mardi, janvier 13, 2026
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Iran : Comment le populiste iranien a perdu sa popularité

Iran : Comment le populiste iranien a perdu sa popularité De Azadeh Moaveni

Time Magazine – Avec l’augmentation des prix et la stagnation de l’économie, les Iraniens considèrent leur président moins comme un héro national que comme le dernier d’une longue lignée de bureaucrates inefficaces.

Les cafés au bord de l’eau à Darband, situé au pied des montagnes de l’Alborz près de Téhéran, sont idéals pour se prélasser en sirotant des boissons fraîches ou du thé et pour discuter avec décontraction de politique. Il y a six mois, vous auriez entendu le nom du président Mahmoud Ahmadinejad dans toutes les discussions autour de vous presque immédiatement après avoir foulé les tapis persans du café. Ces jours-ci, le sujet est rarement abordé.

« Il est comme tous les autres », affirme Amin, 22 ans, coursier à moto, utilisant une version farsi du mot « autres » pour parler de la classe cléricale corrompue. « Qu’est-ce qui a été fait pour résoudre nos problèmes ? », dit Hashem, son compagnon, hochant la tête en regardant le paquet de cigarettes iraniennes devant lui. « Même ça, c’est plus cher », dit-il. « Il ne fait que répéter des slogans et partir en voyage. »

Un tel désenchantement est véritablement évocateur du climat politique en Iran aujourd’hui. Bien que son attitude de défi vis-à-vis des Nations Unies et ses déclarations contre Israël et les USA lui aient valu l’admiration du reste du monde islamique, Ahmadinejad n’est pas aussi populaire chez lui. Même pour les Iraniens à faible revenu, ses partisans les plus loyaux, le président semble être vu moins comme un héro national que comme le dernier d’une longue lignée de bureaucrates inefficaces. Un an après le début de son mandat, les prix continuent d’augmenter, l’économie stagne et les gens ne se posent plus la question de savoir si Ahmadinejad a un remède secret en stock. Mes déjeuners hebdomadaires en famille qui dégénéraient toujours en grosses disputes entre les partisans d’Ahmadinejad, qui le considéraient comme le sauveur de l’Iran, et ses détracteurs, qui le qualifiaient de voyou religieux, se concentrent désormais sur la célèbre série télévisée Narges. « Il est apparu avec tellement d’énergie et de baratin que nous n’avions pas d’autre choix que de lui laisser une chance », explique Houshang Ghanbari, 35 ans, chimiste et un de ses anciens partisans. « Nous savons maintenant qu’il ne s’agissait que d’une mise en scène. »

Ce changement de comportement indique que la question nucléaire n’est plus aussi importante pour les Iraniens. Plus tôt cette année, le président a renforcé sa popularité parmi la classe moyenne urbaine en Iran en adoptant une position ferme sur le droit de leur pays à l’énergie nucléaire. Cette approche radicale a séduit grand nombre d’Iraniens, en particulier lorsque les Etats-Unis ont finalement accepté de rejoindre l’Europe à la table des négociations avec l’Iran. Même le plus ardent laïc que je connaisse, un ingénieur occidental, a commencé à citer des discours d’Ahmadinejad et a donné l’ordre à son personnel d’arrêter de faire circuler des plaisanteries sur le président avec leurs téléphones portables. Mais cette approche radicale a manqué de réaliser quelque concession tangible, ce qui a nui à sa crédibilité. Bien que le conflit nucléaire demeure au centre des préoccupations de l’Occident, les Iraniens ont cessé d’y porter attention. « Ce problème s’est éternisé, et maintenant plus personne n’y prête attention », selon Mohsen Daryabandi, 42 ans, photographe.

L’opinion publique n’étant plus de son côté, Ahmadinejad est désormais vulnérable aux critiques selon lesquelles il n’a rien fait pour améliorer l’économie. Il a fait campagne sur le thème de la création de nouveaux emplois, de la baisse des prix et de la lutte contre la corruption, mais son gouvernement semble incapable de gérer un quelconque de ces problèmes. Bien que les exportations iraniennes aient bénéficié de la montée du prix du pétrole, le coût des logements et d’un grand nombre de produits de base a significativement augmenté depuis l’élection du président. Ahmadinejad dérange également les jeunes Iraniens en remettant en vigueur certaines restrictions sociales et en imposant une atmosphère plus islamique dans les campus universitaires. Ces derniers mois, le gouvernement a fait fermer deux publications, fait sporadiquement la chasse aux paraboles illégales et adopté des mesures pour appliquer une forme plus conservatrice de la tenue islamique. Maryam, 32 ans, assistante médicale, pense que les choses vont empirer : « Il est clair qu’il va fermer des journaux et se comporter en extrémiste ».

A moins qu’il ne change de voie, Ahmadinejad n’aurait plus qu’un petit groupe de partisans, essentiellement composé de provinciaux pauvres et de radicaux qui partagent son idéologie extrémiste. Un de mes cousins a toujours foi en le président, et me corrige lorsqu’il m’arrive de l’appeler Dr Ahmadinejad, comme le font ces sympathisants. « Qui a soutenu le Hezbollah lorsque les Israéliens ont attaqué le Liban ? », interroge mon cousin. Mais la plupart des Iraniens semblent être plus préoccupés par les problèmes qui touchent à la vie quotidienne, tels que le coût des provisions et la pénurie d’emplois stables. Récemment, lors d’une randonnée avec un groupe d’Iraniens venant de tout le pays, j’ai été surpris de constater à quel point les gens mettent tous leurs problèmes sur le dos d’Ahmadinejad. « Les embouteillages, c’est de sa faute, ces mauvaises routes, c’est de sa faute », a dit Naghmeh Amin-Zadeh, 23 ans, étudiante et originaire de la ville de Qazvin. « Même la pluie, c’est de sa faute. » Ce populiste a perdu sa popularité.