mercredi, janvier 21, 2026
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Soulèvement en Iran – Jour 9 : La brutalité du régime à Ilam ne parvient pas à endiguer la détermination nationale, les manifestations touchant 107 villes

Le lundi 5 janvier 2026, le soulèvement national contre la théocratie au pouvoir en Iran entrait dans son neuvième jour consécutif. Ce qui avait commencé comme des griefs économiques épars s’est rapidement transformé en un puissant mouvement politique réclamant le renversement du régime. Selon le Secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), les troubles se sont désormais étendus à au moins 107 villes à travers le pays. Malgré une répression militarisée, des coupures d’internet et des crimes de guerre documentés – notamment le ciblage d’établissements médicaux à Ilam – la détermination des Iraniens semble se renforcer.

La dynamique des manifestations a considérablement évolué ces derniers jours. Si les grèves se poursuivent dans les centres commerciaux en journée, la nuit est marquée par des affrontements intenses et généralisés. De la capitale, Téhéran, aux provinces de l’ouest, la peur s’estompe visiblement à mesure que les citoyens passent de la résistance passive à l’autodéfense active contre les forces de sécurité.

Iran Uprising Day 9: Tehran Bazaar on Strike, Protest Rallies in Multiple Cities

Soulèvement en Iran, 9e jour : Grève au Grand Bazar de Téhéran, manifestations dans plusieurs villes

Bataille pour Téhéran : Un centre économique transformé en zone de guerre

Le régime considère le Grand Bazar de Téhéran comme une menace majeure, transformant ce centre économique historique en zone militarisée. Lundi, des informations ont confirmé une coupure totale d’internet dans le quartier du Bazar et les kilomètres environnants, ainsi que de graves perturbations des réseaux mobiles destinées à entraver la circulation de l’information.

Cependant, ce blocus informationnel n’a pas empêché les affrontements physiques. Des heurts ont éclaté dans le quartier de Cheragh-Bargh, où des images vidéo ont confirmé des escarmouches directes entre manifestants et forces de répression. Au marché d’Ahangaran et dans la ruelle de Kalantari, des agents du régime ont lancé des attaques brutales contre des commerçants et des civils. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et des fusils à balles de caoutchouc contre les marchands des rues Saadi et Hafez, mais des jeunes rebelles ont riposté en incendiant des poubelles pour créer des barricades et entraver la circulation des véhicules de police.

À la tombée de la nuit, les troubles se sont propagés des quartiers commerçants aux zones résidentielles. Dans les quartiers de Narmak (Haft Hoz) et de Téhéran, les citoyens ont bravé les menaces de répression pour organiser des rassemblements. À Haft Hoz et Naziabad, les slogans scandés étaient explicitement politiques et existentiels pour le régime : « Cette année est l’année du sang, Khamenei sera renversé.»

« Crimes contre l’humanité » : L’attaque de l’hôpital d’Ilam

La répression a pris une tournure particulièrement sombre dans la province occidentale d’Ilam. Le dimanche 4 janvier, des forces appartenant aux Gardiens de la révolution (CGRI) ont pris d’assaut l’hôpital Khomeini de la ville d’Ilam. Leur objectif était d’enlever des manifestants blessés, hospitalisés suite aux affrontements survenus la veille à Malekshahi.

Des témoins rapportent que les forces de répression ont tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur des services hospitaliers, en violation des normes humanitaires internationales. Le personnel médical, aux côtés de citoyens ordinaires, a tenté d’empêcher les agents d’entrer dans les chambres, verrouillant les portes pour protéger les blessés. Après le raid, le régime a lancé une campagne d’arrestations arbitraires massives. Dans la seule ville d’Ilam, une quarantaine d’adolescents et de jeunes adultes ont été arrêtés lundi, et leurs familles signalent la disparition de dix jeunes. Ces arrestations faisaient suite à un raid coordonné mené la nuit précédente, au cours duquel au moins 200 personnes avaient été détenues et emmenées en bus vers des destinations inconnues.

Mme Maryam Rajavi, présidente élue du CNRI, a condamné l’attaque de l’hôpital, la qualifiant de « crime impardonnable » et de tentative désespérée du Guide suprême Ali Khamenei de réprimer le soulèvement par une « extrême brutalité ». Elle a appelé les jeunes des provinces voisines du Lorestan et du Kurdistan à se mobiliser pour soutenir Ilam.

Escalade dans les provinces : autodéfense et affrontements armés

Hors de la capitale, le soulèvement a connu une nette escalade des affrontements. Dans les provinces de l’ouest et du centre, les manifestants ont de plus en plus recours à l’autodéfense et à l’action directe contre les Bassidj et les forces de sécurité.

À Sonqor, dans la province de Kermanshah, les forces de sécurité ont ouvert le feu lundi pour disperser la foule. Selon des témoignages, malgré les tirs à balles réelles, les manifestants ont tenu bon et ont poursuivi leur rassemblement tard dans la nuit. À Nurabad Mamasani, dans la province de Fars, les manifestations ont dégénéré en affrontements armés avec des agents du régime, des fusillades et des attaques-éclairs ayant été signalées dans les rues.

Des exemples concrets de résistance illustrent l’évolution du moral des manifestants. À Mardabad, dans la province de Yazd, des jeunes rebelles ont attaqué une base des Bassidj qui avait envoyé des agents pour réprimer les manifestations. À Sari, dans le nord de l’Iran, des manifestants ont pris d’assaut les forces de sécurité qui tentaient d’enlever un manifestant. Ils ont réussi à libérer le détenu et à contraindre les agents à fuir.

Les étudiants

Ils continuent de jouer un rôle d’avant-garde. À l’université de Birjand, des étudiants se sont rassemblés contre le concept de neutralité, scandant : « Je vengerai l’assassin de mon frère ! ». De même, à l’université Tarbiat Modares de Téhéran, des étudiants ont scandé : « Bassidji, Gardiens de la révolution, vous êtes notre Daech ! », établissant un parallèle direct entre l’appareil sécuritaire du régime et le groupe terroriste.

Messages socio-politiques : Définir l’ennemi

Les slogans qui résonnent dans les villes iraniennes révèlent clairement les motivations du soulèvement. Les manifestations dépassent largement le cadre de revendications économiques spécifiques pour exprimer un rejet total des piliers idéologiques et stratégiques du régime.

À Sonqor et dans d’autres villes, le slogan « Ni Gaza, ni le Liban, ma vie pour l’Iran ! » a été entendu à maintes reprises. Ce slogan représente une réfutation directe des coûteuses guerres par procuration régionales menées par le régime, que la population perçoit comme une ponction sur les ressources nationales.

Parallèlement, les inégalités sociales engendrées par la corruption d’État apparaissent au grand jour. À Ispahan, la foule scandait : « Le peuple vit comme des mendiants, le dirigeant comme un dieu !» À Yasuj, dans le sud-ouest de l’Iran, les familles de manifestants détenus se sont rassemblées devant le gouvernorat. Leurs slogans dénonçaient l’hypocrisie de l’élite dirigeante : « Leurs enfants sont au Canada, les nôtres sont en prison !», faisant référence aux enfants des responsables du régime qui vivent dans le luxe à l’étranger, tandis que la jeunesse iranienne risque l’incarcération et la mort.

Implications internationales et conclusion

Face à l’augmentation du nombre de morts et à l’intensification de la répression par le régime, la communauté internationale commence à réagir. Le président américain Donald Trump a pris la parole, avertissant le régime iranien que s’il persistait à « tuer comme par le passé », il s’exposerait à de graves sanctions de la part des États-Unis.

Cependant, sur le terrain, le cycle de violence n’a pas découragé la population. Les funérailles des victimes de ces derniers jours ont donné lieu à des manifestations de masse. À Kouhdasht, le cortège funèbre scandait : « L’heure de la guerre a sonné !»

Entrant dans son dixième jour, le soulèvement ne montre aucun signe d’essoufflement. Le recours du régime à la force meurtrière, des couloirs d’hôpitaux aux rues des villes iraniennes, n’est jusqu’à présent pas parvenu à briser la volonté d’une population qui semble n’avoir plus rien à perdre.