CNRI – « Saluons nos sœur iraniennes qui souffrent tant au camp Liberty et espérons qu’elles seront rapatriés à Achraf. Par son attitude, M. Kobler a déshonoré l’ONU. Ayons une pensée pour toutes nos sœurs qui souffrent ans les pays musulmans, et qui font partie du front anti-intégriste », a déclaré Anissa Boumediene le 9 mars à Paris.
L’ex-première dame algérienne, juriste et islamologue s’exprimait aux côtés de Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, et d’un millier de personnalités, de parlementaires et de femmes venues de 40 pays du monde en solidarité aux femmes iraniennes et aux femmes de Liberty et d’Achraf.
Voici les points forts de l’intervention de Mme Boumediene :
Une fois de plus nous voilà réuni pour célébrer le 8 mars, fête de la femme, dit-on. A cette expression moi je préfère substituer une autre expression, celle de fête de la lutte des femmes, en vue d’un partage égal avec les hommes dans tous les domaines, économiques, scientifique, social, culturel et bien entendu politique.
Certains ricaneront en disant que le cerveau féminin ne possède pas les mêmes aptitudes que le cerveau masculin. Je me contenterai de rappeler à titre d’exemple, que Marie Curie a obtenu en 1903 le prix Nobel de physique, en 1911 le prix Nobel de chimie et sa fille Irène Joliot-Curie a obtenu aussi le prix Nobel de chimie en 1935.
Sur le plan politique, l’histoire nous a laissé le nom de véritables souveraines qui ont exercé pleinement le pouvoir, pour ne citer que comme exemple rapidement, Catherine II de Russie, Elisabeth Ière d’Angleterre.
Certes, si la condition de la femme dans les pays occidentaux n’est pas parfaite et souffre de lacune, elle est quand même bien supérieure à celle qu’occupent les femmes dans les pays musulmans en général, parce que dans les pays occidentaux, la femme peut s’exprimer en toute liberté. Pourquoi ces différences ?
Certains peu au courant de l’histoire de la civilisation islamique diront que c’est l’islam qui est responsable. Je leur dirai, en citant un propos du président Boumediene en 1972 qui attirait l’attention sur la nécessité de « faire une distinction entre l’islam et les musulmans ». Il ajoutait : « le défaut n’est pas dans l’islam mais dans ceux qui se disent musulmans ». Et il ajoutait : « si la mosquée est utilisée pour défendre l’injustice, l’exploitation, l’esclavage et la féodalité, elle ne devient plus la mosquée de l’islam, mais la mosquée qui détruit l’islam. »
Au XXe siècle les mouvements intégristes étaient des mouvements relativement faibles et isolés. J’ajouterai qu’en Algérie il n’est apparu seulement qu’en 1981, trois ans après la mort du président Boumediene. L’intégrisme islamique dont on parle aujourd’hui, est en fait né en Iran, en 1979, avec la prise de pouvoir de Khomeiny.
La flambée qu’a connue à partir de 1979 l’intégrisme islamique constitue un tournant majeur dans l’histoire de la civilisation musulmane et s’appuie sur une interprétation frauduleuse de l’islam. Il s’agit d’un courant obscurantiste récent qui se caractérise par une répression sans merci une misogynie sans précédent et une soif expansionniste sans limite. La théocratie iranienne entend se présenter comme la métropole du monde islamique.
Les mollahs ne se sont pas gêner de mettre en avant l’idée de l’Iran comme mère patrie de l’islam, afin de prendre la tête de l’ensemble du mouvement du monde islamique. D’ailleurs je rappellerai le propos du théologien Mohammad Javad Larijani le 7 aout 1989, l’un des théoriciens de la dictature religieuse, qui affirmait qu’aucun pays autres que l’Iran ne pouvait diriger le monde islamique.
Le développement de l’intégrisme islamique, a pris la forme d’une grande vague de terreur faite de carnage et de dévastations. Il s’attaque à touts les acquis de la civilisation moderne, en premier lieu les femmes constituent des cibles privilégiées. La misogynie constitue la force motrice de l’intégrisme. Khomeiny n’écrivait-il pas : « la nécessité de faire participer la moitié de la population à la vie active, n’est qu’une duperie qui n’a pour conséquence que corruption et prostitution. » Pourtant il apparait bien à travers le monde, que les femmes dans leur travail, sont infiniment moins corruptibles que les hommes.
Pour renforcer les bases de son pouvoir, l’intégrisme a recours aux pires méthodes de répression envers les femmes : tortures, assassinats, emprisonnement, sans oublier l’instauration de règlement sordides qui n’ont absolument rien à voir avec l’esprit du Coran et l’esprit de tolérance qu’a manifesté le prophète tout au long de sa prédication.
Je cite à titre d’exemple, comme règlement sordide que le code pénal des mollahs inflige des peines allant de 10 jours à 2 mois de prison ferme pour les femmes non voilées, ou encore d’autres règlement de ce genre : 9$ pour porter des lunettes sur la tête, 17,5$ pour un manteau trop court, 17,5$ pour un manteau de couleur trop claire, 2,5$ pour avoir mis du vernis à ongle, 12,5$ pour s’être maquillée, 25 à 75$ pour s’être teint les cheveux selon la couleur de la teinture.
Mais ces intégristes font preuve d’un manque profond de culture religieuse. Ainsi, autorisent-t-ils le zaouedj al-mouta’a, c’est-à-dire le mariage provisoire pour un délai déterminé, que le prophète de l’islam avait fortement blâmé, ajoutant qu’en islam véritable, le consentement de la femme à un mariage est requis. Ainsi il y a un exemple célèbre de la demi-sœur d’Aïcha, la 3 e épouse du prophète, elle s’appelait Oum Kalthoum. Elle a refusé de se marier avec le 2e calife dans la voie droite, ce qu’on appelle les kholafa al rachidine, qui s’appelait Omar ibn el-Khatab..
Les intégristes se servent de la démocratie pour accéder au pouvoir. Elle n’est pour eux qu’un marchepied. Mais une fois parvenus au pouvoir, ils n’entendent pas respecter le jeu de la démocratie. Je me souviens très bien qu’en Algérie, les auteurs du Front islamique du salut, qu’en même temps qu’ils voulaient les élections, disaient dans des revues arabes : « democratia kofr », la démocratie est mécréante. Et ceux qui n’ont pas encore compris cette réalité naviguent en pleine utopie.
Cette misogynie hystérique permet de détourner l’attention du peuple d’une situation économique désastreuse, peuple déçu dans ses grandes espérances et qui était épris de liberté. Et de véritable démocratie. Ces intégristes salissent l’islam et le véritable message du Coran.
L’avènement de l’islam au 7e siècle a été une condition capitale pour la condition féminine en matière de valeurs humaines, de droits sociaux et économiques. La femme musulmane avait le droit de disposer de ses propres biens, d’hériter, de témoigner. Ce qui à la même époque, dans les pays européens n’existaient pas. Le grand historien arabe Nousaad raconte que le Prophète a loué le courage d’une femme qui avait combattu devant lui et qu’il l’avait défendu en disant qu’elle avait manifesté un courage supérieur à celui d’un homme. Un autre hadith du Prophète mentionne qu’il recommandait à chaque être humain qu’il soit homme ou femme, de rechercher la science du berceau jusqu’au tombeau.
De même il est mentionné dans le Coran, notamment dans la sourate 3 intitulée Al Imran, le verset 195 : « que Dieu accorde une importance égale aux œuvres des hommes et des femmes. »
En Algérie, les femmes ont su faire reculer l’intégrisme grâce à leur résistance et à leur courage.
Les médias occidentaux et les autres ont un grand rôle à jouer pour dénoncer les exactions dont les femmes sont victimes. Mais le courage des femmes qui résistent devrait aussi être exalté dans des films, des feuilletons, des romans.
Saluons nos sœur iraniennes qui souffrent tant au camp Liberty et espérons qu’elles seront rapatriés à Achraf. Par son attitude, M. Kobler a déshonoré l’ONU.
Ayons une pensée pour toutes nos sœurs qui souffrent ans les pays musulmans, et qui font partie du front anti-intégriste. Souhaitons plein succès à Maryam Radjavi dans sa noble mission qui sert la cause de toutes les femmes et disons-lui qu’en dépit de toutes les difficultés, elle a su remporter de belles victoires.
Je terminerai sur ces beaux vers d’Arthur Rimbaud : « quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle ».

