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L’OMPI, une organisation représentative de l’opposition démocratique en Iran

Une étude de François Colcombet, magistrat, ancien député, rédigé en décembre 2011

L’Iran est à nouveau au centre des préoccupations de la communauté internationale. Le régime théocratique fondé en 1979 par Khomeiny continue, plus de 30 ans après, d’exporter le terrorisme, de bafouer les droits de l’homme, de massacrer ses opposants politiques et de mettre au point l’arme nucléaire.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir voulu dialoguer et d’avoir temporisé que les USA, l’Europe et de nombreux pays de la région se retrouvent aujourd’hui dans l’obligation d’imposer de nouvelles sanctions. Certains pays ont même envisagé l’option militaire. Certes, pour la repousser. Mais jusqu’à quand? Autant dire que l’Iran reste un État terroriste fauteur de troubles, aux conséquences imprévisibles.

Pourtant, dans un premier temps, la communauté internationale avait su faire preuve de fermeté. Les opposants au régime de Khomeiny obligés de quitter l’Iran, avaient été accueillis en Occident. Parmi eux, Massoud Radjavi, le chef des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Celui-ci, après avoir été l’un des principaux acteurs du renversement du chah, avait rompu avec Khomeiny parce qu’il refusait sa constitution théocratique créant, sous le nom de république, un régime totalitaire fondé sur la charia et donnant tous les pouvoirs à ce même Khomeiny, représentant autoproclamé de l’imam caché des chiites. Radjavi, menacé de mort, avait été accueilli en France ainsi que nombre de ses partisans auxquels fut reconnu le statut de réfugiés politiques. Ils furent même autorisés dès juillet 1981 à installer, dans notre pays, à Auvers-sur-Oise, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) qui regroupe, outre l’OMPI, diverses autres formations politiques (L’Association de défense de l’indépendance et de la démocratie en Iran, Les Fedayines du peuple, la guilde Towhidi des commerçants du Bazar, les professeurs engagés des universités et de l’enseignement supérieur) et des minorités (des Kurdes, des sunnites, des chrétiens, des juifs). Le CNRI fut, dès l’origine, composé paritairement d’hommes et de femmes, ce qui n’était pas sans signification à un moment où, en Iran, on obligeait les femmes à se voiler et où on leur interdisait certains métiers (juge, certaines professions médicales et … la présidence de la république).

Devant le danger que constituait, pour le régime de Khomeiny, cette résistance démocratique et organisée qui, au fil des ans, était appelée à devenir porte-parole de l’opposition laïque, les mollahs n’hésitèrent pas à envoyer en Europe des équipes de tueurs. Ceux-ci exécutèrent en Allemagne des leaders kurdes, en Turquie et en Italie les représentants du CNRI, et en Suisse un ancien ambassadeur, le propre frère de Massoud Radjavi.

Bien vite la réprobation internationale s’émoussa. Les Occidentaux avaient en effet dû se rapprocher des mollahs iraniens qui, très habilement, se posaient en intermédiaire pour la libération d’otages capturés au Liban par leurs alliés, pour ne pas dire par leurs agents. En échange de ses bons offices, l’Iran demandait l’élimination de ses opposants. Ces marchandages continuèrent de plus belle, pour d’autres raisons : Désireux d’obtenir pour leurs entreprises, des contrats commerciaux intéressants, les Occidentaux acceptèrent peu à peu l’inacceptable : Les assassins de Kazem Radjavi emprisonnés en France furent renvoyés en Iran alors qu’ils étaient réclamés par la Suisse. Cependant que Massoud Radjavi, chassé de notre pays, trouva refuge en Irak, seul pays à l’accepter. De nombreux membres de l’OMPI le rejoignirent. Trente ans plus tard, 3400 d’entre eux sont encore au camp d’Achraf, près de Bagdad, à la merci d’un régime qui n’a rien à refuser aux mollahs iraniens, lesquels demandent leur élimination. À quoi la communauté internationale, et les Américains en particulier qui s’étaient pourtant engagés à les protéger, ont été longs à réagir.

Avec l’Occident en effet, après le départ de Massoud Radjavi, ces marchandages honteux avaient continué, facilités par l’élection, en 1997, de Mohammad Khatami comme président de la République. Ce personnage, qui avait du sang sur les mains et qui était, en réalité, un fidèle du guide suprême et, bien entendu, un partisan strict du régime théocratique, bénéficia d’une sorte de miracle : il apparut comme un modéré aux yeux de nombreux dirigeants occidentaux et d’une partie des faiseurs d’opinion dans les médias et les milieux de la recherche. Trop heureux d’avoir enfin avec lui un prétexte à baisser la garde, ils feront, pendant quelques années, de Khatami la coqueluche des capitales occidentales (alors qu’en Iran ni le statut des femmes ni les libertés de la presse ne progressaient réellement et que, surtout, le programme atomique avait repris de plus belle).

Néanmoins, dans l’espoir d’aider à une évolution, les USA accédèrent à l’une des principales demandes de l’Iran : ils inscrivirent l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. L’Angleterre fit de même en 2001 et s’employa avec succès à faire inscrire l’OMPI sur la liste européenne.

Par quelle aberration les dirigeants de notre pays, la France, crurent-ils utile d’en rajouter en ouvrant une procédure pénale contre les dirigeants du CNRI pour des faits prétendument liés au terrorisme? Cette affaire confiée au juge Bruguière allait prendre un tour spectaculaire et dramatique lorsque fut lancée en juin 2003 la plus formidable rafle contre les membres de l’OMPI : 164 arrestations, 22 présentations au juge, 17 mandats de dépôt y compris à l’encontre de Maryam Radjavi, la présidente élue du CNRI. On ne peut qu’éprouver de la honte en lisant le récit qu’a fait un journaliste témoin de l’entretien 1 que notre ministre des Affaires étrangères de l’époque, M. de Villepin, avait eu avec les officiels iraniens, lors d’un voyage en Iran pour discuter et conclure des contrats. Au cours de ces discussions, notre ministre avait, en personne, pris la peine d’annoncer, à l’avance, comme un remerciement anticipé, l’arrestation des membres de l’OMPI.

Ces contrats commerciaux allaient d’ailleurs être payés chers en souffrances. Outre les arrestations, outre les mesures d’expulsion, cette rafle va provoquer un vent de panique bien compréhensible parmi les malheureux réfugiés membres de l’OMPI, poussant au suicide plusieurs d’entre eux qui, ainsi que l’a expliqué une survivante, redoutaient des arrestations et des expulsions massives vers l’Iran, dont les menaçaient les policiers.
Cet épisode est d’autant plus déplorable que l’inscription de l’OMPI sur la liste des organisations terroristes de l’Europe a été annulée suite à plusieurs décisions très fermes et très longuement motivées de la juridiction européenne. À la même époque, en Angleterre, la Chambre des Lords en formation judiciaire ayant ordonné la radiation, le Parlement unanime obtempéra. Enfin aux USA, la justice s’est prononcée dans le même sens. Là aussi le gouvernement devrait se prononcer prochainement.

Quant à la procédure pénale française, elle s’est dégonflée comme la baudruche qu’elle était. La Cour d’appel avait d’ailleurs très vite remis en liberté les personnes placées en détention par le juge Bruguière cependant que la juridiction administrative annulait tous les arrêtés d’expulsion ou d’assignation à résidence. Enfin un nouveau juge antiterroriste, Marc Trévidic, vient de rendre, le 11 mai 2011, une ordonnance de non-lieu des chefs de tous les faits de terrorisme. Dans cette décision, le juge considère l’OMPI comme une organisation de résistants et non de terroristes.

Cette ordonnance étant devenue définitive en France et en Europe, l’OMPI est désormais lavée de toutes les accusations fantaisistes dont l’examen du dossier a montré qu’elles reposaient, en réalité, pour l’essentiel, sur des faits faux ou déformés collectés par les services de la police politique iranienne qui les avait transmis aux services européens; En parallèle sans doute, là encore, à quelques fructueuses négociations sur d’autres sujets…
Malheureusement ces décisions nombreuses, ces jugements répétés, cette ordonnance longuement motivée n’ont pas convaincu ceux qui, plus ou moins de bonne foi, avait jadis applaudi au «réformisme» de Khatami et, naguère, à la rafle du 17 juin 2003… Il n’est certes pas agréable de perdre la face. Aussi ces incrédules entêtés reprennent-ils, sans même l’atténuer, l’éternel discours sur l’OMPI accusée d’être une secte, de violer les droits de l’homme, de n’être pas représentative etc.

Ces griefs multiples et tous les documents disponibles ont, pourtant, fait récemment l’objet d’un examen minutieux et d’un rapport d’un ancien secrétaire d’État et ancien ambassadeur américain Lincoln P. Bloomfield 2 qui a occupé des postes importants (au Département d’Etat comme à la Défense), consultant auprès d’un cabinet américain qui a accepté de représenter un groupe de citoyens américains iraniens pour le retrait de l’OMPI de la liste américaine.

Cet important document a été présenté et commenté par son auteur à l’Assemblée nationale française le 9 novembre 2011 en présence des députés intéressés. M. Bloomfield fait litière de toutes les accusations à l’égard de l’OMPI, y compris celles auxquelles les Américains sont plus sensibles que nous – comme d’avoir des « principes d’extrême gauche et antiaméricains ». Mais ce rapport répond aussi à la plupart des autres accusations, sauf peut-être à celle concernant la prétendue «non représentativité » de l’OMPI, que M. Bloomfield n’a pas examinée. À quoi les contempteurs de l’OMPI ajoutent que « pour avoir combattu depuis l’Irak contre son pays elle est déconsidérée en Iran». Que recouvrent ces griefs ?

Lire la suite : http://fr.ncr-iran.org/images/stories/200/PDF/rapport-final.pdf

 

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