
Le mardi 16 décembre 2025, le régime a instrumentalisé la 49e audience de son procès par contumace contre 104 accusés liés à l’OMPI à des fins politiques – mise en scène dans un tribunal de Téhéran, mais destinée aux foyers iraniens. Concrètement, les médias d’État ont présenté un pouvoir judiciaire incapable d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique iranienne, cherchant à reprendre le contrôle de ce que les Iraniens peuvent regarder et de ce que les Européens peuvent diffuser.
Signe révélateur de l’anxiété du régime, le juge présidant l’audience s’est focalisé non pas sur les preuves, mais sur Simaye Azadi, une chaîne satellitaire affiliée à la Résistance iranienne. Tout au long de l’audience, ce prétendu juge a en réalité sermonné l’Europe sur la manière de fermer la chaîne, utilisant un procès à Téhéran comme un moyen de faire pression sur les régulateurs et les opérateurs télécoms situés hors des frontières iraniennes. Cette obsession est politique, non juridique : la valeur de Simaye Azadi réside dans le fait qu’elle brise le monopole de l’État, amplifie la diffusion des images de manifestations et s’adresse directement à une société que le régime sait déjà explosive.
Le juge a mis en avant une « plainte formelle » visant des poursuites contre des responsables au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, a fait référence à des documents déposés auprès de l’Ofcom et a menacé de tenir les gouvernements européens responsables s’ils n’intervenaient pas – une tentative d’externaliser la censure par le biais de systèmes de régulation étrangers. Lors de cette même audience, le régime a également examiné l’agitation suscitée par l’intervention de Maryam Radjavi au Parlement européen le mercredi 10 décembre 2025 – perçue comme une concession intolérable de légitimité et attaquée dans la communication officielle parce qu’elle symbolise une alternative organisée sur la scène internationale.
Un initié place la faim au cœur des enjeux sécuritaires
Quatre jours plus tôt, le vendredi 12 décembre 2025, Hossein Marashi publiait en première page de Sazandegi un avertissement qui ressemble moins à un commentaire politique qu’à une note de service visant à préserver le régime. Il y affirmait qu’une crise alimentaire pourrait accomplir ce que la guerre et les pressions politiques n’avaient pas réussi à faire : pousser les « populations affamées » dans la rue.
L’importance ne réside pas dans le diagnostic économique, mais dans sa traduction politique. Marashi emploie le vocabulaire le plus sensible du régime : foules, contagion et perte de contrôle. Il ne présente pas le problème sous l’angle des droits, de la dignité ou de la responsabilité ; il le présente comme une impasse, une impasse qui transforme les conflits internes à l’élite en un impératif de survie partagé.
Les données officielles, et même les analyses proches du régime, tendent à sous-estimer la gravité de la crise. L’intervention de Marashi révèle que l’élite a pris conscience que la dissuasion seule ne suffit pas : l’État peut menacer, arrêter et exécuter, mais il ne peut gouverner indéfiniment une société qui vit de plus en plus sous la contrainte au quotidien.
Révélation de la résistance et stratégie de prévention
Le lundi 15 décembre 2025, un communiqué publié par mojahedin.org et attribué à un « quartier général social » de l’OMPI en Iran a révélé que le régime avait placé les forces de répression en état d’alerte renforcée dès le samedi 13 décembre 2025, une mesure explicitement liée à la crainte de manifestations dans un contexte de forte sensibilité au prix de l’essence. Le communiqué indiquait que les effectifs des forces de « contrôle de la sécurité » de Téhéran avaient été portés à 42 500 hommes (dont 23 000 policiers et 19 500 membres des Gardiens de la révolution/Basij) et que les commandants avaient reçu pour instruction de faire de la répression des troubles intérieurs la priorité absolue, même en cas de conflit extérieur.
Le même document décrivait un dispositif de surveillance préventive renforcé dans les rues : des forces de renseignement et de sécurité déployées en civil dans tout Téhéran pour la surveillance et le signalement rapide des rassemblements ; des points de contrôle armés, opérationnels par équipes de 15 personnes environ de 18h00 à minuit ; des patrouilles renforcées après la tombée de la nuit ; et un axe opérationnel spécifique reliant le centre de Téhéran à Mehrabad. Il était également allégué que les Gardiens de la révolution iraniens avaient intensifié la formation des forces Bassidj dans les villes « agitées », organisé des exercices anti-manifestations, offert des primes en espèces – dont 2 millions de tomans par « engagement » – et mis l’accent sur des tactiques telles que des méthodes de marquage pour identifier les manifestants et désigner des « leaders ». Il a également déclaré avoir renforcé la protection des stations-service et des infrastructures d’approvisionnement en carburant, exigé des rapports photo/vidéo réguliers à la hiérarchie et renforcé la sécurité autour des dépôts pétroliers et des voies de transbordement ; autant de mesures qui, prises ensemble, s’apparentent davantage à un plan de mobilisation pour contenir les troubles sociaux qu’à un simple maintien de l’ordre.
Ce que le régime tente d’empêcher
L’audience du 16 décembre ne concernait pas réellement les accusés absents ; il s’agissait de criminaliser l’organisation au moment même où le régime craint que les crises multiples qui secouent le pays ne dégénèrent en émeutes. Le pouvoir judiciaire a profité de cette audience pour faire pression sur l’Europe afin de restreindre la portée médiatique de la Résistance – y compris la couverture médiatique de Simaye Azadi – car le régime sait qu’une société en ébullition est plus difficile à contenir lorsqu’elle peut se voir, communiquer et maintenir son élan.
Conjuguée aux avertissements constants des autorités, à une vigilance accrue, à une surveillance renforcée et à une attitude répressive envers les manifestations, la situation est claire : le régime mène de front propagande, censure et coercition, le tout appuyé par des exécutions à titre dissuasif. Ce n’est pas le comportement d’un système sûr de lui ; c’est celui d’un régime qui tente d’empêcher que les difficultés ne dégénèrent en soulèvement organisé.

