dimanche, décembre 4, 2022
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Iran – Le combat de Maryam Radjavi c’est mon combat – Ingrid Betancourt

Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidentielle colombienne, participait le 27 février, à la veille de la Journée Mondiale de la Femme, à une conférence intitulée « Engagement pour la parité : le femmes unies contre l’intégrisme islamiste », en présence de nombreuses personnalités politiques, des intellectuels, figures éminentes et des activistes du mouvement pour l’égalité venus d’Iran et de 26 pays de quatre continents.

Voici le texte de son intervention :

Nous sommes invités à réfléchir à la place des femmes dans le monde d’aujourd’hui, et en particulier quand ces femmes sont attaquées froidement, violemment par des états dans le monde et en particulier par l’Etat iranien. Alors, la première réflexion que je voudrais partager avec vous, c’est celle de nous regarder en tant que femme. Celles qui sont ici dans le podium, celles qui sont en face, nous sommes des femmes du 21ème siècle.

Iran - Le combat de Maryam Radjavi c’est mon combat - Ingrid Betancourt

Nous sommes libres, nous sommes fortes, nous sommes courageuses, nous avons une voix, nous avons un cœur, nous sommes instruites, nous travaillons, nous avons des familles que nous aimons, nous sommes des femmes intégrales. Cette capacité que nous avons est le fruit de la lutte de beaucoup d’héroïnes qui nous ont précédées. D’héroïnes connues dans l’histoire, comme des Jeanne d’Arc, comme des Benazir Bhutto, comme des Mère Teresa, des femmes comme Thatcher, comme Angela Merkel, qui ont laissées une trace dans l’histoire du monde.

Mais aussi des millions d’autres femmes qui ont changé le rapport entre les hommes et les femmes à travers les siècles de façon anonyme et nous sommes leurs héritières. Et comme nous sommes leurs héritières, nous avons des droits mais nous avons aussi des obligations. Et la première obligation que nous avons, c’est de nous regarder les unes et les autres en sachant que nous provenons toutes de pays différents, et de cultures différentes, et que nous aspirons toutes aux mêmes droits.

Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus ? Et bien parce que souvent, et c’est un tabou du monde occidental, nous entendons trop souvent dire que les droits que nous jouissons nous les femmes occidentales, c’est le fruit de notre culture. Comme si, l’absence de droits, des femmes dans le reste du monde, était un problème culturel. Et je tiens véritablement à insister sur cette réflexion, parce que si le droit des femmes est un problème culturel, donc l’intégrisme islamiste pourrait parfaitement être vu comme quelque chose de culturel, auquel nous ne pourrions pas nous opposer. Or nous le savons toutes, le droit des femmes, l’égalité des femmes est la pierre fondamentale de toutes les libertés, de tous les droits de l’homme, de toutes les démocraties de par le monde.

Donc si nous allons faire un hommage à toutes les femmes qui dans le monde luttent pour les droits dont nous jouissons aujourd’hui dans cette enceinte ici à Paris, toutes celles qui sont ici, appuyées par tous les hommes qui sont ici avec nous et qui avec nous pensent qu’effectivement le droit de la femme, comme le droit de l’homme fait partie des droits humains, de l’espèce humaine à laquelle nous appartenons, alors je pense qu’il faut rendre hommage à la femme qui nous convoque aujourd’hui et qui porte le flambeau au 21ème siècle ; le flambeau de la lumière dans la pire des nuits noires contre la liberté, contre la démocratie et contre les droits de femmes. Et cette femme c’est Maryam Radjavi.

Et je voudrais que nous réfléchissions à ce qu’elle a fait, pour comprendre pourquoi nous sommes ici finalement. Alors, en ce moment, alors que dans le monde les femmes votent partout, que par exemple aux Etats-Unis une femme comme Hillary Clinton se bat aussi pour avoir le droit d’être femme à la tête de la plus grande puissance du monde, et bien en Iran, nous l’avons entendu, on nous l’a expliqué, les femmes n’ont pas le droit d’être élu. Elles ont été écartées de la possibilité de participer au pouvoir.

50% de la population de l’Iran ne fait pas partie de l’Iran! Et nous osons, ici, maintenir le mensonge de parler de l’Iran comme d’une démocratie ? Nous osons maintenir le mensonge de parler d’élections hier en Iran ? Elections alors que nous savons que ce ne sont pas des élections. Parce que les Iraniens n’ont pas la possibilité de choisir. Ils n’ont pas la possibilité de se présenter, ils n’ont pas la possibilité de choisir parce qu’en plus pour participer à ce grand mensonge, il faut passer par une espèce de filtre à plusieurs étages duquel les seuls qui sortent ce sont ceux qui sont acceptés par Khamenei, appelé le Guide Suprême. Pouvons continuer à utiliser ce mot ? Guide Suprême ? Pour entériner une farce ? Appelons-le par le mot qui est le sien, Dictateur Suprême, oui. C’est un dictateur sanguinaire qui a travesti le Coran, qui a déformé le Coran, qui l’a manipulé pour le mettre à son service et au service de sa clique. Une clique sanguinaire, misogyne et corrompue.

Alors, cette femme que nous voyons ici (Maryam Radjavi), et bien oui, elle est bien hardie comme dirait Mme Héritier. Elle a de la hardiesse. Elle a de la hardiesse de confronter, à sa façon, la dictature des mollahs. Et elle le fait d’une façon extraordinaire. D’abord parce qu’elle décortique ce qu’est cette manipulation à travers ces lois qu’elle dénonce. Elle nous a expliqué l’article 167 de la Constitution Iranienne et comment cet article finalement permet l’horreur de l’abus de la femme, de son esclavage, de la pédophilie institutionnalisée par les mollahs. Faut-il ne pas employer les mots ? Pouvons encore fermer les yeux par souci d’être convenable, d’être politiquement correct, alors que les femmes sont torturées, violées, assassinées, emprisonnées. Les femmes oui, mais aussi les hommes et les enfants.

Quand un système touche aux droits des femmes, c’est parce qu’il veut tout simplement diviser pour avoir la possibilité que le reste de la population ne s’insurge pas. Comme par exemple dans cette farce d’élection. Il présente des candidats qui sont ceux que veut Khamenei, pour que le peuple iranien soit forcé par chantage à entériner un pseudo-état, dans une pseudo-démocratie avec une loi faite d’anti-lois, dans laquelle la loi – qui est la possibilité de juger entre le bien et le mal dans une société – devient la possibilité de donner à certains le droit d’abuser les autres. L’anti-loi imposée par les mollahs.

Alors oui, Maryam, vous êtes une héroïne pour nous. Et vous l’êtes parce que non seulement vous décortiquez et vous mettez à nu cette charia insoutenable, immonde, que nous ne pouvons pas même nous avouer… de ne pouvoir la lire tellement elle rompt avec tout ce qui pour nous est fondamental à tous les niveaux. Mais en plus, Mme Radjavi, vous avez, et c’est ça qui est extraordinaire, vous avez créé une organisation qui est l’organisation qui présente un modèle qui peut véritablement s’interpréter comme l’alternative pour l’Iran face aux mollahs. C’est ce modèle-là qui est extraordinaire. La possibilité d’avoir réuni des femmes et des hommes qui ne renient pas le fait d’être musulmans, pour avoir le droit de faire de la politique dans le respect des droits de l’homme, des droits humains.

Nous voyons depuis beaucoup d’années comment se construit cette organisation. Une organisation dans laquelle les femmes ont une place de leadership majeur. Je voudrais voir ça dans nos parlements occidentaux, dans lesquels encore aujourd’hui nous nous battons pour qu’on nous laisse un petit peu de place, nous les femmes. Alors que nous croyons que nous avons tous les droits. Et voici une organisation musulmane dont la tête est une femme musulmane qui peut totalement avec sa culture, son éducation, son bagage politique, son expérience faire face intellectuellement à la déformation du Coran par les mollahs, mais aussi politiquement, en proposant une façon de s’organiser socialement pour les pays musulmans dans lesquels les femmes et les hommes peuvent travailler main dans la main ; dans lesquels l’égalité des femmes ne veut pas dire l’exclusion des hommes. Là nous avons une organisation dans laquelle les femmes sont partout. Les femmes sont à la tête. Les femmes sont aussi à la queue. Les hommes sont avec elles, à la tête et à la queue, mais elles sont partout et elles sont majoritaires comme nous le sommes dans le monde.

51% des habitants de cette planète sont des femmes. Et bien voilà, c’est ce que Mme Radjavi fait dans son organisation (CNRI). 51% de femmes et beaucoup plus qui sont actives pour donner la possibilité à l’Iran de se regarder devant une autre alternative. De se penser comme des musulmans qui veulent entrer dans le monde du 21ème siècle et non pas rester dans le moyen-âge du califat que proposent les mollahs.

C’est une révolution. Oui, c’est une révolution. Une révolution qui casse les tabous, nos tabous, de l’occident de croire que finalement si les femmes en Iran ne peuvent pas être élues, c’est une question de culture. Mme Radjavi, vous cassez nos tabous, nos préjugés, de nous occidentaux qui voyons ce qui se passe en Iran avec cette espèce de recul à nous dire « Oui mais bon, là-bas c’est différent, c’est une autre culture, c’est une autre religion. » Vous nous démontrez avec votre combat, avec votre présence, avec votre intelligence, avec le fait que vous avez uni les femmes autour de vous. Vous avez uni les femmes musulmanes, iraniennes derrière vous, qui viennent participer de la résistance iranienne tous les jours de plus en plus par dizaines de milliers, qui payent le prix fort pour résister.

Mais qui sont là, avec vous, parce que vous avez réussi, Maryam, à être leur voix, à être leurs yeux, à être leur cœur. Et c’est pour ça que nous sommes – nous femmes politiques qui sommes ici – nous sommes ici aujourd’hui avec vous, derrière vous. Et nous sommes ici parce que nous voulons que vous soyez victorieuse dans votre entreprise. Nous voulons que vous réussissiez non seulement à changer à l’Iran, parce que nous sentons tous finalement – tous ici, hommes et femmes – nous sentons que ce rendez-vous que nous avons aujourd’hui, c’est un rendez-vous avec l’histoire. C’est un rendez-vous avec ce siècle qui vient, qui s’ouvre devant nous, dans lequel nous savons qu’il ne peut être ce que nous rêvons d’être que si la femme est un acteur en plein avec les hommes dans la construction de ce nouveau siècle. Et que vous vous êtes l’expression de cette lutte.

D’autres femmes avant vous l’ont fait, aujourd’hui c’est vous. Vous êtes le flambeau de cette lutte. Et si vous gagnez, et si vous réussissez, et bien ce sera le monde qui aura changé.

Je mets par exemple dans ces femmes extraordinaires qui nous ont marqué, Benazir Bhutto. J’admire énormément Benazir Bhutto. Oui, elle aussi était musulmane, mais à la différence de Maryam Radjavi, Benazir s’est installée dans le système. Maryam c’est une alternative au système. Mais une alternative musulmane, séculaire, démocratique et libertaire.

Le combat de Maryam Radjavi est notre combat. C’est mon combat. C’est non seulement l’alternative disons de la résistance, c’est l’alternative politique de l’Iran. Elle est bien meilleure cette alternative que le fait de pactiser avec les mollahs un accord nucléaire que nous savons que nous allons payer très cher. C’est pour ça que nous avons aujourd’hui plus que jamais, besoin de la réussite de Maryam Radjavi. C’est notre engagement d’aujourd’hui, c’est notre engagement de demain. C’est à nous de jouer pour permettre à Maryam de libérer l’Iran. Merci.

 

 

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