
Lorsque la présidente élue du CNRI, Maryam Radjavi, s’est adressée aux membres du Parlement européen à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’homme, la réaction de l’État iranien a été immédiate et d’une agitation inhabituelle. En quelques heures, des médias affiliés à l’appareil sécuritaire du régime et des agences de presse d’État se sont employés à discréditer l’événement, à remettre en question la légitimité de l’instance et à réaffirmer des accusations de longue date contre la Résistance iranienne. L’intensité de cette réaction est significative, car elle révèle ce que le régime craint le plus à ce stade de sa crise.
Dans son discours du 10 décembre 2025, Mme Radjavi a dénoncé : l’ampleur des exécutions en Iran, la répression systématique des femmes, la criminalisation de la dissidence et l’impunité du régime pour les massacres de masse, passés et présents. Elle a appelé à la responsabilité internationale, à la reconnaissance du droit du peuple iranien à résister à la tyrannie et au soutien d’une alternative démocratique.
Warm welcome to Iranian opposition leader Maryam #Rajavi and Friends of Free Iran. #WeStandTogether !European #Parliament . Brussels pic.twitter.com/CDLDMjFqNv
— Petras Austrevicius (@petras_petras) 11 décembre 2025
Les médias iraniens proches de l’État ont insisté à plusieurs reprises sur le fait que le Parlement européen n’applique pas formellement la politique étrangère de l’UE. Cette insistance était révélatrice. Bien que le Parlement ne soit pas un organe exécutif, il constitue une arène centrale où se confère la légitimité politique, où les discours sont mis à l’épreuve et où se définissent les limites des politiques acceptables. Au fil du temps, ces forums ont profondément influencé la perception, par le public et les décideurs politiques, du rôle du régime dans les conflits régionaux, le terrorisme transnational et les violations systématiques des droits de l’homme, rendant ainsi beaucoup plus difficile pour les gouvernements européens de justifier le silence ou l’apaisement.
Pourquoi ce moment est important
La panique n’a pas été déclenchée par un discours isolé, mais par le contexte. L’Iran aborde l’année 2026 avec une convergence de crises : une monnaie en chute libre, des pénuries énergétiques croissantes, une pollution atmosphérique toxique entraînant la fermeture d’écoles, un système de santé publique sous tension et des luttes intestines sans précédent au sein de l’élite politique. Les sessions parlementaires ressemblent de plus en plus à des exercices de gestion de crise plutôt qu’à des séances de gouvernance. Les autorités mettent désormais ouvertement en garde contre des « explosions sociales », une perte de légitimité et une colère populaire incontrôlable.
Dans ce contexte, la venue de Mme Radjavi à Bruxelles a eu l’effet escompté, celui que le régime s’efforce d’empêcher : elle a établi un lien entre l’instabilité intérieure et la responsabilité internationale. Elle a présenté la crise iranienne non comme une tragédie humanitaire nécessitant de la charité, mais comme un problème politique exigeant des conséquences.
Bučen aplavz za vodjo iranske opozicije @Maryam_Rajavi in za @MilanZver, organizatorja današnjega dogodka ob svetovnem dnevu človekovih pravic v @Europarl_EN. pic.twitter.com/UA7aHd7isS
— Peter Šuhel (@PeterSuhel) 10 décembre 2025
C’est pourquoi même les médias proches des services de sécurité ont reconnu – tout en s’efforçant de minimiser l’impact – que la Résistance a influencé à plusieurs reprises les débats internationaux par le passé, notamment par des révélations sur le programme nucléaire iranien qui ont redéfini la politique mondiale à l’égard de l’Iran. Un haut responsable politique proche du régime a récemment admis que ces révélations, dès le début des années 2000, ont contraint Téhéran à une confrontation longue et coûteuse avec la communauté internationale. Cet aveu souligne l’importance que revêt encore la visibilité.
Un schéma de peur familier
La réaction de Téhéran a suivi un schéma familier. Lorsque des manifestations éclatent, les autorités relèguent les manifestants au rang de marginaux – jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus l’être. Lorsque des scandales de corruption éclatent, la responsabilité est rejetée sur les « mauvais gestionnaires ». Face à la pression internationale croissante, le régime se victimise et dénonce l’hypocrisie. La réaction au discours de Mme Radjavi s’inscrit parfaitement dans cette tradition.
Ce qui a déstabilisé le régime, ce ne sont pas les applaudissements dans une enceinte européenne, mais l’érosion d’un discours dont il est dépendant : l’absence d’alternative crédible, une opposition fragmentée ou discréditée, et l’avantage du temps pour l’État. Chaque tribune publique qui considère la Résistance comme un acteur politique à part entière, et non comme une simple note de bas de page, fragilise cette affirmation.
Ce qui perturbe la dictature cléricale, ce ne sont pas les discours, mais l’existence d’une résistance organisée, disposant de réseaux en Iran, ayant résisté à des décennies d’apaisement diplomatique et s’étant imposée comme un acteur politique reconnu sur la scène internationale. C’est pourquoi une simple allocution lors de la Journée des droits de l’homme a suscité une réaction aussi véhémente et défensive de la part des médias d’État. Le régime n’a pas entendu un discours ; il a perçu un signal d’alarme qu’il a appris, par expérience, à ne pas ignorer.

