
Dans un article particulièrement révélateur publié le 29 mai, Javan Online, média affilié aux gardiens de la révolution islamique (CGRI ou Pasdaran), a offert un aperçu de l’inquiétude croissante du régime face à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK), soulignant à la fois sa présence sur le territoire national et son influence internationale croissante. Alors que le titre tente de présenter l’OMPI comme un intermédiaire des intérêts américains, l’article lui-même témoigne involontairement de la crainte du régime d’un mouvement d’opposition indépendant et bien organisé, susceptible de contribuer à un soulèvement généralisé.
Le journal des Gardiens de la révolution islamique (GRI) met explicitement en garde contre la capacité de l’OMPI à inciter et à entretenir des troubles en Iran : « L’une des actions de l’OMPI à l’intérieur du pays a été de créer des troubles et des violences internes, ainsi que de soutenir matériellement et moralement les tensions et les troubles persistants.»
L’article décrit le groupe comme orchestrant des stratégies de protestation en plusieurs étapes, tentant prétendument de transformer les griefs locaux en mouvements nationaux : « À titre d’exemple, l’OMPI, par le biais d’un plan en plusieurs étapes, tente de transformer les protestations des chauffeurs routiers en une plateforme pour affronter le régime et de les étendre à la société dans son ensemble afin de finaliser le projet de chaos.»
Cet aveu souligne ce que le régime craint le plus c’est qu’un réseau de résistance national soit capable d’unifier les frustrations économiques et sociales disparates en une action politique organisée.
Le média lié au CGRI affirme également : « Les faits montrent que ce groupe tente une fois de plus d’agiter l’opinion publique et de créer des troubles dans la société.»
Il prévient que toute impasse dans les négociations nucléaires avec les États-Unis pourrait créer les conditions d’une nouvelle dissidence : « Toute impasse dans les négociations peut susciter l’inquiétude du public… Dans une telle situation, la diffusion de fausses informations et de nouvelles provocatrices peut provoquer l’opinion publique et pousser la société vers une nouvelle sédition.»
Bien que le régime tente de discréditer l’OMPI en la présentant comme faisant partie d’une « opération conjointe » avec les États-Unis – une tactique courante visant à saper l’indépendance du groupe –, ses propres aveux révèlent une tout autre réalité. Ce ton pressant et répété reflète un régime qui considère l’OMPI comme une menace réelle et croissante, notamment en raison de sa structure organisée, de sa planification stratégique et de sa capacité à exploiter les troubles intérieurs.
Au-delà des frontières iraniennes, le porte-parole du régime souligne également la légitimité internationale croissante de l’OMPI, déplorant : « [L’OMPI] a réussi à créer un groupe appelé “Amis d’un Iran libre” au Parlement européen et dans plusieurs parlements nationaux.»
Il reconnaît les liens bipartites profonds de l’OMPI aux États-Unis : « [Le groupe] entretient des liens privilégiés avec des sénateurs américains et des responsables républicains et démocrates.»
Il cite également des personnalités américaines de haut rang ayant participé aux réunions de l’OMPI : « Des responsables de la Maison Blanche ont assisté aux réunions annuelles de l’OMPI ces dernières années… Parmi eux, Mike Pompeo, Mike Pence et John Bolton.»
« Le gouvernement américain actuel a également souligné sa politique hostile à l’Iran en dépêchant son représentant, Keith Kellogg, à la réunion de janvier de l’OMPI. »
Ces dires ne sont pas des détails mineurs : elles témoignent de la reconnaissance par le régime que sa principale opposition est profondément enracinée en Iran et bénéficie du soutien actif des institutions démocratiques occidentales.
L’article souligne même le rôle de l’OMPI dans la formation de l’opinion publique et des récits médiatiques : « Un chaos médiatique coordonné autour d’un désastre économique en l’absence d’accord avec les États-Unis… peut susciter l’anxiété du public et pousser la société à la sédition.»
Le CGRI craint que l’OMPI ne se contente pas d’attendre pour réagir aux troubles, mais qu’elle dispose des structures nécessaires pour les déclencher et les amplifier, précisément au moment où le régime est le plus vulnérable.
Malgré le déluge habituel d’insultes – qualifiant l’OMPI de « groupe méprisé » et ravivant une vieille propagande sur les liens avec l’étranger – le contenu du journal du CGRI indique clairement une chose : l’OMPI n’est ni écartée ni ignorée. On l’observe, on le désigne et on le blâme, car le régime le perçoit comme une force de changement réelle, organisée et persistante.
Le volume et l’intensité des accusations ne reflètent pas la force du régime. Ils reflètent la peur d’une résistance qu’il ne peut réduire au silence.

