mardi, décembre 6, 2022
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Iran : La menace de l’intégrisme des mollahs

Par Ali Safavi

Middle East Times – En 2007, les troubles au Pakistan ont culminé avec l’ignoble assassinat de l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto le 27 décembre. Bien que l’épicentre de ce séisme politique ait fait trembler le Pakistan, l’onde de choc a été rapidement ressentie dans le monde entier.

L’incident était particulièrement inquiétant parce qu’il démontrait qu’en tant que deuxième nation musulmane la plus peuplée, le Pakistan connaît une nette montée de l’intégrisme islamique. Cette tendance a bouleversé le processus politique du pays ces derniers mois avec davantage de carnage en conséquence. Hormis l’inquiétude croissante sur la sécurité des réserves nucléaires d’Islamabad, la violence a aussi eu tendance à déborder dans des pays voisins comme l’Afghanistan.

Ces inquiétude, ajoutées à l’importance stratégique du Pakistan, ont mené à se demander à qui a profité le plus l’assassinat de Bhutto et ce qui peut être fait pour empêcher une nouvelle montée de l’intégrisme dans cette région ?
Le voisin occidental du Pakistan, l’Iran, est peut-être le seul pays majeur au monde où des intégrismes sont au pouvoir. L’accès aux revenus de plusieurs milliards de dollars du pétrole couplés avec l’emplacement géographique unique de l’Iran a doté la théocratie d’occasions dont les autres intégristes ne peuvent que rêver. Le régime a l’intention formelle et les outils pratiques pour exporter son idéologie extrémiste dans les pays voisins.

L’émergence de Bhutto au Pakistan pouvait entraver les tentatives des mollahs d’obscurcir l’horizon politique de cette région et particulièrement l’Afghanistan. Cela explique pourquoi Téhéran a le plus bénéficié de son assassinat.

Prévenir la montée de l’intégrisme, commence donc par une compréhension de la nature et de l’influence du régime iranien dans ce domaine. Plus notablement, incapable de se conformer aux impératifs économiques et politiques du 21e siècle, les dirigeants du régime ont pendant des années souligné le besoin d’utiliser des outils peu conventionnels pour maintenir un équilibre des forces avec d’autres Etats, y compris le recours au terrorisme, qu’ils ont décrit comme "une nouvelle force de levier du pouvoir." La théorie a été mise en pratique, par exemple, avec la création de  la Force Qods extraterritoriale, désignée récemment comme une organisation terroriste par les Etats-Unis.

Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui si chaque point chaud majeur du Moyen-Orient porte la marque noire du régime iranien. L’Irak était une cible majeure même avant l’invasion de mars 2003 par Etats-Unis. Malgré des revers tactiques récents, les mollahs n’ont pas abandonné leur plan stratégique d’y créer un régime islamiste.

En effet, les mollahs ont maintenant des raisons supplémentaires pour fomenter de la violence en Irak. En mai 2006, un député de la commission des affaires étrangères du Majlis (le Parlement) a dit l’agence de presse officielle ISNA "qu’une seule voiture qui explose en Irak équivaut à un long mois de revers pour les complots de l’Amérique [contre le régime iranien]."

Mais, l’Irak n’est qu’un tremplin. Faisant référence à l’importance d’obtenir l’hégémonie régionale (ou "un empire Islamiste"), le quotidien Kayhan, organe du Guide suprême des mollahs Ali Khamenei écrivait en août, "le destin du dossier nucléaire de l’Iran ne se décidera pas à la table des négociations, mais dans les rues de Bagdad et de Beyrouth." A n’en pas douter, les rues d’Islamabad ont rapidement progressé dans la liste.

Donc, tant qu’un coeur bat à Téhéran, il sera vain d’essayer de débarrasser le Moyen-Orient de l’intégrisme islamique. Pour empêcher le poison de se répandre partout dans la région nous avons besoin d’un antidote.

Il existe actuellement une vaste opposition aux mollahs en Iran. En tant que plus grand mouvement d’opposition et le mieux organisé, l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) est ce fer de lance. L’OMPI soutient une interprétation tolérante et démocratique de l’Islam, qui l’a placée dans la position unique d’être l’antithèse la plus efficace à l’idéologie médiévale des mollahs.

Fâcheusement, cependant, pressé de plaire à Téhéran, les pays Occidentaux ont mis l’OMPI aux fers en la taxant de groupe "terroriste". Dans un jugement qui a fait date en novembre 2007, une cour spécialisée de Grande-Bretagne, la Commission d’Appel des Organisations Proscrites, ayant examiné en détail tous les documents secrets et ouverts mis à sa disposition, a jugé que la décision du ministre britannique de l’Intérieur de refuser de lever l’interdit de l’OMPI était "perverse" et devait "être écartée". Plus tôt, en décembre 2006, la Cour européenne de Justice avait décidé que l’UE avait fait une erreur en collant une étiquette "terroriste" sur l’OMPI.

Malgré ces verdicts définitifs, l’UE et le gouvernement britannique ont refusé de mettre en oeuvre les jugements, se moquant de l’état de droit en Europe. A l’évidence, un mépris aussi flagrant cherche à satisfaire les terroristes enturbannés de Téhéran avec l’espoir suprême qu’il les contraindront à changer de comportement en Iran et à l’étranger et empêcheront aussi un autre conflit dans la région troublée du Moyen-Orient.

Paradoxalement, cette approche erronée, rappelant la politique désastreuse avec  l’Allemagne nazie dans les années 1930, a seulement abouti à bloquer un changement démocratique en Iran et à encourager les mollahs à réprimer davantage dans le pays. Inutile de dire que la formation des terroristes assurée par Téhéran et l’envoi d’armes et de munitions en Irak et en Afghanistan, ainsi que sa quête de l’arme nucléaire ont aussi continué inchangés.

Pour sa part, le peuple iranien et son mouvement de résistance organisé ont fait preuve d’une ténacité remarquable face à l’adversité. Malgré les tentatives du régime de créer un climat de  terreur sans précédent dans la population en pendant au moins 297 personnes en 2007, y compris des dizaines d’adolescents, les villes iraniennes ont été secouées par environ 4500 démonstrations contestataires et des protestations, dans lesquelles la population en colère scandait notamment "Mort au dictateur."

Aujourd’hui, le spectre de la pieuvre intégriste s’étend de la Corne de l’Afrique au Sud de l’Asie. Demain, il couvrira l’hémisphère occidental. Il est certainement naïf de l’alimenter par la complaisance en espérant qu’il nous dévorera les derniers. La solution réelle est de viser au coeur de l’intégrisme islamique à Téhéran en se tenant aux côtés du peuple iranien et de son mouvement de résistance. Le  premier pas et le plus efficace dans cette voie serait de radier de la liste noire l’ennemi juré des mollahs, à savoir l’OMPI.

Ali Safavi est membre du Conseil national de Résistance, le Parlement- en exil de l’Iran. (www.neareastpolicy.com)

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