AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceLe CGRI associe une bataille de 1988 au soulèvement de 2026 en...

Le CGRI associe une bataille de 1988 au soulèvement de 2026 en Iran et révèle sa crainte

Le CGRI associe une bataille de 1988 au soulèvement de 2026 en Iran et révèle sa crainte
Convoi de véhicules de transport de troupes blindés de l’ALN progressant sur la route de montagne sinueuse du col de Hassan Abad, dans l’ouest de l’Iran, lors de l’opération « Lumière éternelle » le 28 juillet 1988.

La dernière déclaration du CGRI concerne moins une bataille de 1988 que la résistance organisée qu’il redoute le plus aujourd’hui en Iran.
Pourquoi un régime lancerait-il un avertissement politique urgent concernant une opération militaire survenue il y a trente-huit ans ?

C’est la question soulevée par la dernière déclaration du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran. Dimanche 26 juillet 2026, les médias contrôlés par l’État ont diffusé la déclaration du CGRI marquant l’anniversaire de ce que le régime appelle l’opération « Mersad » — la réponse militaire à l’opération « Lumière éternelle », lancée par l’Armée de libération nationale (ALN) d’Iran à l’été 1988.

Le communiqué se présente comme la commémoration d’une victoire historique. En réalité, le ton employé n’est pas empreint de confiance, mais d’anxiété : on y trouve des avertissements répétés concernant la vigilance, l’infiltration, l’unité nationale et l’influence persistante de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).

Au début de sa déclaration, le CGRI affirme : « La mémoire historique de la nation iranienne montre que l’une des manifestations les plus grandioses de la puissance et de la clairvoyance du fier peuple iranien a émergé lors de la confrontation avec le courant de l’hypocrisie et de la lutte contre le groupe haï et terroriste des « Monafeqin », donnant naissance à l’épopée de Mersad. »

L’expression « Monafeqin », signifiant « hypocrites », est le terme péjoratif utilisé par le régime iranien pour désigner l’OMPI ou MEK. Sa récurrence tout au long du communiqué illustre à quel point cette organisation reste ancrée dans le vocabulaire politique et les calculs sécuritaires du régime. Fait révélateur, le CGRI ne limite pas ses accusations aux événements de 1988. Il associe explicitement le MEK au récent soulèvement national en Iran et reconnaît que l’organisation a joué ce qu’il qualifie de « rôle efficace et prépondérant » lors des événements des 8 et 9 janvier 2026. Cet aveu explique pourquoi le régime reste hanté par l’opération « Lumière éternelle » près de quatre décennies plus tard.

Le défi militaire que Téhéran n’a jamais oublié
L’opération « Lumière éternelle » — connue en persan sous le nom de *Forough Javidan* — a été lancée fin juillet 1988 par l’Armée de libération nationale, la branche militaire de la Résistance iranienne à l’époque.

Ses forces ont progressé rapidement dans l’ouest de l’Iran, prenant le contrôle de Karand et d’Islamabad-e Gharb, puis avançant vers Kermanshah, l’une des plus grandes villes de l’ouest du pays. L’offensive constituait une tentative directe de percer les défenses militaires du régime et d’ouvrir la voie vers Téhéran. Des récits historiques indépendants confirment que la force a pénétré profondément en territoire iranien.

L’appareil clérical a mobilisé les Gardiens de la révolution, l’armée régulière, l’aviation, des hélicoptères, des milices locales ainsi que toutes les ressources militaires et logistiques disponibles pour stopper cette progression.

Le régime a par la suite baptisé sa contre-offensive « Opération Mersad » et la commémore depuis lors comme la preuve qu’il a survécu à une menace mortelle.

Ce rituel annuel est en soi significatif. En règle générale, les gouvernements commémorent des victoires décisives pour célébrer la défaite définitive d’un ennemi. Téhéran, en revanche, commémore l’opération « Lumière éternelle » tout en avertissant chaque nouvelle génération que ce même ennemi demeure actif, organisé et dangereux.

La dernière déclaration du CGRI appelle même à une « relecture permanente » de l’histoire du MEK, en particulier à l’intention de la jeune génération iranienne. Elle exhorte le public à rester vigilant face à l’influence de l’organisation et met en garde à maintes reprises contre ce qu’elle décrit comme le danger d’une « infiltration » de l’opposition.

Ce dernier communiqué n’appelle pas à clore un chapitre historique, mais à le rouvrir perpétuellement : « Il est nécessaire de relire en permanence les crimes des *Monafeqin* [hypocrites], de garder ouvert leur dossier sombre et répugnant, et de préserver les leçons historiques tirées de la conduite de cette secte haïe et corrompue, afin de maintenir la vigilance de toutes les couches de la société, et tout particulièrement de la jeune génération. » Ce n’est pas le langage d’un régime qui estime que le défi a pris fin en 1988. Il s’agit d’une directive visant à poursuivre une campagne politique orchestrée par l’État contre le MEK, trente-huit ans après la bataille elle-même.

How PMOI/MEK Resistance Units Defy the Regime, Showing the Path Forward for Iran

Video : Comment les unités de résistance de la PMOI/MEK défient le régime et tracent la voie à suivre pour l’Iran

Le passage le plus important concerne 2026, et non 1988
Le message politique central de la déclaration figure dans un passage consacré aux récents soulèvements.

Le CGRI déclare que l’OMPI a joué un « rôle efficace et prépondérant » et les Gardiens de la révolution (CGRI) qualifient de « coup d’État manqué des 18 et 19 Dey 1404 » – dates correspondant, selon le calendrier iranien, aux 8 et 9 janvier 2026.

Le CGRI déclare : « L’histoire de la Révolution islamique montre que le groupe terroriste Monafeqin a toujours agi, avec le soutien du système de domination, comme simple exécutant et cinquième colonne des ennemis jurés de l’Iran et des Iraniens. Il n’a jamais manqué à aucun acte de trahison et a joué un rôle déterminant dans les séditions aveugles de ces dernières années, y compris le coup d’État manqué des 18 et 19 Dey 1404. »

L’utilisation par le régime de l’expression « coup d’État manqué » vise à dénaturer le soulèvement et à lui ôter son caractère populaire et national. Pourtant, derrière cette propagande se cache un aveu lourd de conséquences : les Gardiens de la révolution eux-mêmes attribuent un « rôle déterminant » au soulèvement aux Moudjahidine du peuple (MEK).

Le choix de ces dates est crucial. Les manifestations nationales qui ont débuté fin décembre 2025 ont connu une escalade dramatique les 8 et 9 janvier. Les protestations se sont propagées à travers l’Iran, les autorités ont imposé un black-out internet national et les forces de sécurité ont lancé une répression d’une violence inouïe. Reuters a fait état de manifestations de grande ampleur et de tirs meurtriers, tandis qu’Amnesty International a par la suite décrit les 8 et 9 janvier comme le point culminant des massacres illégaux de masse durant le soulèvement.

En qualifiant un soulèvement populaire de « coup d’État », le régime tente d’en occulter le caractère national et social. Cette terminologie permet aux autorités de présenter les citoyens réclamant un changement politique comme des acteurs d’un complot étranger plutôt que comme des Iraniens se rebellant contre la répression, la corruption et le pouvoir clérical.

Cependant, cette accusation comporte également un aveu important. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) reconnaît qu’au plus fort du soulèvement, il considérait l’OMPI non seulement comme une organisation politique en exil ou un opposant médiatique, mais comme une force opérationnelle influente à l’intérieur du pays.

Il n’est pas nécessaire d’adhérer à toutes les affirmations des deux camps pour saisir la portée de cette déclaration. La conclusion découle des propres déclarations du régime : trente-huit ans après l’opération Lumière éternelle, les Gardiens de la révolution considèrent toujours la même opposition organisée comme un facteur majeur des soulèvements contemporains.

D’une armée basée aux frontières aux Unités de résistance à l’intérieur de l’Iran

En 1988, l’Armée nationale de libération affrontait le régime en tant que force militaire conventionnelle progressant depuis la frontière ouest de l’Iran. Cette armée n’est plus stationnée à la frontière iranienne. La menace perçue par Téhéran a changé de forme.

L’OMPI (Organisation des Moudjahidines du peuple iraniens) désigne désormais ses réseaux organisés à l’intérieur de l’Iran comme des Unités de résistance : des groupes décentralisés opérant à Téhéran et dans de nombreuses villes de province. La Résistance iranienne rapporte que ces unités mènent des activités coordonnées contre le régime, contestent les symboles et les centres de répression, diffusent des messages d’opposition et cherchent à encourager et à soutenir les soulèvements. Des rapports récents ont documenté les activités revendiquées par les Unités de résistance dans des dizaines de villes iraniennes.

PMOI Resistance Units: The Vanguards of Freedom in Iran

Video : Unités de résistance de l’OMPI : Les avant-gardes de la liberté en Iran

Les avertissements répétés du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) concernant le rôle de l’OMPI dans les troubles récents, l’infiltration intérieure, la vigilance publique et la nécessité de préserver l’unité nationale laissent fortement penser que c’est ce réseau intérieur – et non une armée conventionnelle à la frontière – qui préoccupe le plus le régime. Le communiqué avertit :

« Sans aucun doute, la vigilance, le renseignement et la clairvoyance du peuple mobilisé pour préserver l’unité et la cohésion nationales garantiront l’autorité et la force du pays et réduiront à néant le projet de tromperie et de duplicité mené par le front de l’hypocrisie et de l’hostilité. »

Un gouvernement sûr de sa légitimité publique n’aurait normalement pas besoin d’appeler à la vigilance nationale contre une force d’opposition supposément vaincue il y a près de quarante ans. Cet avertissement n’a de sens que si le régime croit que l’OMPI dispose toujours d’une organisation capable d’influencer les événements en Iran. C’est là la principale différence entre 1988 et aujourd’hui.

L’opération Lumière éternelle a présenté au pouvoir une colonne militaire visible avançant vers Kermanshah. Aujourd’hui, le régime craint une force dispersée et moins visible, enracinée au sein de la société iranienne : un réseau capable de maintenir son organisation politique malgré les arrestations, les exécutions, la surveillance et les coupures d’internet.

Du point de vue de Téhéran, il s’agit d’une menace encore plus difficile à contenir. Une force conventionnelle peut être bombardée, encerclée ou bloquée sur une autoroute. Une résistance décentralisée, opérant dans de nombreuses villes, ne peut être vaincue en une seule bataille.

Une déclaration de peur déguisée en proclamation de victoire

Le régime iranien souhaite que l’opération Lumière éternelle soit perçue comme le moment où il a anéanti définitivement la menace que représentait la résistance iranienne organisée. Son comportement, en revanche, raconte une tout autre histoire.

Trente-huit ans plus tard, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) publie encore des communiqués nationaux sur la bataille. Il continue d’utiliser l’anniversaire pour exiger la loyauté envers le pouvoir clérical. Il continue de mettre en garde le public contre l’influence de l’OMPI. Et, fait le plus significatif, il associe désormais cette confrontation historique au soulèvement le plus vaste et le plus sanglant qu’ait connu l’Iran ces dernières années.

Cette dernière déclaration ne doit donc pas être perçue comme une simple pièce de propagande commémorative. Il s’agit d’une évaluation politique de la vulnérabilité actuelle du régime.

En 1988, Téhéran redoutait une armée de libération organisée s’approchant aux portes de Kermanshah.

PMOI/MEK members on death row sing defiant song against Iran's regime

En 2026, il craint que l’esprit de cette résistance ne se soit propagé à l’intérieur même de l’Iran — au sein de ses provinces, de ses villes et de ses communautés en révolte.

La géographie a changé, mais le cauchemar demeure.

Malgré ses affirmations de victoire, le message du CGRI révèle un régime toujours hanté par la même perspective qui l’effrayait il y a trente-huit ans : celle qu’un soulèvement national, conjugué à un mouvement de résistance organisé, puisse finalement faire tomber la dictature cléricale.