
Sous le calme apparent de l’Iran, une anxiété profonde et volatile couve à nouveau. Épuisée par les récents conflits militaires, une inflation paralysante et une érosion rapide du niveau de vie, la population iranienne se prépare à une flambée soudaine du prix de l’essence. Il s’agit d’une répétition dangereuse pour un régime qui, fin 2025 et début 2026, s’était mis en état d’alerte maximale pour prévenir une telle crise. À l’époque, l’État avait multiplié les volte-face frénétiques concernant la communication sur les hausses de prix, annulant des annonces, organisant des simulations de crise et imposant des couvre-feux nocturnes dans une tentative désespérée d’amortir le choc, tant psychologiquement que physiquement. Mais le choc a fini par se produire, déclenchant le soulèvement féroce de janvier 2026, parti du bazar de Téhéran pour se propager rapidement à travers tout le pays.
Dans un rapport d’une franchise remarquable publié le samedi 22 août 2026, le quotidien économique iranien sous contrôle étatique *Jahan-e Sanat* a adressé une mise en garde sévère au régime. L’article, intitulé « Du choc à l’embrasement », dépeint un tableau sombre d’une société poussée à bout, relayant la voix d’une population qui a le sentiment de n’avoir plus rien à perdre.
Cette hausse imminente des prix survient juste après un aveu accablant du président du régime, qui a mis à nu la réalité financière et infrastructurelle désastreuse du pays à la suite des récents conflits régionaux. Selon le journal, le président a déclaré sans détour : « Nous n’avons pas d’argent, nous n’avons pas de carburant, nos installations de stockage ont été endommagées par la guerre et nous n’avons d’autre choix que de procéder ainsi. »
Mais pour les Iraniens ordinaires qui luttent déjà pour leur survie, les justifications macroéconomiques du gouvernement sonnent creux. Le rapport de *Jahan-e Sanat* reflète le désespoir brut et sans filtre qui règne dans la rue. « À chaque fois qu’ils essaient de réparer un sourcil, ils finissent par crever l’œil », a déclaré Abbas, un chauffeur de taxi de 67 ans, critiquant la mauvaise gestion de l’économie par le gouvernement. Évoquant les troubles qui ont secoué le pays après la dernière hausse majeure du prix du carburant, il a demandé : « Ont-ils oublié novembre 2019 ? »
Pour les jeunes générations, la menace d’une hausse des prix ne représente pas seulement un fardeau économique : c’est un catalyseur d’action directe. Kian, un étudiant qui subvient seul aux besoins de sa famille, a lancé un avertissement glaçant par l’intermédiaire du média d’État.
« Quelle est cette logique qui pousse le président à répéter sans cesse que nous n’avons ni argent ni carburant ? » a demandé Kian. « Nous sommes à bout ; aucune mesure n’est prise pour améliorer la situation. Si la population manifeste cette fois-ci, je me joindrai à elle. »
La publication a également relayé l’analyse percutante du sociologue Alireza Sharifi-Yazdi. Selon lui, l’évocation récente par le gouvernement d’un prix astronomique de 87 000 tomans le litre d’essence dans la province de Kerman relevait probablement d’une propagande d’État visant à « briser la barrière psychologique » du public, afin de rendre acceptable une hausse plus modeste — mais néanmoins dévastatrice.
Toutefois, M. Sharifi-Yazdi a averti que ce calcul de l’État sous-estimait gravement l’épuisement de la population. Soulignant que les revenus pétroliers de l’Iran se sont effondrés jusqu’à frôler le néant et que le pays est au bord de l’hyperinflation, il a dressé un constat alarmant quant à la stabilité du gouvernement.
« Notre société est devenue bien plus fragile et désespérée, et le capital social — en particulier entre la population et le système au pouvoir — s’est considérablement érodé », a déclaré M. Sharifi-Yazdi au média. Établissant un contraste direct avec la situation de 2019, il a conclu par un avertissement sans précédent : « Je pense que la société se trouve désormais dans un état plus critique, et que le risque de troubles sociaux — qu’on les qualifie d’émeutes, de révolution ou de mouvement — s’est considérablement accru. »
Comme le souligne *Jahan-e Sanat*, la situation actuelle en Iran n’attend plus qu’une étincelle. Que l’étincelle soit le prix du carburant ou un autre grief imprévu, le message émanant des rues de Téhéran est sans équivoque : la patience de la population est à bout, et la prochaine onde de choc pourrait être imminente.

