mardi, janvier 13, 2026
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Les motivations du voyage du président du régime iranien Pezeshkian en Irak

Le président du régime clérical Masoud Pezeshkian a entrepris son premier voyage officiel à l’étranger en Irak, soulevant des questions sur les motivations de cette visite. Ce voyage intervient à un moment de tension accrue, tant à l’intérieur de l’Iran que dans le contexte régional plus large. Avec la répression continue des groupes politiques kurdes en Irak et le désespoir financier croissant du régime iranien en raison des sanctions internationales, cette visite semble être bien plus qu’un échange diplomatique de routine.

Lorsque Pezeshkian a atterri à Bagdad, il n’a pas tardé à déclarer que le but de sa visite était de suivre les orientations stratégiques du guide suprême Ali Khamenei, « renforçant ainsi la relation de longue date entre l’Iran et l’Irak ». Son itinéraire comprenait des visites à Erbil et à Sulaymaniyah, dans la région kurde d’Irak, ainsi que dans des villes à majorité chiite comme Bassora. Le symbolisme est ici crucial. En choisissant l’Irak comme première destination, Pezeshkian envoie un message clair aux acteurs internes et externes de Téhéran. Ce voyage sert à réaffirmer l’influence de Téhéran sur l’Irak, un pays qui est de plus en plus devenu un champ de bataille par procuration pour les intérêts de Téhéran.

La visite de Pezeshkian a également été chargée de gestes symboliques, notamment une visite d’hommage sur le site où le commandant de la Force Qods du CGRI, Qassem Soleimani, et le chef de la milice irakienne Abu Mahdi al-Muhandis ont été tués.

L’un des aspects les moins médiatisés de la visite de Pezeshkian est l’accent mis sur la coopération en matière de sécurité, en particulier concernant les mouvements politiques kurdes en Irak. Depuis des décennies, les partis kurdes iraniens vivent dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien, au grand dam de Téhéran. En vertu d’un accord de sécurité signé en 2022, Bagdad a jusqu’en septembre 2023 pour désarmer ces groupes kurdes.

Des rapports récents indiquent que les bases politiques kurdes le long de la frontière Iran-Irak ont déjà été évacuées et que les camps militaires ont été démantelés. Ce désarmement est une demande clé du régime clérical, car il cherche à décourager une population rebelle et implacable dans la région kurde iranienne.

En outre, cette visite coïncide avec les efforts de Téhéran pour extrader environ 120 dirigeants politiques kurdes vers l’Iran. Les responsables iraniens ont systématiquement qualifié ces dirigeants de terroristes, malgré les nombreuses critiques internationales concernant les tactiques brutales de Téhéran.

Une bouée de sauvetage financière
Au-delà des préoccupations de sécurité, l’une des principales raisons du voyage de Pezeshkian est la situation financière désastreuse de l’Iran. L’Irak subit la pression des États-Unis pour freiner la contrebande de dollars vers l’Iran et protéger son système financier contre les abus. Les États-Unis ont imposé des restrictions aux banques irakiennes, huit banques commerciales locales ayant récemment été interdites de transactions en dollars américains. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une répression plus large contre la contrebande de devises vers l’Iran via le système bancaire irakien.

D’un autre côté, le régime iranien a du mal à accéder aux fonds dus par l’Irak pour les importations de gaz et d’électricité en raison des sanctions américaines. Bien que les rapports soient contradictoires sur le montant exact dû et sur le fait de savoir si ce montant a été entièrement réglé, la situation reste complexe. Téhéran cherche des moyens d’accéder à ces fonds, notamment par le biais de divers mécanismes de paiement et d’accords d’échange. Ces contraintes financières et la nécessité de contourner les sanctions américaines tout en maintenant des liens économiques ont créé des tensions continues entre les deux pays et compliqué leurs relations économiques.

Une application plus stricte de la loi par Washington pourrait potentiellement déclencher une crise économique en Irak, un pays déjà aux prises avec une instabilité politique. La visite de Pezeshkian vise donc autant à garantir le déblocage de ces fonds qu’à garantir que la bouée de sauvetage financière de Téhéran via l’Irak reste ouverte.

Malgré cela, il est peu probable que la visite de Pezeshkian produise des avancées significatives dans les relations régionales. La plupart des voisins de l’Iran restent méfiants à l’égard des ambitions du régime et de son rôle dans le soutien des groupes mandataires à travers le Moyen-Orient. Pour Pezeshkian, ce voyage vise moins à gagner de nouveaux alliés qu’à consolider ceux qui existent déjà.

Le voyage de Pezeshkian en Irak reflète un régime sous pression, tant sur le plan économique que politique. Bien que la visite puisse renforcer la coopération sécuritaire de Téhéran avec l’Irak et fournir une certaine En dépit de l’allègement financier temporaire qu’elle apporte, cette visite révèle également l’ampleur du désespoir de Téhéran. Les tentatives du régime de resserrer son emprise sur l’opposition kurde et d’accéder à ses avoirs gelés mettent en évidence des problèmes systémiques plus profonds en Iran. Alors que son économie est en chute libre et que son influence régionale est confrontée à des défis sans précédent, la visite de Pezeshkian est un rappel brutal que l’Iran est à court d’options. Ce voyage, bien qu’il soit présenté sous le signe de la diplomatie et de la coopération, est en fin de compte une question de survie.