
Le 22 juillet, le régime clérical iranien a fait pendre Mehdi Khanki à la prison de Ghezel Hesar, à Karaj. Selon le décompte des organisations de défense des droits humains, il était la vingt-quatrième personne exécutée arbitrairement depuis le mois de mars en lien avec le soulèvement de janvier 2026 — le dernier nom en date sur une liste qui ne cesse de s’allonger de jeunes gens mis à mort pour leurs liens avec l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI). Un an plus tôt, Behrouz Ehsani et Mehdi Hassani avaient été pendus pour le même motif. Ce printemps, au moins huit autres prisonniers affiliés à l’OMPI ont été exécutés à quelques jours d’intervalle. L’Iran — dont Amnesty International a confirmé qu’il avait procédé à plus de 2 150 exécutions en 2025, ce qui en fait le pays pratiquant le plus grand nombre d’exécutions par habitant au monde — tue des prisonniers politiques à un rythme inédit depuis une génération.
Mais ce qui inquiète dans ces exécutions, ce n’est pas leur nombre. C’est leur sociologie.
La plupart des personnes pendues appartiennent à une génération née bien après que les cadres organisés de l’OMPI ont été contraints à la clandestinité ou à l’exil. Leur soutien à l’OMPI — et leur décision de rejoindre l’organisation — s’est manifesté en dépit de décennies de censure, de répression, de massacres, d’exécutions et de tortures, et malgré une campagne de peur soutenue visant à dissuader toute une génération de jamais s’en approcher.
Des centaines de films, des milliers d’heures de contenu en ligne, des millions de publications sur les réseaux sociaux et toute une industrie de l’édition ont été mobilisés pour dépeindre l’OMPI comme une organisation traîtresse, sectaire et moribonde. Pourtant, voici que se retrouvent à la potence des jeunes d’une vingtaine d’années qui, après avoir vu tout cela, ont choisi la défiance. La question n’est pas de savoir pourquoi ils ont été arrêtés. C’est de comprendre pourquoi ils existent tout simplement.
Harrowing video shows Iranian protesters sing before being hanged https://t.co/t188p28wt2 pic.twitter.com/mrjiz0ZRIU
— New York Post (@nypost) May 1, 2026
Prenons un point de comparaison. Le monde ne manque pas de régimes autoritaires. Pourtant, aucun autre pays n’a connu un phénomène comparable à ce rythme de soulèvements nationaux qui, en Iran, se succèdent depuis un demi-siècle : la résistance du début des années 1980, la révolte étudiante de 1999, les manifestations de 2009, les explosions de colère de 2017 et 2019, les manifestations de 2022 liées à la mort de Mahsa Amini, et le soulèvement de janvier 2026 — qualifié par Amnesty de « période de répression la plus meurtrière menée par les autorités iraniennes depuis des décennies ».
Dans la plupart des dictatures, le mécontentement reste atomisé : les gens expriment leur colère en privé tout en restant passifs en public, faute de structure organisationnelle capable de canaliser cette rage. L’Iran fait exception. Malgré tous les efforts du régime — propagande, promotion d’impasses telles que le courant « réformiste » discrédité, ou encore entretien d’une nostalgie monarchiste servant de soupape de sécurité — une résistance organisée a perduré. Elle a survécu au massacre de 1988, qualifié d’acte perpétré avec une « intention génocidaire » par le rapporteur spécial de l’ONU, Javaid Rehman, dans son rapport de 2024. Elle a résisté au terrorisme sur sol étranger et aux compromis diplomatiques ayant sacrifié des dissidents iraniens au nom de la convenance occidentale. À travers ses « Unités de résistance » — de petites cellules décentralisées opérant à l’intérieur du pays — elle a continué à insuffler une culture de la contestation au sein de la société iranienne.
Le comportement même du régime confirme cette thèse. Le 21 juillet, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a lancé cet avertissement : « Si nous ne prenons pas de décision aujourd’hui, il pourrait être trop tard dès ce soir ou demain. » Ce n’était pas le langage de la maîtrise de la situation, mais celui de l’urgence critique. Parallèlement, à l’occasion de l’anniversaire de l’opération « Lumière éternelle » menée par les Moudjahidines du peuple (MEK) en 1988, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a multiplié les mises en garde publiques concernant la menace persistante que représente cette organisation — une utilisation singulière des ressources pour un mouvement qu’il prétend pourtant anéanti.
🚨 Iran News: « I hit a dead end once again… I discarded Reza Pahlavi. Against the blatant violence used by the regime, ‘non-violence’ and ‘peaceful struggle’ no longer had a place. »
Part 1 of PMOI member Akbar Daneshvarkar from prison on how he joined the organization.
Akbar… pic.twitter.com/0dt6JjhlCW
— SIMAY AZADI TV (@en_simayazadi) May 8, 2026
Lors du soulèvement de 2022, le CNRI a recensé 3 626 arrestations ou disparitions de sympathisants du MEK. Après les événements de janvier 2026, plus de 2 000 cas ont été signalés. Le rythme des exécutions s’est accéléré, tout comme celui des opérations des Unités de résistance : inscriptions murales, actes de solidarité envers les prisonniers exécutés par pendaison et perturbations organisées se multipliant de ville en ville.
Chaque exécution valide le mouvement même qu’elle visait à détruire. Les treize membres du MEK ou OMPI pendus ces derniers mois rejoignent les rangs de dizaines de manifestants exécutés ; ils s’inscrivent dans la lignée de ces dizaines de milliers d’individus qui, contraints de choisir entre renier leurs convictions et la potence, ont opté pour la seconde, la tête haute. Le fait qu’une nouvelle génération fasse le même choix — sans avoir connu ces anciens prisonniers, armée seulement d’une idée ayant survécu à toutes les attaques — constitue le réquisitoire le plus accablant contre la volonté du régime d’effacer toute trace de résistance.
Les êtres humains agissent en s’inspirant de modèles. Là où il n’y a pas de modèle, la colère s’éteint dans l’isolement. Là où il y en a un, elle prend forme. Le régime clérical a dépensé une fortune pour faire en sorte qu’aucun Iranien ne rencontre jamais un modèle crédible de résistance. Les potences de Ghezel Hesar prouvent l’échec total de cet investissement.

