Entretien.
Yves Bonnet : “L’Iran nous a manipulés”
Frédéric Pons le jeudi, 23/02/2012
dans Monde
Directeur de la DST (Direction de la surveillance du territoire) entre 1982 et 1985, député UDF de la Manche de 1993 à 1997, Yves Bonnet raconte dans le Grand Complot une étonnante affaire qui opposa en 2003 la DST et le Vevak, les services iraniens de renseignements. À le lire, la France fut intoxiquée par l’Iran dans une opération dirigée contre le principal mouvement d’opposition en exil.
Pourquoi dites-vous que la DST a été manipulée par le Vevak ? Je démontre que le Vevak a mis à profit l’invasion de l’Irak en 2003 et la chute de Saddam Hussein, son plus dangereux adversaire, pour tenter d’annihiler son opposition majeure, la résistance laïque et démocratique représentée par le CNRI en France et l’OMPI en Irak.
Comment cela s’est-il passé ? Des accords ont été passés avec les gouvernements américain et français pour mettre hors d’état de nuire ces opposants. Le Vevak livra de faux renseignements à la DST, exploités sans vérification, ce qui a conduit au fiasco final.
Peut-on dire que les Moudjahidine du peuple (OMPI) ne constituent pas un mouvement dangereux ? L’OMPI n’a jamais été une organisation terroriste. Cette organisation de résistance a lutté sur le territoire iranien contre un ennemi féroce, mais elle n’a jamais commis d’attentat hors d’Iran. La justice européenne a fait litière d’accusations mensongères et diffamatoires.
Pas la France ! Il est consternant de voir le gouvernement français se prêter à des campagnes de désinformation qui ne servent que les intérêts de l’Iran. Le gouvernement américain se prête, lui aussi, au jeu des mollahs en maintenant, sans la moindre preuve, l’OMPI sur la liste des organisations terroristes.
Le Vevak a-t-il gagné la partie après 2003 ? Il a échoué en Irak, dans la mesure où les résistants ont été regroupés dans un camp, Ashraf, placé sous la protection de l’armée américaine ; et en France, où toutes les procédures d’expulsion ou de mise en examen ont été finalement annulées, ce qui signifie que les services de police et la section antiterroriste version Bruguière ont été désavoués. Une nouvelle offensive commanditée par Téhéran vise aujourd’hui le démantèlement du camp d’Ashraf par un gouvernement irakien aux ordres.

