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Iran : Ce que cache l’arrestation de l’ex-négociateur nucléaire

Par Mohammad Amine*

CNRI – Vu son rôle clé dans la politique étrangère du régime iranien, l’arrestation de Hossein Moussavian, ex-négociateur atomique, n’est pas dénuée d’importance.

De 1989 à 1997, en sa  qualité d’ambassadeur d’Iran en Allemagne, Moussavian a été en fait le représentant le plus important des mollahs en Europe. En coulisses, les mollahs l’ont salué pour son rôle dans la logistique des cellules terroristes en Europe. Le terrorisme dans cette période formait une politique essentielle du régime iranien comme l’est aujourd’hui la stratégie nucléaire. L’assassinat de quatre opposants kurdes au restaurant Mykonos de Berlin est à mettre au compte du bilan de Moussavian.

Lorsqu’il a été arrêté, il occupait le poste de directeur associé de l’institut de recherches du Conseil de détermination des intérêts de l’Etat. Mais sa plus haute fonction a été la direction de la commission des affaires étrangères du Conseil suprême de sécurité nationale sous la présidence de Khatami. Huit années durant, il a été le principal porte-parole de Téhéran dans les négociations nucléaires. Moussavian a été un des décideurs essentiels du régime, même au-delà de ses rôles officiels, à cause des relations étroites qu’il entretient avec l’élite au pouvoir et ses marchandages diplomatiques.

Son arrestation le 1 mai, sans explication officielle, n’a pas manqué de surprendre, d’autant plus qu’il a été transféré dans le quartier de haute sécurité, la section 209, de la prison d’Evine. La manière dont son arrestation s’est déroulée et le fait qu’elle ait eu lieu sur intervention du procureur de Téhéran, montre que le guide suprême des mollahs, Ali Khamenei, en a donné l’ordre.

Les accusations montées de toutes pièces comme la corruption financière ou l’espionnage ne sont pas à prendre au sérieux. La corruption financière n’est pas considérée comme un délit pour les hautes autorités du régime. La profonde loyauté de Moussavian au fascisme religieux écarte les accusations d’espionnage. Cette arrestation est liée à la crise nucléaire qui touche le régime.

Moussavian représente la politique de suspension de l’enrichissement d’uranium pour faire face à l’isolement du régime. Dans une interview avec l’agence de presse officielle ISNA, il déclarait à propos de la crise nucléaire : "Le renvoi du dossier nucléaire au Conseil de Sécurité de l’ONU a créé des problèmes au pays. Nous aurions dû empêcher que le pays n’arrive à ce point dangereux. »

L’arrestation de Moussavian est un clair avertissement à certains pontes du régime qui s’opposent à la politique nucléaire de Khamenei et d’Ahmadinejad. Pour justifier la politique de complaisance avec la dictature des mollahs, certaines autorités occidentales croient toujours naïvement qu’une faction du régime opposée à cette politique nucléaire pourrait prendre le pouvoir.

L’arrestation de Moussavian démontre clairement, comme le répètent quotidiennement Khamenei et Ahmadinejad, que le régime iranien ne reculera pas d’un pas dans son programme nucléaire. 

* Mohammad Amine, est un spécialiste de l’Iran qui écrit dans de nombreux médias internationaux