jeudi, décembre 8, 2022
AccueilActualitésActualités: Droits humainsJ’étais un prisonnier politique en Iran et je ne vais pas me...

J’étais un prisonnier politique en Iran et je ne vais pas me réjouir du voyage en Europe de Rohani

J’étais un prisonnier politique en Iran et je ne vais pas me réjouir du voyage en Europe de Rohani

 « INDEPENDENT » par *Farzad Madadzadeh 

Combien de dirigeants du régime iranien vont marcher sur des tapis rouges en Europe avant que l’Occident se rend compte qu’aucun d’entre eux ne mettra fin aux exécutions en Iran, puisqu’ils sont tous issus du même système ? C’était le 19 février 2009, à 15H30. Alors que j’étais coincé dans des embouteillages à Téhéran, j’ai reçu un appel anonyme sur mon téléphone portable.

Mon interlocuteur m’a demandé : « Etes-vous M. Madadzadeh? ». J’ai répondu : « oui ». Il m’a dit que ma sœur venait d’être arrêtée parce qu’elle a été « mal-voilée » et que je devais aller au poste de police pour la faire libérer.

Lorsque je suis arrivé au poste de police, des personnes que je ne connaissais pas m’ont entouré, puis m’ont traîné contre ma volonté dans une voiture. Je leur ai demandé : « Qui êtes-vous ? » L’un d’eux a montré son pistolet et a dit : « On n’est pas tes amis. »

J’ai immédiatement réalisé que l’histoire fictive de l’arrestation de ma sœur était un traquenard et que je venais d’être arrêté par des agents du ministère des Renseignements. Ils m’ont bandé les yeux et m’ont directement emmené à la prison d’Evine dans le nord de Téhéran.

Mon voyage comme un prisonnier politique venait de commencer.

Je suis un militant de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le principal mouvement d’opposition iranien représentant les forces modérés qui souhaitent le départ du régime de la République islamique. Nous organisons les activités à l’intérieur de l’Iran et diffusons des informations sur la situation des droits de l’Homme en Iran.

J’ai été un prisonnier d’opinion pendant cinq ans. Ma peine de prison a commencé à l’époque d’Ahmadinéjad et s’est terminée sous Hassan Rohani. En prison, j’ai subi de nombreuses tortures physiques et psychologiques, lesquelles étaient conçues pour maximiser la souffrance et m’enlever ma dignité.

Après mon arrestation, pendant six mois, j’ai été placé en isolement et j’étais totalement coupé du reste du monde. Pendant cette période, j’étais très anxieux, car chaque jour, les geôliers me faisaient croire que ce jour pourrait être mon dernier jour.

Par rapport aux autres prisonniers politiques que j’ai connus, je suis en fait l’un des plus chanceux, puisque je suis encore vivant. Pendant les cinq ans où j’étais en prison, plusieurs de mes compagnons de cellules – des militants de l’OMPI et des prisonniers issues des minorités ethniques, notamment des Kurdes – ont été exécutés. Leur crime ? S’être levé et avoir revendiqué des droits les plus élémentaires dans leur pays.

Pendant ces cinq ans d’isolement, d’angoisse et de torture, l’une de mes sœurs et l’un de mes frères ont été tués au camp d’Achraf.

Je suis sorti de la prison en février 2014, mais j’étais constamment sous surveillance.

En août 2015, j’ai réussi à m’échapper et venir en Europe, après avoir défié une interdiction de sortie de territoire que le régime iranien m’avait imposé.

Depuis que je suis en exil en Europe, je voie de plus en plus que le soutien à la cause de la démocratie dans mon pays passe au second plan, en raison des intérêts économiques à court terme des partenaires commerciaux du régime des mollahs en Europe. Cette politique à courte vue qui privilégie les affaires, au détriment des droits de l’Homme, est menée sous le prétexte de la volonté de soutenir la faction « modérée » du régime des mollahs. Des personnes innocentes en Iran payent de leur vie le prix de cette politique cynique.

Hassan Rohani a l’intension de se rendre en Italie et en France à la fin de ce mois-ci. Il s’agit du premier voyage d’un président du régime des mollahs en Europe depuis environ 10 ans. Je voudrais demander : Où sont les signes de modération de ce régime ? Est-ce qu’il y a la liberté d’expression ? Est-ce que les prisonniers politiques ont été libérés ? Est-ce que les droits des femmes sont respectés ?

Et si le comportement des mollahs à l’intérieur de l’Iran n’est pas le premier souci de certaines personnes, je voudrais demander à ces personnes : Où sont les signes de modération dans la politique régionale du régime de Téhéran ? Le soutien au régime d’Assad qui massacre le peuple syrien, l’attaque contre l’ambassade de l’Arabie Saoudite à Téhéran et contre le consulat de ce pays à Machhad sont-ils des signes de modération ? Est-ce que le régime iranien a cessé son soutien aux groupes extrémistes et terroristes comme le Hezbollah au Liban ?

Certains gouvernements européens sont impatients de réchauffer leurs relations avec le régime d’Iran, mais les dirigeants de ce régime ont prouvé qu’ils sont au moins aussi anti-démocratiques et aussi inhumains que leurs prédécesseurs.

Presque trois ans après la prise de fonction de Rohani, la situation des droits de l’Homme en Iran est toujours très mauvaise. Depuis lors, il y a eu au moins 2.000 exécutions en Iran (le record mondial du taux d’exécution par habitant, un taux plus élevé qu’à l’époque d’Ahmadinéjad). Par ailleurs, la répression des activistes et des dissidents n’a fait que s’intensifier en Iran.

Je voudrais demander aux dirigeants européens : Combien de temps faut-il pour que vous abandonniez cette idée que le régime iranien est sur la voie de modération et un partenaire diplomatique convenable ? Combien de dirigeants du régime iranien vont marcher sur des tapis rouges en Europe avant que l’Occident se rend compte qu’aucun d’entre eux ne mettra fin aux exécutions en Iran, puisqu’ils sont tous issus du même système ?

Je ne suis pas un politicien, mais j’ai appris une leçon simple au fil des ans : une bonne politique commence avec une compréhension correcte de la situation. En ce qui concerne la situation en Iran, le point de départ est le suivant : l’idée qu’un mollah peut être « modéré » est un mirage, une fantaisie. La politique étrangère de l’Europe ne peut être fondée sur la fantaisie.

*Farzad Madadzadeh est un ancien prisonnier politique iranien, âgé de 30 ans, qui a été libéré de prison en 2014 et qui s’est échappé d’Iran en été 2015.

 

Source: INDEPENDENT

 

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe