
L’élection de Mahnaz Maimanat à la tête de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran met en lumière plus de trois décennies de direction féminine ininterrompue au sein de l’un des principaux mouvements d’opposition organisés d’Iran.
Un événement marquant a eu lieu au sein de l’opposition démocratique iranienne. Le 6 septembre, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) — principale composante organisée du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) — a élu Mahnaz Maimanat au poste de secrétaire générale, alors que l’organisation entame sa 62e année d’existence.
Le scrutin s’est déroulé en trois tours successifs impliquant les membres de l’OMPI dans sept pays : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse, les Pays-Bas et l’Albanie. Au premier tour, Mme Maimanat a recueilli 56 % des suffrages, devançant Badri Pourtabbakh et Narges Azdanlou. Ce mandat est d’une durée de deux ans et peut être renouvelé par le Conseil central de l’OMPI.
Pourquoi Téhéran est si hostile à ce qu’une femme dirige son opposition organisée https://t.co/xLlz6DYq6h pic.twitter.com/19vG3y50Ut
— CNRI-France (@CNRIFrance) September 8, 2026
Née à Téhéran en 1959, Mme Maimanat a consacré la majeure partie de sa vie d’adulte au mouvement. Elle a découvert l’OMPI alors qu’elle était étudiante à l’université et a participé aux manifestations contre la dictature du Shah. Elle a rejoint l’organisation après la révolution de 1979 et a ensuite assumé diverses responsabilités de haut niveau : elle est devenue membre du Comité exécutif en 1989, du Conseil de direction en 1993, du Conseil central en 2014, puis co-secrétaire générale en 2021.
Son parcours personnel reflète également le lourd tribut payé par les familles des membres de l’OMPI sous le régime des mollahs. Sa mère, Akhtar Mowlavi, enseignante, a été tuée par les Gardiens de la révolution en 1988. L’un de ses frères, Massoud, a été exécuté à la prison d’Evine à l’âge de 19 ans, après des mois d’emprisonnement et de torture. Un autre frère, Mahmoud, étudiant en architecture, a été exécuté lors du massacre des prisonniers politiques en 1988.
Toutefois, la portée de cette élection dépasse largement le simple changement de titulaire du poste. Mahnaz Maimanat est la dixième femme à occuper la fonction de secrétaire générale de l’OMPI. Maryam Radjavi est devenue la première femme à diriger l’organisation en 1989 ; depuis plus de trente ans, tous les secrétaires généraux de l’OMPI ont été des femmes. Huit femmes ont succédé à Mme Radjavi avant Mme Maimanat.
Ce fait revêt une importance particulière dans le contexte iranien. Au sein de l’OMPI, le leadership féminin ne se limite pas à une représentation symbolique ou à une question d’image politique. Les femmes ayant occupé le poste de secrétaire générale ont exercé une véritable autorité exécutive et organisationnelle, souvent dans des périodes extrêmement difficiles marquées par la clandestinité en Iran, une répression féroce (emprisonnements et exécutions), des attaques contre les membres de l’OMPI, le déplacement hors d’Irak et la reconstruction ultérieure de l’organisation.
Après avoir pris la tête du Conseil national de la résistance iranienne en 1993, Maryam Radjavi a cessé d’occuper une fonction officielle au sein de l’OMPI. Elle demeure néanmoins la figure politique la plus emblématique de la résistance iranienne et, pour de nombreux Iraniens — et en particulier pour les femmes —, elle est devenue un symbole de la lutte contre l’intégrisme religieux ainsi qu’une pionnière de l’égalité des femmes et de leur leadership politique.
Ce modèle de leadership féminin a également eu des répercussions importantes à l’intérieur de l’Iran. Les femmes assument de plus en plus des responsabilités de premier plan au sein des unités de résistance clandestines de l’OMPI ; selon le mouvement, ces unités ont joué un rôle actif dans les soulèvements successifs contre le régime, notamment lors des manifestations nationales de janvier 2026.
Pour les jeunes Iraniennes confrontées au port obligatoire du voile, à la discrimination institutionnelle et à un système politique qui les relègue au rang de citoyennes de seconde zone, voir des femmes exercer une véritable autorité au sein d’un mouvement d’opposition organisé revêt une importance politique et culturelle considérable.
Cela permet également d’expliquer l’intensité des attaques dirigées contre la direction de l’OMPI par le régime iranien et, de plus en plus, par les milieux monarchistes radicaux. Ces deux camps ont déployé des efforts considérables pour discréditer l’OMPI, et tout particulièrement ses dirigeantes. Pourtant, l’enjeu fondamental demeure : l’OMPI reste un mouvement d’opposition démocratique hautement organisé, doté d’un vaste réseau à l’intérieur de l’Iran ; il représente donc une menace sérieuse pour la survie de la théocratie au pouvoir.
L’élection de sa dixième secrétaire générale doit donc être envisagée dans une perspective plus large. Elle témoigne de plus de trois décennies de leadership féminin ininterrompu et constitue un défi idéologique et culturel profond pour l’intégrisme islamique : il ne s’agit pas simplement de femmes réclamant l’égalité, mais de femmes assumant des responsabilités, exerçant une autorité et menant une lutte organisée contre un système fondé sur leur discrimination et leur subordination.

