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Les retraités iraniens manifestent contre la guerre et la pauvreté alors que les prix des denrées alimentaires s’envolent

Les retraités iraniens manifestent contre la guerre et la pauvreté alors que les prix des denrées alimentaires s'envolent
Vive altercation entre députés au sein du parlement du régime iranien (Majlis)

Le 1er novembre, des retraités ont manifesté à travers l’Iran, contestant ouvertement les priorités budgétaires du pouvoir en place. Ils ont établi un lien direct entre la pauvreté, le non-versement de prestations sociales, la corruption, la guerre et la répression. Ces manifestations surviennent alors que le gouvernement a fortement augmenté le prix du blé, et que des personnalités proches du régime ont formulé des avertissements d’une franchise inhabituelle, soulignant que les inégalités, les défaillances des services de renseignement et les luttes intestines politiques fragilisent la stabilité du régime.

Des retraités ont manifesté à Téhéran, Ispahan, Ahvaz, Kermanshah, Shush, Dezful et Rasht, réclamant une revalorisation des pensions, un accès abordable aux soins de santé et le versement des prestations dues. À Ahvaz, les manifestants auraient scandé : « Assez de bellicisme, nos tables sont vides. » À Ispahan, des retraités du secteur sidérurgique ont dénoncé la corruption et accusé les responsables de malhonnêteté, tandis qu’à Kermanshah et Rasht, les manifestants ont exigé la libération des prisonniers politiques et la fin des exécutions.

Ces mouvements témoignent d’une dimension politique croissante qui vient s’ajouter aux revendications économiques. Les retraités ont remis en cause non seulement la dégradation de leur niveau de vie, mais aussi les institutions responsables de la politique gouvernementale, de la répression sociale et de la gestion des ressources nationales.

Flambée du prix du blé et hausse des coûts de santé
Le gouvernement a relevé le prix du blé destiné aux fabricants de pâtes et de pain industriel, le faisant passer de 23 850 à 60 000 tomans par kilogramme, soit une augmentation de 151 %. Les producteurs ont signalé que les approvisionnements en farine avaient été perturbés avant même que la modification des prix ne soit clairement communiquée. Cette mesure alourdit considérablement les coûts de production des denrées alimentaires de base, à une période où les ménages sont déjà confrontés à une inflation exceptionnellement élevée.

À l’hôpital Loghman Hakim de Téhéran, le directeur Shahin Shadnia a reconnu l’existence de graves pénuries de médicaments et une forte augmentation du coût des traitements. Il a précisé que des médicaments qui coûtaient auparavant entre 500 000 et 600 000 tomans sont devenus plusieurs fois plus chers, contraignant parfois le personnel hospitalier à orienter les patients vers des pharmacies extérieures. Outre les sanctions et les dommages subis par les infrastructures de production pharmaceutique, les représentants de l’industrie nationale ont pointé du doigt la hausse des coûts liés aux devises, les retards dans les paiements des assurances et les coupures d’électricité comme autant de facteurs aggravant la crise.

L’économiste Hossein Raghfar a averti que les inégalités et le sentiment d’exclusion des jeunes générations pourraient provoquer une « explosion sociale ». Il a souligné que les catégories à faibles revenus — autrefois considérées comme l’un des principaux piliers de soutien à la République islamique — sont de plus en plus touchées par l’exclusion économique. M. Raghfar a décrit un cercle vicieux dans lequel les autorités répriment les manifestations légitimes, perdent la confiance du public et répondent à l’érosion de leur légitimité par un surcroît de violence.

Un débat à la télévision d’État révèle des défaillances en matière de sécurité
Une émission diffusée sur la télévision d’État a été le théâtre de critiques inhabituellement virulentes à l’encontre des institutions de renseignement et de sécurité iraniennes. L’universitaire Hamzeh Rahim Safavi s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles aucun haut responsable n’a eu à rendre des comptes concernant des failles majeures du renseignement ou les milliards de dollars dépensés en Syrie.

Selon M. Safavi, l’acquisition d’armes nucléaires ne saurait compenser l’inefficacité des systèmes de renseignement et de protection. Rouhollah Saeidi, une personnalité proche du pouvoir, a quant à lui déploré l’absence de responsabilité face aux défaillances sécuritaires impliquant de hauts responsables et des installations sensibles. Ces critiques remettent en cause la priorité donnée à l’escalade militaire, en désignant l’incompétence institutionnelle et la faiblesse des mécanismes de contrôle comme les véritables problèmes de sécurité.

Ce débat a mis en lumière des divergences au sein même de l’appareil d’État quant aux causes des défaillances sécuritaires du régime. Alors que des parlementaires de la ligne dure réclament des changements dans la doctrine nucléaire – allant jusqu’à demander l’autorisation de fabriquer une bombe atomique –, d’autres voix, proches de l’appareil d’État, s’interrogent sur la capacité du dispositif de sécurité actuel à assumer ses responsabilités fondamentales.

Les journaux du régime mettent en garde contre des divisions internes
Un éditorial du 31 octobre, prenant la défense du Conseil suprême de sécurité nationale, a accusé certaines personnalités — non nommées — d’affaiblir cette institution par des critiques irresponsables. Le texte souligne l’autorité du Conseil en matière de défense, de sécurité et de prise de décision nationale, tout en exprimant des inquiétudes face aux différends qui affectent l’un des organes de coordination centraux du régime.

Un autre éditorial, publié le 31 octobre par le journal *Javan* — contrôlé par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) —, avertit que les désaccords entre factions pourraient dégénérer en « divisions stratégiques », saper la confiance du public et donner l’impression d’une paralysie politique. Fait notable, l’article reconnaît que la puissance militaire repose sur la confiance de la population, la sécurité économique et la cohésion sociale.

Ces avertissements témoignent de luttes intestines croissantes entre factions rivales au sein du régime, sur fond de politiques de confrontation et d’appels à modifier la doctrine nucléaire de l’Iran. Alors que les partisans de la ligne dure réclament une escalade accrue, d’autres figures du régime remettent en question l’efficacité de l’appareil militaire et des services de renseignement, tout en alertant sur l’aggravation des divisions internes. Ce conflit révèle un régime qui peine à s’accorder, même sur la manière de projeter sa force et de dissuader ses adversaires, exposant ainsi la fragilité de son processus de décision stratégique en pleine multiplication des crises intérieures.

Des revendications économiques face à une réponse axée sur la sécurité
Les événements récents montrent comment les difficultés économiques se traduisent de plus en plus par une opposition politique explicite. Les retraités établissent un lien entre la pauvreté, les dépenses militaires et la répression ; dans le même temps, les décisions officielles renchérissent le coût des produits alimentaires de base, tandis que les hôpitaux peinent à garantir l’accès aux médicaments.

Parallèlement, des critiques émanant de l’intérieur même du régime pointent du doigt un manque de responsabilité et une inquiétude croissante face aux conflits entre factions. Cette convergence place les autorités face à deux problèmes étroitement liés : le mécontentement de la population face à la dégradation de ses conditions de vie, et des dissensions internes concernant les institutions et les politiques chargées de gérer la crise. Le recours persistant à la coercition et à la confrontation militaire peut permettre de maintenir des positions intransigeantes, mais il aggrave également les pressions économiques et politiques sur lesquelles les commentateurs issus de l’establishment attirent eux-mêmes l’attention.