vendredi, février 3, 2023
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Iran : les Occidentaux s’opposent au directeur de l’AIEA

Par Natalie Nougayrède

Le Monde – Pour la première fois depuis le début, en 2003, de la crise diplomatique autour du programme nucléaire iranien, une dispute ouverte a éclaté entre, d’un côté, les pays occidentaux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, France, Royaume-Uni) et, de l’autre, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei.

Washington reproche à l’Egyptien, Prix Nobel de la paix en 2005, de tenir une ligne trop conciliante à l’égard de Téhéran et de ne pas pousser à son maximum le travail des équipes d’inspecteurs de l’AIEA en Iran. La France a pour sa part décidé de s’associer à une démarche de protestation américaine auprès de M. ElBaradei, qui devrait intervenir cette semaine à Vienne, le siège de l’AIEA.

Ces désaccords ont été portés sur la place publique mercredi 23 mai, juste avant la publication d’un rapport de M. ElBaradei sur l’état d’avancement des travaux nucléaires iraniens. Ce texte, qui ouvre la voie à de nouvelles sanctions de l’ONU contre l’Iran, constate que Téhéran a accéléré, depuis le mois de mars, ses activités d’enrichissement d’uranium dans l’usine de Natanz, où 1 312 centrifugeuses ont été mises en fonctionnement.

L’Iran, selon les experts, serait ainsi en mesure – probablement en juin – de se doter de 3000 centrifugeuses en activité – un seuil important, puisque ce nombre de centrifugeuses permettrait de produire, en l’espace d’un an, suffisamment de matière fissile pour fabriquer une bombe nucléaire.

La brouille entre M. ElBaradei et Washington rappelle celle qui était survenue en 2003 à propos du travail des inspecteurs de l’AIEA en Irak, dans les mois qui ont précédé le déclenchement des opérations militaires américaines. Washington avait alors considéré qu’il ne servait plus à rien de prolonger ces inspections, dont l’objectif était de faire toute la lumière sur le programme irakien d’armes de destruction massives. M. ElBaradei, quant à lui, estimait que les inspections portaient leurs fruits et que l’Irak s’était mis à coopérer. Il était alors pleinement appuyé par la France. Aujourd’hui, l’une des grandes différences, au plan diplomatique, est que Paris s’est rangé à l’avis de Washington.

Les tensions entre l’administration Bush et M. ElBaradei, latentes depuis plusieurs mois, se sont intensifiées lorsque le directeur de l’AIEA a fait, ce mois-ci, une série de déclarations au New York Times et au journal espagnol ABC. Dans ces entretiens, M. ElBaradei affirmait en substance que les travaux d’enrichissement de l’Iran étaient devenus un fait accompli, sur lequel il serait impossible de revenir. Il a proposé que la communauté internationale exerce différemment sa pression sur Téhéran, en l’autorisant à conserver les installations déjà mises en place à Natanz, et en exigeant, en revanche, que l’Iran ne franchisse pas le pallier d’un enrichissement "à l’échelle industrielle". Ce palier serait celui des 3 000 centrifugeuses.

Cette approche est jugée irrecevable par les responsables américains et français. Le sous-secrétaire d’Etat américain, Nicholas Burns, a déclaré mercredi que Washington n’accepterait jamais "un enrichissement limité ni que 1 300 centrifugeuses continuent à tourner" à Natanz. Le ministère français des affaires étrangères a aussi protesté contre les propos de M. ElBaradei, en réitérant que l’Iran était sommé par le Conseil de sécurité de suspendre ses activités d’enrichissement, faute de quoi de nouvelles sanctions seraient prises contre ce pays. L’ONU a voté à deux reprises des sanctions contre Téhéran, depuis décembre 2006.

Selon nos informations, le souci principal de M. Elbaradei, dans cette confrontation, a été d’attirer l’attention sur le fait que le principal problème avec l’Iran ne porte pas sur l’usine de Natanz, mais sur d’autres pans du programme nucléaire, situés sur des sites restés clandestins, et qui formeraient un potentiel volet militaire. Le rapport transmis mercredi par M. ElBaradei mentionne cet aspect, sous l’intitulé "Questions en suspens".

Téhéran refuse toujours, en effet, de répondre aux demandes de l’AIEA sur, notamment, la provenance de certaines traces d’uranium hautement enrichi trouvées par les inspecteurs, sur les modalités d’acquisition par l’Iran de centrifugeuses P1 et P2 (soupçonnées d’avoir été fournies par le Pakistan), et sur des documents indiquant que l’Iran aurait cherché à adapter de l’uranium-métal à une tête de missile.

Pour les Occidentaux, l’approche de M. ElBaradei revient à relâcher la pression à propos de Natanz, sans avoir de garantie que Téhéran coopérera pour autant sur les questions en suspens. Ils constatent aussi que le travail des inspecteurs sur le terrain est fortement entravé : ceux-ci dépendent, par exemple, pour leurs longs déplacements vers Natanz, de véhicules fournis par les autorités iraniennes. Ce qui signifie que leurs visites ne seraient pas aussi impromptues que le prétend le directeur de l’AIEA. 

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