De Azadeh Moaveni
Time Magazine Avec laugmentation des prix et la stagnation de léconomie, les Iraniens considèrent leur président moins comme un héro national que comme le dernier dune longue lignée de bureaucrates inefficaces.
Les cafés au bord de leau à Darband, situé au pied des montagnes de lAlborz près de Téhéran, sont idéals pour se prélasser en sirotant des boissons fraîches ou du thé et pour discuter avec décontraction de politique. Il y a six mois, vous auriez entendu le nom du président Mahmoud Ahmadinejad dans toutes les discussions autour de vous presque immédiatement après avoir foulé les tapis persans du café. Ces jours-ci, le sujet est rarement abordé.
« Il est comme tous les autres », affirme Amin, 22 ans, coursier à moto, utilisant une version farsi du mot « autres » pour parler de la classe cléricale corrompue. « Quest-ce qui a été fait pour résoudre nos problèmes ? », dit Hashem, son compagnon, hochant la tête en regardant le paquet de cigarettes iraniennes devant lui. « Même ça, cest plus cher », dit-il. « Il ne fait que répéter des slogans et partir en voyage. »
Un tel désenchantement est véritablement évocateur du climat politique en Iran aujourdhui. Bien que son attitude de défi vis-à-vis des Nations Unies et ses déclarations contre Israël et les USA lui aient valu ladmiration du reste du monde islamique, Ahmadinejad nest pas aussi populaire chez lui. Même pour les Iraniens à faible revenu, ses partisans les plus loyaux, le président semble être vu moins comme un héro national que comme le dernier dune longue lignée de bureaucrates inefficaces. Un an après le début de son mandat, les prix continuent daugmenter, léconomie stagne et les gens ne se posent plus la question de savoir si Ahmadinejad a un remède secret en stock. Mes déjeuners hebdomadaires en famille qui dégénéraient toujours en grosses disputes entre les partisans dAhmadinejad, qui le considéraient comme le sauveur de lIran, et ses détracteurs, qui le qualifiaient de voyou religieux, se concentrent désormais sur la célèbre série télévisée Narges. « Il est apparu avec tellement dénergie et de baratin que nous navions pas dautre choix que de lui laisser une chance », explique Houshang Ghanbari, 35 ans, chimiste et un de ses anciens partisans. « Nous savons maintenant quil ne sagissait que dune mise en scène. »
Ce changement de comportement indique que la question nucléaire nest plus aussi importante pour les Iraniens. Plus tôt cette année, le président a renforcé sa popularité parmi la classe moyenne urbaine en Iran en adoptant une position ferme sur le droit de leur pays à lénergie nucléaire. Cette approche radicale a séduit grand nombre dIraniens, en particulier lorsque les Etats-Unis ont finalement accepté de rejoindre lEurope à la table des négociations avec lIran. Même le plus ardent laïc que je connaisse, un ingénieur occidental, a commencé à citer des discours dAhmadinejad et a donné lordre à son personnel darrêter de faire circuler des plaisanteries sur le président avec leurs téléphones portables. Mais cette approche radicale a manqué de réaliser quelque concession tangible, ce qui a nui à sa crédibilité. Bien que le conflit nucléaire demeure au centre des préoccupations de lOccident, les Iraniens ont cessé dy porter attention. « Ce problème sest éternisé, et maintenant plus personne ny prête attention », selon Mohsen Daryabandi, 42 ans, photographe.
Lopinion publique nétant plus de son côté, Ahmadinejad est désormais vulnérable aux critiques selon lesquelles il na rien fait pour améliorer léconomie. Il a fait campagne sur le thème de la création de nouveaux emplois, de la baisse des prix et de la lutte contre la corruption, mais son gouvernement semble incapable de gérer un quelconque de ces problèmes. Bien que les exportations iraniennes aient bénéficié de la montée du prix du pétrole, le coût des logements et dun grand nombre de produits de base a significativement augmenté depuis lélection du président. Ahmadinejad dérange également les jeunes Iraniens en remettant en vigueur certaines restrictions sociales et en imposant une atmosphère plus islamique dans les campus universitaires. Ces derniers mois, le gouvernement a fait fermer deux publications, fait sporadiquement la chasse aux paraboles illégales et adopté des mesures pour appliquer une forme plus conservatrice de la tenue islamique. Maryam, 32 ans, assistante médicale, pense que les choses vont empirer : « Il est clair quil va fermer des journaux et se comporter en extrémiste ».
A moins quil ne change de voie, Ahmadinejad naurait plus quun petit groupe de partisans, essentiellement composé de provinciaux pauvres et de radicaux qui partagent son idéologie extrémiste. Un de mes cousins a toujours foi en le président, et me corrige lorsquil marrive de lappeler Dr Ahmadinejad, comme le font ces sympathisants. « Qui a soutenu le Hezbollah lorsque les Israéliens ont attaqué le Liban ? », interroge mon cousin. Mais la plupart des Iraniens semblent être plus préoccupés par les problèmes qui touchent à la vie quotidienne, tels que le coût des provisions et la pénurie demplois stables. Récemment, lors dune randonnée avec un groupe dIraniens venant de tout le pays, jai été surpris de constater à quel point les gens mettent tous leurs problèmes sur le dos dAhmadinejad. « Les embouteillages, cest de sa faute, ces mauvaises routes, cest de sa faute », a dit Naghmeh Amin-Zadeh, 23 ans, étudiante et originaire de la ville de Qazvin. « Même la pluie, cest de sa faute. » Ce populiste a perdu sa popularité.

