Par Evelyn Leopold
Reuters Avec la Russie et la Chine opposées à des sanctions contre lIran, lOccident veut augmenter la pression petit à petit au Conseil de Sécurité la semaine prochaine afin de réfréner les ambitions nucléaires de Téhéran.
Mais la Chine et la Russie envisagent un meeting du conseil des 35 nations de lAgence Internationale de lEnergie Atomique avant que lONU ne se prononce sur le rapport attendu vendredi du directeur de lAIEA, Mohammed ElBaradei.
« On nous propose que le conseil des gouverneurs de lAIEA se réunisse dabord avant que le conseil naborde le sujet », a révélé lundi à la presse lambassadeur aux Nations Unies de la Chine, Wang Guangya.
A Berlin, un diplomate européen, qui a désiré rester anonyme, a déclaré que la Russie et la Chine désiraient renforcer la suprématie du conseil de lAIEA basée à Vienne.
Lambassadeur, qui nétait pas autorisé à parler à la presse, a affirmé que lobjectif était de retarder une action de lONU jusquà ce quait lieu le meeting du conseil de lAIEA en juin afin de ralentir la campagne des Etats-Unis pour des sanctions.
Les Etats-Unis et leurs alliés suspectent lIran de tenter de fabriquer une bombe atomique sous couvert dun programme nucléaire civil. Téhéran affirme que son programme a pour unique objectif la génération dénergie.
Le Conseil de Sécurité a adopté une déclaration le mois dernier demandant à ElBaradei de rapporter simultanément au conseil et à lAIEA avant le 28 avril si lIran a cessé denrichir de luranium, processus pouvant produire du combustible pour des têtes nucléaires.
Pour commencer, les puissances occidentales veulent une résolution du conseil qui transformerait les requêtes de la déclaration de mars en une mesure obligatoire en vertu de la provision du Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. La déclaration du conseil, qui demande aussi à lIran de répondre à des questions en suspens sur son programme, se basait sur des résolutions précédentes du conseil de lAIEA.
RESOLUTION DU CHAPITRE 7
« Nous espérons, étant donné que lIran na opéré aucun changement de direction et quil ny a aucune raison de penser quil le fera, que nous allons examiner une résolution du Chapitre 7 afin de rendre obligatoires toutes les résolutions de lAIEA déjà existantes », a déclaré lundi lambassadeur américain John Bolton.
« Nous allons attendre le rapport du 28 avril. Nous sommes en consultations actuellement et nous le serons cette semaine sur la date et la façon dintroduire la résolution », a affirmé Bolton aux journalistes.
Tandis quune résolution du Chapitre 7 permet dimposer des sanctions et même de déclarer une guerre, elle requiert une mesure complémentaire afin de prendre cette décision.
Un diplomate du conseil, qui a demandé que son identité reste secrète car il nétait pas autorisé à parler, a affirmé que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France essayaient de rassurer la Russie et la Chine sur le fait que la résolution en question « nen fait pas plus que ce qui est dit ».
Mais pour le ministre des Affaires Etrangères russe, Sergei Lavrov, le Chapitre 7 évoque les résolutions du Conseil de Sécurité contre lIrak, interprété par les USA comme une base légale pour linvasion de 2003.
Cependant, comparé à lIran, les résolutions du Conseil de Sécurité contre le gouvernement de Saddam Hussein sétendent sur plus dune décennie, débutant avec la Guerre du Golfe en 1991 et comprenant des ruptures de cessez-le-feu.
« Je sais comment fonctionne le Conseil de Sécurité », a déclaré Lavrov, ancien ambassadeur aux Nations Unies pendant 10 ans jusquen 2004, à la presse depuis Moscou au début du mois de mars.
« On commence avec un avertissement gentil, puis on fait un rappel, puis on demande, on exige et on menace. Cela deviendra une fonction automotrice », a-t-il dit. « Un scénario coercitif nest acceptable ni pour la situation iranienne ni pour la situation dans la région. »
(Article rédigé avec la contribution de Louis Charbonneau à Berlin)

