lundi, novembre 28, 2022

Iran : échec et mat

Par Ali Safavi

Washington Times, 18 mars – Le fait que Téhéran ne tiendra aucun compte de la troisième résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant sa course aux armes nucléaires, ne vient pas de la puissance des mollahs, ni de l’inefficacité des sanctions. C’est très simple, le guide suprême Ali Khamenei veut à tout prix obtenir la bombe.

Un doute ? Jetez un coup d’œil aux résultats des élections législatives (du Majlis), qu’une majorité significative d’Iraniens a ignorées. Le chiffre annoncé confirme jusqu’ici ce à quoi l’on s’attendait bien avant que le premier bulletin n’ait été déposé dans les urnes : les hommes du guide suprême ont remporté plus des deux-tiers des sièges.

Dans ce qui a été qualifié d’ « ingénierie des élections » Khamenei et le président qu’il s’est choisi Mahmoud Ahmadinejad ont élaboré assez tôt un arrangement sophistiqué pour passer à la trappe des candidats clés appartenant aux factions des anciens présidents Rafsandjani et Khatami (les prétendus réformateurs), tout en permettant à ceux qui n’avaient aucune chance de gagner ou peu de poids même s’ils étaient élus, de rester dans la course pour empêcher un boycott semblable à celui d’il y a quatre ans, quand moins de 10 pour cent des électeurs avaient voté.

Sur près de 7.600 candidats potentiels, le ministère de l’Intérieur et le Conseil des Gardiens en ont disqualifié pas moins de 2.700. Quatre anciens ministres, 30 vice-ministres, 10 gouverneurs et 73 députés sont passés à la trappe. Un millier d’autres ont retiré leurs noms, sachant parfaitement qu’ils ne pourraient passer les organes de surveillance.

Devant la situation actuelle, même si tous les candidats rivaux restants vont au Majlis, ils n’auront pas plus de 50 sièges sur les 290 et n’occuperont aucune position capable de défier le pouvoir de la faction pro-Khamenei.

Clairement, Khamenei et Ahmadinejad tiennent à saisir chaque levier du pouvoir en permettant au Corps des gardiens de la révolution (le CGR) de se glisser graduellement dans les principaux centres de pouvoir du régime pour finir par les dominer.

Le général Mohammad Ali (Aziz) Jafari, le commandant en chef du CGR, parlant à la convention de la milice du Bassidj en février, a clairement déclaré, "si le Bassidj désire jouer un rôle dans les élections – ce qu’il à mes yeux devrait faire avec la bénédiction du Guide suprême – il devra sauvegarder, achever et étendre le courant qui a été lancé."

Paradoxalement, les tentatives du régime pour solidifier son propre régime ont provoquées des complications sans précédent. La purge des factions rivales en pleines élections du Majlis démontre que le régime se sent énormément vulnérable et faible, ce qui l’incite à resserrer les rangs.

De plus, pendant la campagne, Khatami et Rafsandjani ont clairement démontré qu’ils n’ont ni la capacité, ni la volonté de résister, étant relégués sur la touche. Bien qu’ayant été mis à la porte, Khatami a pathétiquement supplié ses partisans démoralisés de ne pas se désolidariser du camp rival, parce que, pour reprendre ses termes, les conséquences néfastes se feraient au détriment de toutes les factions.

Réagissant au show électoral, la présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne, Maryam Radjavi, a dit que « le prochain Parlement servira à accélérer la course du régime aux armes nucléaires, à intensifier son intervention en Irak et au Liban et à réprimer davantage dans le pays. C’est, bien sûr, seulement le côté pile. Le côté face sera davantage d’isolement en Iran et un repli du pouvoir sur sa base, qui manifeste clairement une implosion du régime."

En termes stratégiques, les purges ainsi que le résultat du vote rendront la clique au pouvoir plus vulnérable et fragile dans son ensemble et diminueront sa base. Cela apparaît parfaitement dans le fait que la hausse dramatique des mesures de répression a été incapable de réprimer l’explosion des protestations populaires. Plus de 5.000 manifestations et émeutes l’an dernier ont mis en évidence le rejet des mollahs par les Iraniens et leur demande de changement de régime.

Au début du mois, des milliers d’étudiants de l’université de Chiraz, dans le sud de l’Iran, ont défié les forces de sécurité et ont tenu cinq jours de protestations sur le campus, lançant des slogans et jurant de se battre jusqu’au bout. Et une semaine plus tard, les étudiants de la faculté des sciences médicales de Chiraz les ont rejoints. Les protestations ont gagné un ton plus politique ces derniers mois. Comme à Chiraz, par exemple, où l’on scandait : "c’est le dernier avertissement, le mouvement étudiant est prêt au soulèvement."

Malheureusement, dans sa confrontation avec un Téhéran encore plus arrogant, l’occident continue de souscrire naïvement à l’idée de factions internes inexistantes ou à la capacité d’initier, à défaut de soutenir, tout changement. Cela explique pourquoi malgré le fait que deux tribunaux, un au Royaume-Uni, la Commission d’Appel des Organisations Proscrites (POAC) et un autre, le Tribunal de Première Instance des Communautés européennes (TPICE), ont respectivement déclaré en novembre 2007 et décembre 2006 que l’inscription sur la liste noire du principal mouvement d’opposition de l’Iran, les Moudjahidine du peuple (OMPI) était "perverse" et "doit être écartée", le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’UE refusent toujours de lever l’interdiction illégale qui a clairement gêné l’effort de renverser les mollahs.

En condamnant le show électoral et en s’adressant au peuple iranien et au mouvement d’opposition, l’occident devrait se tenir aux côtés des Iraniens dans leur quête de la liberté, des élections libres et d’un gouvernement vraiment représentatif.

Ali Safavi est un membre du Parlement iranien en exil, le Conseil national de la Résistance.

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