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«La France ne doit pas continuer à gangrener l’avenir de l’Iran» – Jean-Michel Belorgey

Jean-Michel BelorgeyCNRI – « Il est clair que les gouvernants de Téhéran disposent de relais en France, y compris dans les milieux de diplomates qui ont servi en Iran, avec des systèmes de courtages et de clientèles. Ceci débouche inévitablement sur un mépris généralisé de tous les opérateurs publics les uns pour les autres. Le gouvernement méprise manifestement sa justice puisqu’il lui demande ce qu’il lui demande. Mais quand d’aventure, les décisions qui sont prises ne sont pas celles qui lui conviennent, il les ignore », a déclaré Jean-Michel Belorgey dans une conférence le 17 juin au siège de la Ligue des droits de l’Homme.

« Le 17 juin 2003, une rafle de la police française est lancée contre le Conseil national de la Résistance iranienne et débouche sur la garde à vue puis la mise en examens de ses dirigeants et le blocage de ses avoirs. Il a été dénoncé plus tard que l’attaque contre ces opposants avait été décidée lors du voyage à Téhéran du ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Depuis sept ans, tout a été fait pour éviter le non lieu-général qui s’impose. Aucune complaisance ne peut être de mise aujourd’hui vis-à-vis du régime de Téhéran. Le temps est venu pour la justice française de démontrer son indépendance en clôturant ce dossier enlisé ». Tel est le thème de la conférence de presse qui s’est tenue le 17 juin 2010 à la Ligue des droits de l’homme. Sous la houlette de Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, étaient réunis Me Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH, Me Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH, Me Mario Stasi, ancien bâtonnier de Paris, Me Joseph Cohen-Sabban, Jean-Michel Belorgey, ancien président de l’intergroupe parlementaire de la LDH, François Colcombet, ancien juge-conseil à la cour de cassation, et Mohammad Mohaddessine, président de la commission des Affaires étrangères du CNRI.

Voici des extraits de l’intervention de Jean-Michel Belorgey.

Il n’y a pas grand-chose à ajouter concernant l’instrumentalisation de la justice, les égarements de la diplomatie, pas grand-chose à ajouter non plus sur le fait que la France n’est pas le seul pays où ce genre de phénomène se soit produit, l’histoire des listes américaines et européennes le montre bien. Mais je voudrais tout de même souligner un certain nombre de points.

La justice, elle n’est pas seulement instrumentalisée, elle est désorientée. On le voit bien entre les poursuites contre les arrêtés d’Auvers-sur-Oise, les poursuites pour démontrer que l’OMPI est une secte et c’est pour ça que des gens se sont immolés par le feu, les poursuites contre les auteurs ayant défendu, souvent d’ailleurs talentueusement la cause de l’OMPI en mettant en cause les menées d’un certain nombre de séides de Téhéran. Il n’est pas toujours facile de trouver des systèmes communs de raisonnement à propos de la situation iranienne en Iran, en France et dans la diaspora et de ce qu’il faut en comprendre. Mais les juges ne sont pas forcément tous de fins analystes politiques ou géo politiques. Ceci montre que la justice est à la fois instrumentalisée et désorientée.

La diplomatie que son chef d’aujourd’hui souhaitait voir expérimenter différents exercices liés au devoir d’ingérence, est manifestement beaucoup plus marquée par un légitimisme d’Etat que par une préoccupation d’ingérence au service des droits de l’homme. Il se peut qu’elle soit marquée par le goût des ingérences à l’encontre des droits de l’homme. Les confusions qui règnent entre terrorisme imputé à l’OMPI ou d’autres organisations d’ailleurs et acceptation du terrorisme d’Etat iranien, le montre bien.

La diplomatie devient aussi un marché. Il faut faire attention à ne pas se trouver entrainé dans une spirale de déclaration qui pourrait être diffamatoire, mais il est clair que les gouvernants de Téhéran disposent de relais en France, y compris dans les milieux de diplomates qui ont servi en Iran, avec des systèmes de courtages et de clientèles. Ceci débouche inévitablement sur un mépris généralisé de tous les opérateurs publics les uns pour les autres. Le gouvernement méprise manifestement sa justice puisqu’il lui demande ce qu’il lui demande. Mais quand d’aventure, les décisions qui sont prises ne sont pas celles qui lui conviennent, il les ignore. Le mépris pour la justice se double bien sûr d’un mépris pour l’opinion, pour la réalité et pour l’intelligence (…)

Le mépris de la justice c’est l’instrumentalisation, c’st le mépris des décisions qui sont prises, c’est l’ignorance de l’état de déroulement des procès. Et puis je n’oublierais jamais qu’un certain nombre de personnalités de tout courant, mais essentiellement de l’actuelle majorité, avec qui mes activités m’ont donné l’occasion d’avoir des relations de respect mutuel, solliciter lors de campagnes de pendaison, d’exécutions, de torture, y compris de mineurs et de femmes à Téhéran, ne m’ont jamais répondu, car évidemment elles étaient sensibles à ce que j’ai appelé la diplomatie de marché et la conclusion des contrats qui avaient immédiatement suivie au profit de puissants groupes français des interventions qui avaient d’ailleurs été promises ou annoncées au gouvernement de Téhéran.
Le mépris pour la vérité, pour l’intelligence s’étend bien sûr à une fraction de la presse. C’est dire combien celle qui fait un effort d’analyse doit être soutenue et doit bénéficier d’un supplément de respect.

Sur l’OMPI, quand on consulte la presse, presque toute la presse, il est toujours très difficile, de trouver une analyse qui ne puise pas dans un vieux fond de ragots, des insinuations entre les lignes. On peut dire qu’à la suite de la police, une fraction de la presse passe son temps tout à la fois à démoniser et à minimiser le rôle de cette organisation et du CNRI dans la lutte contre l’oppression qui règne à Téhéran.

Or, il n’appartient pas à la diplomatie française d’avoir des champions, mais il ne lui appartient pas non plus de prendre des otages. C’est un des thèmes du papier que j’ai rédigé dans mes mots à moi, pour essayer de faire entendre des choses qu’ils n’entendent pas, à des fractions du public, qu’il faut prendre là où elles sont. Ce qui est en cause ce n’est pas seulement les droits de l’homme en général, qui sont un enjeu au passé, au présent, à l’avenir de tous les jours et partout, en Iran, en France. Ce n’est pas seulement l’avenir de l’Iran. Il concerne tous ceux qui à un titre ou à un autre ont eu des relations avec ce pays et avec son peuple. Ce n’est pas seulement l’avenir des relations franco-iraniennes, on peut faire un peu de jeu politique. Mieux vaudrait que la France ne laisse pas à Téhéran un souvenir trop mauvais. C’est l’avenir des institutions françaises, de sa justice, de sa diplomatie (…)

L’Iran peut être un partenaire avec lequel la France entretienne mieux que par le passé, de façon moins exotique, plus profonde, dans tout ce qui peut réunir les peuples, des relations profondes, ne doit pas sous ces formes-là contribuer plus que ça  n’a déjà été le cas à gangrener le fonctionnement d’un  certain nombre d’institutions. La France ne doit pas continuer à gangrener l’avenir de l’Iran.