mardi, février 7, 2023
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Iran : La courageuse Atena Daemi écrit une lettre émouvante au terme de ses 54 jours de grève de la faim

Iran : La courageuse Atena Daemi écrit une lettre émouvante au terme de ses 54 jours de grève de la faim

CNRI – Atena Daemi, une militante courageuse des droits de l’homme emprisonnée à Evine, a mis fin à sa grève de la faim de 54 jours après que ses demandes aient été satisfaites.
Pour marquer l’événement, Mme Daemi a écrit une lettre ouverte au public, en abordant les raisons pour lesquelles elle a décidé de faire une grève de la faim et ce qu’elle a traversé pendant cette période. Dans sa lettre, Atena a également remercié tous ceux qui l’ont soutenue lors de sa grève éprouvante.

Voici un extrait de sa lettre:

« J’ai fait une grève de la faim afin d’être la voix des sans voix. Ils ont d’abord persécuté mon père et ont engagé une procédure contre mes sœurs et les ont condamnées à la prison. Une peine injuste qui allait même à l’encontre de leurs propres lois et qui a été prononcée seulement pour me persécuter et me contraindre au silence.

J’avais averti les responsables que je protesterais contre la prise en otage de la famille d’une prisonnière politique et que je ne craindrais pas la mort au cours de ce processus, car la mort serait ma dernière frontière !

Je voulais être la voix de tous ceux qui, au cours de toutes ces années, ont souffert de l’oppression et de l’injustice. Mes sœurs étaient une excuse pour pouvoir être la voix de Maryam et Reza Akbari Monfared, dont les frères et sœurs ont été exécutés par un peloton d’exécution il y a 39 ans et qui maintenant sont emprisonnées pour leur quête de justice.

Après huit ans d’emprisonnement, alors qu’on l’a privée de ne serait-ce qu’un seul jour de permission, Maryam (Akbari Monfared) a récemment été convoquée par des responsables de la sécurité et a été menacée d’une peine de prison plus longue ; comme si ses trois filles adolescentes n’avaient pas assez vécu dans l’ombre pendant les 15 années d’emprisonnement injuste de leur mère !

Je voulais être la voix de Fatemeh Mosana, qui a été emprisonnée alors qu’elle avait seulement 13 ans quand ses trois frères ont été pendus, et maintenant, elle et son mari, Hassan Sadeghi, ont été condamnés à une peine de 15 ans de prison.

Je voulais être la voix de Fariba Kamalabadi et Mahvash Shahriari, qui sont restées en prison pendant ces 10 dernières années et qui n’ont même pas pu se rendre aux noces de leurs enfants.

Je voulais être la voix d’Azita Rafizadeh et de Payman Kushkbaghi, dont le fils de 7 ans ‘Bashir’ erre entre Evine et Rajai Shahr, enregistrant ses souvenirs d’enfance en prison !

Je voulais être la voix des artistes Mehdi et Hossein, qui purgent fraternellement leur peine de prison, pourtant ils seraient certainement libres aujourd’hui, et leurs voix seraient entendues dans le monde entier si seulement ils choisissaient d’être des artistes marionnettes au service du régime !

Je voulais être la voix de couples emprisonnés comme Afarin Naisari et Karen Vafadari. Je voulais être la voix d’Arash Sadeghi et Golrokh Iraee.

La voix des parents de Behnoud Ramezani qui ont demandé pourquoi leur fils a été tué, et qui ont été eux-mêmes emprisonnés par la suite.

Je voulais être la voix de Masoumeh Behkish qui a demandé pourquoi ses six frères et sœurs ont été exécutés par un peloton de tir et où se trouvait leur lieu de sépulture, mais qui a reçu en réponse une lourde peine de prison. Ou encore la voix de la famille Zaynali qui a demandé où était détenu leur Saeid, seulement pour être emprisonnée par la suite.

Je voulais être la voix de notre mère Shahnaz, qui a déclaré : « vous avez tué mon fils ! Et maintenant, au lieu de punir les responsables du meurtre de mon fils, vous martyrisez les prisonniers politiques », mais elle-même est devenue l’une d’entre eux.

Je voulais être la voix de chacun des prisonniers kurdes qui ont courageusement choisi d’être torturés au lieu de faire des aveux forcés, et finalement ont été exécutés et ont préservé leur honneur.

Je voulais être la voix de Maryam Alangi, dont le mari emprisonné et souffrant, Mohsen Dokmechi, a été négligé jusqu’à la mort, et maintenant elle-même est emprisonnée pour avoir pris soin de son défunt mari.

Je voulais être la voix de Shabnam et Farzad Madadzadeh, de Zhila Baniyaqub et Bahman Amooei, de Nika et Nava Kholusi, de Kayvan et Kamran Rahimian, ainsi que Faran Hesami, la voix de Shamis Mohajer et Shahab Dehghan. Je voulais être la voix de Parastoo Foroohar et Mashoumeh Dehghan, la voix de Siamak et Bagher Namazi qui ont été détenus en isolement cellulaire.

Je voulais être la voix de tous ceux qui, faute de sécurité, ont dû quitter leur patrie après leur libération.

De tout mon cœur, je voulais être la résonance du bris de la pierre tombale de la mère de Shahin Najafi, pour dire que non seulement nous les critiques, les dissidents et les prisonniers politiques vivons dans l’insécurité, mais les membres de nos familles sont également soumis à la détention et à l’emprisonnement en plus d’être menacés, insultés et d’avoir à subir les pressions causées par les harcèlements de leurs proches.

J’ai fait une grève de la faim pendant 54 jours, au cours desquels l’indifférence des responsables envers ma situation était une pression supplémentaire pour les membres de ma famille. Mais ils se sont courageusement tenus à mes côtés et sont devenus ma voix avec une résistance inégalée. Ils ont continué à me soutenir malgré le fait qu’ils étaient menacés par le ministère du Renseignement. J’embrasse les pieds épuisés de mon père et les mains de ma mère avec lesquelles elle m’écrivait maternellement. J’embrasse les yeux pleins de larmes de mes sœurs qui ne voulaient pas me voir malmenée à cause d’elles. Mais en réalité, ce sont elles qui, à cause de moi, ont été la cible de traqueurs insatiables. Je remercie mes sœurs d’être restées à mes côtés.

Oui, je voulais être la voix des sans voix. Néanmoins, c’était dans le feu de l’action de l’élection et je croulais sous la propagande. Mais, grâce à vous, des gens honorables qui étiez ma voix et qui vous aviez soutenu ma famille et moi, vous, très chers que je ne connais pas et que je ne connaîtrai peut être jamais, et vous, vrais amis et camarades qui avez toujours été à mes côtés afin que je puisse survivre à ces 54 jours, ce qui n’aurait pas été possible autrement. Je devrais certainement nommer et remercier beaucoup d’autres, mais je ne peux pas pour des raisons de sécurité !

54 jours sont passés, et ce n’est pas moi qui ai gagné, mais en fait c’est vous, avec votre large soutien, vos écrits, vos cris, vos poèmes, chansons et peintures. Vous avez assuré la victoire en utilisant tous les moyens possibles, ce qui est agréable pour nous tous. Je remercie également toutes les organisations de défense des droits de l’homme.

Ensemble avec vous, j’ai réussi à obtenir l’acquittement de mes sœurs après 54 jours de grève de la faim, et ce n’est que le début. Le début de la lutte contre la persécution des familles des prisonniers politiques et de ceux qui ont été exécutés.

Avec le succès rendu possible grâce à votre soutien mes chers, je vais mettre fin à ma grève de la faim dès aujourd’hui, le 31 mai 2017. Et encore une fois, je remercie tout un chacun de vous, mes chers.

Dans l’espoir de la liberté

Atena Daemi
Le 31 mai 2017
Prison d’Evine, section des femmes