AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceUne résistance qui perdure malgré les épreuves, au grand dam de Téhéran

Une résistance qui perdure malgré les épreuves, au grand dam de Téhéran

Une résistance qui perdure malgré les épreuves, au grand dam de Téhéran
Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, sourit alors qu’elle reçoit des fleurs de ses partisans après sa sortie de prison française le 3 juillet 2003.

Le 3 juillet 2003, Mme Maryam Radjavi est sortie d’une prison française, mettant ainsi en échec un effort multinational visant à paralyser définitivement l’opposition iranienne. Sa libération a fait plus que simplement mettre fin à une incarcération injuste de deux semaines : elle a marqué l’effondrement d’un complot élaboré et politiquement motivé visant à démanteler le mouvement qu’elle dirigeait en tant que présidente élue. Le message diffusé au monde ce jour d’été était sans équivoque : la Résistance n’était pas terminée. Il n’a même pas été ralenti.

Le raid du 17 juin et le prix du pétrole
Pour comprendre la gravité de cette victoire de juillet, il faut revenir au matin du 17 juin, lorsque quelque 1 300 policiers français sont descendus au siège du Conseil national de la Résistance iranienne à Auvers-sur-Oise. Ils ont arrêté Mme Radjavi ainsi qu’environ 160 membres. Des ordinateurs ont été saisis. Les comptes bancaires ont été gelés.

Pour découvrir le véritable motif de ce raid, il faut suivre l’argent, en particulier jusqu’aux conseils d’administration de Total, le colosse pétrolier français, qui à l’époque cimentait des contrats gaziers de plusieurs milliards de dollars avec la République islamique sur le champ de South Pars. Téhéran avait un prix pour ces contrats, et ce prix était celui du chef de la Résistance organisée. Les autorités françaises ont accepté.

Ce qui a suivi a été un spectacle judiciaire habillé du langage de la lutte contre le terrorisme mais conçu dans les coulisses du commerce et de la diplomatie. Les accusations n’ont jamais été retenues. Un exposé d’investigation a ensuite mis à nu la chorégraphie politique derrière le raid : l’Élysée, le Quai d’Orsay et l’appareil de renseignement de Téhéran s’étaient discrètement coordonnés pour décapiter un mouvement dissident en échange d’un accès au pétrole.

Lorsque les tribunaux français ont finalement évalué les preuves au fond, l’affaire s’est effondrée sous sa propre fraude. Chaque accusé a été acquitté.

Un siège mondial coordonné
Mais la France n’était pas la seule étape. Au cours d’une campagne coordonnée qui s’est étendue à toutes les capitales occidentales, les bureaux du CNRI ont été perquisitionnés, ses comptes saisis, ses membres surveillés et harcelés. La branche armée du mouvement, l’Armée de libération nationale (ALN), ainsi que son membre principal, l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI), ont été inscrits sur des listes noires de terroristes aux États-Unis, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni. Ces désignations se sont révélées plus tard avoir été motivées non pas par des preuves de terrorisme, mais par les appétits diplomatiques des gouvernements courtisant Téhéran. La Résistance a été désarmée, assiégée et conspirée contre les démocraties mêmes dont elle prétendait défendre les valeurs. Et pourtant.

Et pourtant, le CNRI ne s’est pas fracturé. Il n’a pas négocié sa dignité. Cela n’a pas mendié. Il a plaidé. Cela s’est organisé. Il a reconstruit – méthodiquement, sans relâche, institution par institution, tribunal par tribunal, capital par capital.

La dynamique juridique a commencé à Londres. Le Royaume-Uni a officiellement retiré l’OMPI de sa liste d’interdictions en 2008 à la suite d’une décision historique d’une cour d’appel. L’Union européenne a emboîté le pas, la Cour de justice européenne ayant annulé à plusieurs reprises la désignation terroriste du bloc avant de radier officiellement le mouvement de la liste en 2009. Finalement, les États-Unis – qui avaient initialement inscrit le groupe sur la liste noire en 1997 en guise de geste de bonne volonté diplomatique envers les soi-disant réformistes de Téhéran – ont formellement changé de cap et levé leur désignation en 2012.

Chaque radiation n’était pas un cadeau ; c’était une conquête juridique remportée contre la résistance active des ministères des Affaires étrangères qui avaient persisté à rechercher l’apaisement du régime, même au prix du sacrifice de ses victimes.

Leadership inébranlable et exposition au nucléaire
Au centre de cette improbable résurrection se trouve Mme Maryam Radjavi, une dirigeante dont la caractéristique déterminante est un refus de soumission qui frise le géologique. Arrêtée en 2003, elle en ressort invaincue le 3 juillet. Saliée par un régime qui a exécuté 120 000 personnes.

…membres de son mouvement, elle a réagi en bâtissant la plus vaste organisation d’opposition iranienne en exil, tenant des rassemblements annuels qui attirent des dizaines de milliers de personnes ainsi que des centaines de personnalités politiques. Plus important encore, elle est la présidente élue d’une coalition dont le membre principal, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), a reconstitué un réseau clandestin à l’intérieur même de l’Iran — un réseau que l’appareil de renseignement du régime, malgré toute sa brutalité, n’a jamais réussi à démanteler.

C’est ce réseau qui, depuis 1991, a mis au jour ce qu’aucun service de renseignement occidental n’avait détecté, livrant 135 révélations distinctes qui ont exposé les activités nucléaires occultes de l’Iran — de l’installation secrète d’enrichissement d’uranium de Natanz et du réacteur à eau lourde d’Arak jusqu’à des dizaines d’autres sites clandestins.

Cette seule révélation a déclenché la crise nucléaire internationale qui a façonné la géopolitique du Moyen-Orient pendant toute une génération. Le programme d’armement nucléaire de Téhéran — autrefois son atout maître caché — est devenu, suite aux révélations de l’OMPI, son plus grand handicap sur la scène internationale. La Résistance ne s’est pas arrêtée là : elle a mis en lumière les filières d’approvisionnement du régime en missiles balistiques, cartographié les réseaux de forces supplétives du CGRI (les Gardiens de la révolution) à travers la région et documenté des violations flagrantes des droits humains que même les Nations unies ne pouvaient ignorer.

Le paradoxe du pouvoir
Voici le paradoxe qui devrait préoccuper tout analyste : un État théocratique disposant d’une armée d’un demi-million d’hommes, d’un vaste appareil de renseignement multiservice et d’armées supplétives disséminées dans quatre pays reste à ce point terrifié par un mouvement d’opposition désarmé qu’il continue d’envoyer ses diplomates faire pression sur les gouvernements occidentaux pour obtenir une répression accrue. Le comportement même de Téhéran témoigne avec éloquence de la puissance du CNRI. Les régimes ne complotent pas contre des forces insignifiantes.

L’histoire du CNRI nous enseigne une chose que les capitales occidentales, dans leur confort, ont oubliée : la détermination, lorsqu’elle est authentique, constitue une force qu’aucune opération de police, aucune inscription sur liste noire ni aucun complot ne saurait anéantir. En juin 2003, la police française a pris pour cible l’opposition iranienne dans l’espoir de la réduire au silence. Mais lorsque Mme Radjavi a recouvré la liberté le 3 juillet 2003, le cours des événements a basculé de manière irréversible. Des décennies plus tard, c’est le régime de Téhéran qui vit dans la crainte de ce qu’elle a bâti.