lundi, janvier 30, 2023

Iran : L’oubié du Printemps

LES MYTHES SUR LA RESISTANCE IRANIENNE

Un rapport du Centre International de Recherches et d’Etudes sur le Terrorisme et l’Aide aux Victimes du Terrorisme (CIRET-AVT) et Cf2R, décembre 2011
Dans leur précipitation à encenser un « printemps arabe » qui servait admirablement leurs intérêts, et détournait l’attention du théâtre d’opérations afghan où elle subissent, jour après jour, l’affront de leur impuissance reconnue, les puissances majeures de l’Occident ont oublié LE principal fauteur de troubles du Moyen‐Orient, la « République islamique d’Iran », en passe de s’inviter au club très fermé des pays disposant de l’arme nucléaire, d’en devenir le neuvième membre et de bouleverser la donne stratégique régionale, en ôtant à Israël le monopole de la « bombe atomique » dans une longue tradition régionale faite, depuis l’apparition de l’Etat hébreu, d’affrontements, militaires et subversifs.

La publication du dernier rapport de l’AIEA sur la réalité de la poursuite par l’Iran d’objectifs nucléaires à caractère militaire confère à l’inquiétude de la communauté internationale un caractère d’urgence qui affole les chancelleries, jusqu’alors enclines à composer avec des maîtres de l’esquive et de la mauvaise foi. Comment se peut‐il que l’impasse ait été faite sur un pays qui, avec la Corée du Nord, et quelques dictatures d’une autre époque, met en oeuvre le système de répression le plus contraignant et le plus sanguinaire qui soit à l’encontre de sa propre population ? Un pays qui pratique le terrorisme d’Etat jusqu’à mériter l’émission de mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de cinq de ses dirigeants ? Le seul qui bafoue si allègrement les conventions internationales, les usages diplomatiques en organisant le sac d’ambassades et l’arrestation de diplomates ?

La réponse n’est pas seulement à rechercher dans la raison d’Etat ni dans l’« Advocacy Policy » américaine qui organise la mainmise de notre cher allié sur l’économie mondiale ni dans l’émergence de la Chine soucieuse de ses approvisionnements stratégiques ni dans la politique immuable de la Russie d’accès aux mers libres, ni dans la stratégies des grandes compagnies pétrolières ou automobiles européennes, elle se trouve dans la politique de désinformation d’un régime sans équivalent dans l’histoire des institutions politiques, celui que nos voisins helvètes dénomment si judicieusement une « ochlothéocratie».

La désinformation constitue comme une seconde nature pour le ministère du renseignement iranien, certes passé maître dans la pratique de l’intoxication, mais qui peut, de surcroît, s’appuyer sur les erreurs et, bien plus gravement, la complicité de ses homologues occidentaux, qui, tout à la fois, surestiment leurs capacités à endormir la méfiance iranienne et sous‐estiment la d plicité de ces « partenaires » d’un genre inédit dans les annales des services secrets.

C’est ainsi que, dans la première moitié de l’année 2003, les autorités américaines et françaises vont participer à des opérations parfaitement conçues par le Vevak et scrupuleusement exécutées par leurs soins, opérations qui visent à anéantir la Résistance iranienne en la privant de ses deux principaux points d’appui que sont les camps des Moudjahidines du Peuple d’Iran en Irak et le très pacifique siège du CNRI, en France, à Auvers sur Oise.

Le premier coup est porté en avril 2003 quand les forces dites de la coalition bombardent les camps de l’OMPI alors organisés en une « Armée de libération nationale iranienne » (l’ALNI), qui observe pourtant une stricte neutralité dans les combats qui ravagent l’Irak. Les aviations américaine et britannique tuent sans mérite une cinquantaine de résistants, qui n’opposent aucune résistance. Le commandement allié regroupe les quelques milliers de résistants dans le camp principal situé à Ashraf, à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad et les désarme. La prise de conscience par l’état‐major américain des dangers et, sans doute, des véritables enjeux de cette opération, font que les membres de l’OMPI, regroupés en un seul lieu, peuvent reprendre une vie normale, leur statut de personnes placées sous le régime de la quatrième convention de Genève ayant été reconnu. La connivence passée entre les autorités de Washington et celles de Téhéran est bientôt dénoncée par la presse américaine et il est mis un terme provisoire à cette première phase du plan du Vevak d’autant que les enquêtes approfondies auxquelles se livrent les services américains confirment que les résistants iraniens ne se livrent à aucune activité terroriste.

Quelques mois plus tard, le second temps de la manoeuvre intervient, cette fois en France toujours à l’instigation du service iranien. C’est l’affaire du 17 juin 2003 qui voit la police française faire le « sale boulot » au bénéfice du Vevak, en une sorte de répétition, heureusement inachevée, de la rafle des 16 et 17 juillet 1942 : celle‐ci avait mobilisé des effectifs jugés alors considérables (9 000 policiers requis en 1942 pour l’exécution d’une rafle à caractère aléatoire dans toute la région parisienne et un résultat final de 11 000 personnes appréhendées). Mais les autorités françaises vont faire mieux en 2003, en déployant 1 500 policiers et gendarmes pour cerner et faire irruption dans quelques résidences parfaitement identifiées à Auvers et Cergy‐Pontoise et finalement interpeller 164 personnes. Cela constitue l’acte le plus achevé de cette collaboration, presqu’instantanément désavoué par la justice administrative puis par la justice judiciaire qui stoppent le processus.

Dans l’un et l’autre cas, la manoeuvre iranienne a achoppé sur les principes d’un Etat de droit et la rigueur d’institutions étatiques : l’armée aux Etats‐Unis et la justice en France, appuyés sur des opinions publiques majeures. C’est donc, au final, un échec, qui sera parachevé dans les années suivantes par la radiation de l’OMPI de la liste européenne des organisations terroristes. Pour le CIRET‐AVT qui n’a cessé de dénoncer une telle mesure adoptée en fonction de considérations de politique politicienne et en l’absence de tout critère OBJECTIF, le jugement de la Cour de Luxembourg replace le débat sur un terrain qu’il n’aurait jamais dû abandonner, celui du professionnalisme et de la crédibilité opérationnelle.

Aux Etats‐Unis, le problème de l’inscription de l’OMPI sur la liste des FTO(Foreign Terrorist Organisations) n’est pas pour autant résolu : une décision de la Cour d’Appel de Washington met en demeure le Département d’Etat de procéder à la radiation, mais cette administration traîne les pieds ; tout aussi gravement et plus immédiatement, faisant fi des recommandations les plus raisonnables, le gouvernement américain confie la protection d’Ashraf aux forces irakiennes en 2009. Ce faisant, il outrepasse ses propres engagements de 2003 méconnaît les devoirs élémentaires qui découlent de la quatrième convention de Genève relative à la protection des personnes déplacées et il expose, en conséquence les habitants de ce camp à des dangers qui ne sont pas imaginaires ; en témoignent deux opérations dites de « police » menées par les forces irakiennes qui font 47 morts et un millier de blessés parmi une population désarmée. La passivité des Etats‐Unis est à la mesure de leur complaisance envers les mollahs.

Dans ces conditions, accroché à l’objectif du démantèlement, l’Iran va attendre patiemment que soit levé, en Irak, le seul véritable obstacle à son entreprise, la présence américaine, encore garante, quoique de moins en moins, des droits des résidents d’Ashraf. Ce sera chose faite en décembre prochain avec le départ des derniers soldats étatsuniens, Il est donc à prévoir que la fin de l’année 2011 s’annonce tumultueuse et même propice à une liquidation analogue à celle qui vit, en mai 1943, la fin du ghetto de Varsovie. Une telle issue qu’il faut tout faire pour éviter ne serait que l’épilogue indigne du combat mené avec opiniâtreté par une Résistance réellement démocratique quoiqu’en prétendent ses adversaires et ses détracteurs.

Lire la suite : http://fr.ncr-iran.org/images/stories/200/PDF/iran_loublie-du-printemps.pdf

 

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