne dans l’édification de l’Iran de demain. Aux côté de la Présidente élue du CNRI Maryam Radjavi, il y a avait, outre le Pr. Wiesel, Le général James Jones, ancien conseiller à la Sécurité nationale du président Obama, le général Wesley Clarke, qui a été commandant suprême des forces de l’OTAN, Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidentielle colombienne, William Bourdon, avocat des droits de l’homme, Jean-Pierre Spitzer, expert en droit européen et modérateur de la conférence, ainsi que le député suédois Kent Olson.
Voici les moments forts de l’intervention d’Elie Wiesel :
Mes chers amis et collègues, je suis venu ici un peu fatigué. J’ai passé quatre heures la nuit dernière à New York à attendre le vol, mais à cause du brouillard, il n’a pas pu décoller. Cependant, je suis là maintenant et j’ai écouté et vu ce qui a été montré. Et j’ai une question. Comment se fait-il que je ne connaissais pas Achraf jusqu’à il y a quelques mois, quand quelques-uns de vos amis et dirigeants m’ont appelé pour me parler?
J’ai fait le serment après la guerre, que j’ai cité dans mon discours quand j’ai reçu le Nobel, que chaque fois et partout où des êtres humains seront persécutés, je ne garderai pas le silence.
Alors, où est-ce que j’étais depuis 1993 ou 97 ? J’ai vu ces deux chiffres. Achraf était déjà un cauchemar, pourquoi je ne le savais pas ? Pourquoi le monde ne le savait pas ? Après tout, certains d’entre nous, nous tous ici sur scène, j’en suis sûr, lisons les journaux avec soin, et en raison de notre sensibilité à certaines tragédies, on cherche, désireux de trouver quelque chose. Je n’ai pas trouvé le mot Achraf jusqu’à récemment. Où était le monde?
M. Kennedy, vous avez mentionné mon premier livre « La Nuit ». En fait, il a été traduit du yiddish, ma langue maternelle, et le titre était « Et le monde se taisait ». Le monde se tait maintenant. Remarquez, je ne compare pas les tragédies, sûrement pas à celle que vous avez évoquée et qui s’est produite durant la Seconde Guerre mondiale. Mais le massacre des hommes, des femmes et des enfants est une tragédie qui devrait nous secouer. Or, personne ne savait.
Je vous le demande, à vous qui êtes si impliqués, corps et âme, avec l’intensité du témoignage réel, ce que vous ressentez. Qu’avez-vous ressenti durant ces années où vous avez probablement essayé de parler et d’être entendus et que vous ne l’étiez pas?
Qu’est-il arrivé aux médias ? Qu’est-il arrivé au célèbre New York Times, et Le Monde à Paris, et aux chaînes de télévision ? Faut-il comprendre qu’il ya une différence entre des victimes et d’autres victimes. Certaines victimes, oui, nous en parlons et d’autres nous n’en parlons pas. Je tiens donc à comprendre les rédacteurs en chef de ces journaux, ou de la NBC. Qu’est-ce qui les fait décider de ne pas parler d’Achraf ?
Mais je vous promets que maintenant que je sais, je vais essayer de faire tout ce que je peux pour réveiller ceux qui ont besoin d’être réveillés par cette tragédie.
Patrick [Kennedy], vous avez demandé ce que j’ai ressenti en regardant ces images. Je vous le dis, vous pouvez être sûr que, ce soir, je ne dormirai pas. Après avoir vu ce que j’ai vu, je ne dormirai pas. Je me connais, et donc je peux vous le garantir.
C’est peut-être moins compréhensible dans le clip, mais vous savez que depuis quelques années déjà, je mène une campagne partout dans le monde contre Ahmadinejad. Alors je devrais en savoir plus sur l’Iran par rapport à Achraf. Eh bien non. Je ne le sais même pas.
Est-ce qu’il s’agit de la première conférence, ou est-ce la deuxième ou encore…, je ne sais pas. Une chose est claire. Cela ne doit pas s’arrêter là. Je dirais, par exemple, ce que nous pouvons faire, avec ces collègues et amis qui siègent au panel, quand nous retournerons aux Etats-Unis, retrouvons-nous, pour dire : regardez, nous avons été les témoins des témoins, cela signifie une certaine obligation morale. Lorsque nous rentrerons, nous ne pouvons pas simplement tourner la page comme si nous n’avions pas vu ces images, comme si nous n’avions pas entendu les gens ici.
Que vous dire d’autres ? Vous connaissez des gens qui ont de l’influence. Nous connaissons des gens qui ont de l’influence, et peut-être nous devrions discuter vraiment de ce que nous devons faire pour pousser les gens à agir, parce que ça ne peut pas continuer, ça ne devrait pas continuer, ce n’est pas un simple événement.
Je vous dirais qu’un message doit sortir d’ici, un message appelant simplement chaque jeune, vieux, homme ou femme, honnêtes, qui croient en la noblesse de l’être humain, pour dire que chacun d’entre nous est maintenant totalement solidaire de ceux d’Achraf et de ceux qui travaillent et luttent pour leur libération et leur possibilité de vivre comme des êtres humains libres, qui croient en la noblesse de l’être humain partout dans le monde.

