De Christophe Lamfalussy
La Libre Belgique – C’est Téhéran qui a demandé que Chris Charlier soit écarté de l’équipe d’experts de l’AIEA en Iran. L’expert belge connaissait trop bien sa matière…
C’est l’Iran qui a écarté le Belge Chris Charlier de l’équipe des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont confirmé lundi des sources à «La Libre Belgique», à Vienne et à Bruxelles.
Chris Charlier, un vétéran de l’AIEA, connaît sur le bout des doigts le nucléaire iranien. Il y a voyagé une vingtaine de fois. Il serait devenu, selon les diplomates, trop pointu pour les Iraniens dans ce domaine.
Dans une rare interview autorisée, en mai 2005, il avait reproché aux Iraniens de poursuivre son équipe en permanence sur le terrain, avec une caméra vidéo ou un microphone.
L’expert nucléaire belge, chef des inspecteurs en Iran, a été écarté en avril. Contrairement à ce qu’affirmait le journal allemand «Die Welt am Sonntag» (LLB du 10/07), il reste cependant chargé du dossier iranien à Vienne. «Il fait toujours partie de la direction générale des inspecteurs. Il est toujours chef de section et il peut toujours s’occuper du dossier iranien», nous a dit lundi un proche du dossier.
Charlier, qui a le statut de fonctionnaire international au sein de l’Agence atomique, supervise le Moyen-Orient à l’AIEA. Il dépend d’ailleurs d’un autre Belge, qui a la responsabilité des «Opérations B», un secteur géographique englobant notamment l’Iran.
En rayant de la liste le nom de Chris Charlier, l’Iran a utilisé le droit des Etats membres de l’AIEA d’écarter certains experts. Cette pratique est rare mais d’autres pays que l’Iran, y compris des occidentaux, y ont déjà eu recours.
L’AIEA refusait hier de réagir officiellement à l’affaire. Cette organisation ne donne aucune indication sur ses 250 inspecteurs, ni leur nom, ni leur agenda. D’où un grand embarras lundi à Vienne, d’autant plus que ce mardi à Bruxelles, est attendu le négociateur en chef iranien, Ali Larijani.
Laridjani à Bruxelles
Téhéran doit répondre à une offre de six puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne) qui se proposent d’aider les Iraniens à développer leur nucléaire civil et leur économie.
Les Six souhaitent une réponse pour le 12 juillet, date à laquelle les ministres doivent finaliser le communiqué final du sommet du G 8 qui se déroulera à Saint-Pétersbourg du 15 au 17 juillet. Mais l’Iran n’entend pas être pressée et promet une réponse pour la fin août.
«Toute décision de sommet sur l’Iran – si elle est prématurée et incomplète – pourrait nuire à la tendance positive des négociations», a dit dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki.
Téhéran refuse de bouger sur un point crucial, qui est de «suspendre» (et non d’arrêter) l’enrichissement d’uranium. Plusieurs membres du G 8 sont prêts, en cas de nouvel atermoiement iranien, à relancer des discussions au sein du Conseil de sécurité sous le couvert du «Chapitre 7 » de l’Onu, mais sans la menace de sanctions. M. Laridjani doit négocier à Bruxelles avec Javier Solana.

