CNRI – « après avoir essayé la terreur, avoir essayé le chantage avec les prises d'otages, avoir essayé la corruption avec l'argent, le régime a su utiliser la séduction à l'égard des pays occidentaux. Ça a été l'épisode Khatami, sur lequel beaucoup de gens croient encore utile de s'attendrir », a déclaré François Colcombet.
Ce magistrat et ancien député s’exprimait dans un colloque à l’occasion du 30e anniversaire de la révolution antimonarchiste en Iran, organisé au Sénat le 11 février par le Comité français pour un Iran démocratique.
La réunion a été l’occasion de se pencher sur la terrible situation des droits de l’homme et de faire un tour d’horizon de la dictature religieuse et de la Résistance iranienne. Les orateurs ont insisté sur la nécessité de lever les restrictions qui pèsent encore sur la résistance, notamment de clore le dossier vide du 17 juin 2003 qui touche des opposants iraniens. Le maintien du dossier étant une des conséquences de la politique erronée de complaisance avec le régime des mollahs.
Voici des extraits de son intervention :
J’ai présidé la convention pour la 6e république et j'ai beaucoup travaillé sur les institutions. Précisément l’Iran en est très intéressant au niveau des institutions car comme on l'a dit tout à l'heure, c'est un pays qui mérite qu'on aille le visiter pour sa constitution, tellement elle est extravagante, archaïque, unique ! Jamais, même le Vatican, au Moyen-âge n'a pas pu faire ce qu’a réussi à faire Khomeiny. Car c'est un régime qui est directement branché sur le ciel ! Dans les traditions chrétiennes on avait connu cela, à la fin du bas empire, mais en avait pris des distances par rapport à cela.
Précisément, lorsque la religion musulmane s'est créée, l'une de ses pistes de réflexion était la distance qui devait exister entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. La tradition dans les pays islamiques c’est que ce n'est pas la même personne qui exerce le pouvoir religieux et qui exerce le pouvoir civil. Que ce soit en Turquie, que ce soit en Arabien etc, dans tous ces pays s'étaient soigneusement distingués. Mais là ce n'est pas le cas. Là c'est directement un personnage qui est branché sur le ciel, qui a absolument tous les pouvoirs.
Et ce personnage n'est pas embarrassé, puisqu'il n'y a plus de premier ministre. La réforme que nous avons failli faire en France, elle a été faite par Khomeiny lui-même. Il a supprimé le premier ministre, on a remplacé le premier ministre fusible par un président de la république qui est choisi par le guide suprême, selon un système parfaitement mis au point, les gens qui pourraient être dangereux sont invités à ne pas se présenter, ça a été le cas de Radjavi, et lorsque les différents présidents se sont présentés, c'est parce qu'ils avaient été adoubés par celui qui leur a directement insufflé le pouvoir. Et comme si ce système n'était pas assez verrouillé, comme si ce parlement qui existe encore là-bas, a été complètement noyauté par les pasdaran qui sont une espèce de milices, une espèce de société qui s'est mise en place au service non pas du président de la république mais du guide suprême. C'est ce système-là qu'on nous présente auquel on pourrait tendre la main, avec lequel on pourrait discuter.
J’ajouterai que s’agissant d’un grand pays, d’une grande nation qui a un grand savoir faire, il y a beaucoup d’intelligence, il y a de l’argent, il y a la tradition. Et entre les mains de gens comme ce régime, l’Iran est un outil extrêmement dangereux. Car, après avoir essayé la terreur, avoir essayé le chantage avec les prises d'otages, avoir essayé la corruption avec l'argent, le régime a su utiliser la séduction à l'égard des pays occidentaux. Ça a été l'épisode Khatami, sur lequel beaucoup de gens croient encore utile de s'attendrir.
Avec l'épisode Khatami, l'Occident a cru qu'il pouvait y avoir une voix modérée à l'intérieur de ce système. Or, Khatami avait été autorisé à se présenter parce qu’il séduisait l'Occident et parce qu'en fait il ne cédait pas sur l'essentiel. À l'époque, les États-Unis d'abord, puis la Grande-Bretagne, puis l'Europe ont accepté de baisser la garde. Et pour baisser la garde qu’ont-ils fait ? Ils ont inscrit l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. C'est cela qui est à l'origine de l'inscription. Cela contre lequel nous luttons ! Souvenons-nous de cela pour les prochaines élections, je suis prêt à prendre le pari que nous allons avoir une répétition de cela. Nous allons avoir de faux modérés qui vont être propulsés au pouvoir de façon à pouvoir discuter avec les occidentaux.
La seule opposition qui soit restée vivante, ce sont les moudjahidines du peuple d'Iran. Avoir tenu aussi longtemps, c'est bien parce qu’on est en prise avec une réalité, c'est bien parce qu'on est soutenu par son pays, c'est bien parce que les jeunes adhèrent à ce modèle. Il y a peu de résistance qui dure aussi longtemps.
Maintenant la suite des épisodes juridiques est d'une complexité extraordinaire. Moi qui a été magistrat, député, j'ai aussi été dans les cabinets ministériels, j'étais une personnalité interministérielle etc. j'ai été à la cuisine et la salle à manger. Je sais que lorsqu'on est à l’exécutif on a des obligations qui ne sont pas les mêmes que celles qu'on a au parlement. Mais il arrive un moment où la réalité l'impose, où la démocratie doit l'emporter et même le droit doit l'emporter.
Et c'est ce qui s'est passé du côté européen, on ne peut que s'en réjouir. L'Europe sort grandie de cette affaire, malheureusement la France mène un combat de retardement qui est voué à mon avis à l'échec et qui ternira un peu plus l'image de notre pays.
Une simple réflexion : les enjeux se sont d'abord ces résistants. Ceux qui sont ici nous les protégeons, ils sont provisoirement hors d’attaque directe, encore qu’un assassinat est toujours possible. On l’a vu, on l’a évoqué. Mais je pense à ceux d'Achraf qui sont en réalité non seulement des courageux, mais c’est également la relève de ce pays. Car tous ces jeunes dont ont parle qui sont formés, ces jeunes qui sont médecins, architectes, artistes, tous ces jeunes sont l'avenir sain de l'Iran. Et si ces jeunes disparaissent c'est une partie de l'Iran qui disparaît.
Ensuite il y a nos intérêts à nous, qui sont des intérêts moraux, qui sont des intérêts politiques. Nous ne pouvons pas être le pays qui soutient les tortionnaires. Nous devons être le pays qui soutient le droit.
À la fin de l'année dernière on m'avait demandé d'aller voir un certain nombre d'ambassadeurs des pays qui pouvaient décider de voter pour l'exclusion de l'OMPI de la liste des organisations terroristes. Je me souviens d'avoir vu un ambassadeur d'un grand pays, le Danemark, et la discussion a tourné autour d’un sujets que je ne m'attendais pas, on l'a dit : mais enfin (c'était au moment où il y avait la guerre à Gaza) ce qui se passe à Gaza ce n'est pas tant une lutte des Palestiniens contre Israël, c'était une lutte d’Israël contre l'Iran par le Hamas interposé. Les malheureux Palestiniens servant de chair à pâté dans un combat qui d'une certaine façon les dépassait complètement. Cet ambassadeur me disait, je crains que l'épisode prochain soit un épisode dans lequel on utilise des armes plus dangereuses. Comme pour lui donner raison dans les jours qui ont suivi l'Iran, pour fêter son anniversaire, a annoncé qu'il avait mis sur orbite une fusée qui permettait d'envoyer éventuellement un projectile atomique, non seulement sur la plupart des pays du Moyen-Orient mais également sur les pays du sud-est de l'Europe.
Les choses sont assez simples. Le combat que nous menons est un combat pour la paix au Moyen-Orient, c’est aussi un combat pour la paix dans le monde ! C'est même le combat central que nous devons mener aujourd'hui. Je suis heureux de me retrouver aux côté de gens tels que vous chers amis. Ce que vous avez dit tout à l'heure m’est allé droit au cœur, parce que ça m'a permis de voir où il fallait aller. Il faut se prononcer en faveur de quelque chose qui est la défense des Moudjahidines du peuple d'Iran comme une alternative démocratique à un pays qu'on ne peut décidément pas soutenir.

