
Le vent murmure dans les cimetières iraniens, non pas un soupir de deuil, mais un témoignage glaçant de la guerre que mène un État contre la mémoire. Ici, les familles ne se rassemblent pas pour un recueillement silencieux, mais pour faire face à des tombes profanées, des pierres tombales brisées et l’effacement délibéré de l’existence de leurs proches – une agression rendue brutalement concrète lorsque les autorités ont transformé la section 41 du cimetière Behesht-e Zahra de Téhéran, longtemps associée aux prisonniers de l’OMPI exécutés dans les années 1980, en un parking. Que signifie le fait qu’un gouvernement fasse la guerre non seulement aux vivants, mais aussi au souvenir même des morts ? Et quelle est la responsabilité de la communauté internationale lorsque de tels actes sont commis au vu et au su de tous ?
Cette réalité glaçante souligne que les droits humains ne sont pas de simples idéaux abstraits inscrits dans des déclarations internationales ; ils constituent un combat quotidien pour la survie, la dignité et la liberté face à l’implacable machine de l’oppression. Alors que le monde célébrait récemment la Journée des droits de l’homme, destinée à réaffirmer l’exigence universelle de justice, l’Iran offre un contre-exemple brutal. La Déclaration universelle des droits de l’homme a été rédigée dans l’ombre des atrocités, précisément pour empêcher la normalisation de la violence d’État, reconnaissant implicitement que lorsqu’un gouvernement devient l’instrument de la tyrannie, le peuple peut être contraint de résister en « dernier recours ». Pour les Iraniens, ce « dernier recours » n’est pas un débat théorique pour des séminaires ou des commémorations ; c’est la dure réalité de la vie quotidienne sous un système qui instrumentalise la peur et fait de la loi une arme.
Le nombre d’exécutions recensées par le régime cette année – plus de 1 950 personnes – témoigne non seulement d’une statistique en hausse, mais aussi d’une stratégie mortifère délibérée. L’ampleur de ces exécutions d’État témoigne d’un pouvoir profondément instable, qui instrumentalise la peine capitale pour étouffer toute dissidence et imposer l’obéissance. Il ne s’agit pas de justice, mais d’intimidation ritualisée, mise en scène sous couvert de tribunaux et de verdicts pour masquer sa véritable nature : la transformation du châtiment en instrument de contrôle de l’opinion publique. Lorsqu’un État exécute à un rythme aussi alarmant, il ne prouve pas sa stabilité, mais avoue son angoisse.
NCRI Statement: #Iranian Political Prisoner Javad Vafaei Transferred to Solitary Confinement, Faces Imminent Executionhttps://t.co/1SKUPR3hFg
— NCRI-FAC (@iran_policy) 7 décembre 2025
Pour les Iraniens, la répression n’est pas un bilan annuel, mais un calvaire quotidien. Rien qu’en novembre, 335 personnes ont été exécutées. Les arrestations atteignent des niveaux effarants, visant quiconque est perçu comme une menace pour le pouvoir fragile du régime. Les familles sont non seulement privées de leurs proches, mais aussi du deuil lui-même, car les autorités détruisent les tombes, effacent les pierres tombales et font disparaître les sépultures, non seulement pour faire taire la douleur, mais aussi pour éliminer les preuves et effacer toute trace des crimes passés des archives publiques. Même les morts, semble croire le régime, peuvent susciter la rébellion. Aussi s’attaque-t-il aux vestiges de leur existence, aux noms et aux lieux, craignant que la vérité documentée et le deuil collectif ne catalysent une future résistance.
NCRI Editorial:#Iran’s Surge in Executions: A Sign of a Regime on the Brinkhttps://t.co/VT9xbhvVL5
— NCRI-FAC (@iran_policy) 11 novembre 2025
Cette brutalité croissante est souvent perçue à tort comme une preuve de force. Il n’en est rien. C’est le comportement d’un régime qui, conscient de sa faiblesse, répond à cette peur par la torture. Les condamnations à mort prononcées contre les prisonniers politiques et les sympathisants de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) ne sont pas de simples punitions ; ce sont des avertissements à quiconque serait tenté de s’organiser ou de s’exprimer. Les prisonniers de longue durée subissent une pression croissante précisément parce qu’ils incarnent ce que le régime ne peut tolérer : la continuité de la résistance. La persistance de la campagne « Non aux exécutions le mardi », menée semaine après semaine, révèle une vérité essentielle : même à l’intérieur des prisons conçues pour briser les êtres humains, la résistance survit, témoignant de l’esprit indomptable du peuple iranien.
Dès lors, quelle est la responsabilité de la communauté internationale ? La revendication centrale des Iraniens est simple : il faut mettre fin au soutien de la machine terroriste. Les relations doivent être conditionnées par un arrêt immédiat des exécutions. Il faut démanteler les institutions et les structures servant à coordonner les intimidations au-delà des frontières iraniennes. Et il faut traiter l’infrastructure de répression pour ce qu’elle est, en inscrivant le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère du Renseignement et de la Sécurité (MOIS) sur la liste des entités terroristes, et en coupant les réseaux qui rendent possibles les opérations transnationales.
La Journée des droits de l’homme n’est pas un simple moment de recueillement. Elle doit être un acte de détermination. La question n’est plus de savoir si le monde dispose de suffisamment d’informations. Il en dispose. La question est de savoir s’il a la volonté d’agir avant que la prochaine exécution, la prochaine profanation de tombe, ne devienne un simple paragraphe dans le rapport de l’année prochaine. Le temps de l’observation passive est révolu depuis longtemps ; le moment d’agir avec détermination pour défendre la dignité humaine en Iran est venu.

