De Paul Taylor et Carol Giacomo
Reuters, Nations Unies Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré jeudi que son pays était prêt à négocier une suspension de ses travaux nucléaires les plus sensibles sil recevait en retour des garanties honnêtes des puissances mondiales, mais les Etats-Unis et un grand nombre dexperts restent sceptiques.
Ahmadinejad a affirmé lors dune conférence de presse au siège de lONU que les négociations avec lUnion Européenne sur le programme nucléaire iranien étaient sur la bonne voie et quil espérait que personne nessaierait de les saboter, en référence évidente à Washington.
Lorsquon lui a demandé si lIran respecterait la demande du Conseil de Sécurité pour la suspension de lenrichissement duranium, qui peut être utilisé pour fabriquer du combustible pour des centrales nucléaires ou pour des bombes, il a répondu que Téhéran était prêt à discuter dune telle initiative mais na fixé aucun calendrier précis.
« Nous avons dit que dans des conditions équitables et justes, nous pourrons négocier ce point », a affirmé le président.
Mais la secrétaire dEtat Condoleezza Rice a affirmé quil était hors de question de marchander la condition primordiale fixée par les six grandes puissances (les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et lAllemagne) aux négociations sur le paquet davantages économiques et technologiques.
« Sils suspendent, alors les pourparlers pourront débuter. Cest aussi simple que ça, je ne pense pas que nous ayons besoin de conditions supplémentaires », a déclaré Rice à la presse.
Dans une joute décontractée dune heure avec les journalistes, Ahmadinejad a évité de dire si lIran respecterait lembargo sur les armes de lONU contre la milice libanaise du Hezbollah et a insisté sur le fait quil nétait pas anti-juif que de dénoncer ce quil qualifie de lobby sioniste avide de pouvoir.
« UNE VOIE CONSTRUCTIVE »
Le chef de la politique étrangère de lUE, Javier Solana, mène des pourparlers avec lIran au nom des six puissances à propos dune formule et dune série de mesures permettant le début des négociations.
« Nous pensons que ces négociations sont sur la bonne voie. Avec un peu de chance, personne ne viendra perturber leur bonne marche. Nous pensons quil sagit dune voie constructive », a affirmé Ahmadinejad.
Alors que seules des allusions au progrès des négociations de Solana ont fait surface, ceci constitue la déclaration publique la plus explicite de la part du leader iranien indiquant que Téhéran envisage de se soumettre à la condition préalable aux négociations sur une coopération étendue avec lOccident.
Après que lIran ait ignoré la date butoir du 31 août fixé par lONU pour la suspension de lenrichissement, les six puissances ont accepté cette semaine de donner à Solana jusquà début octobre pour parvenir à un accord avec Téhéran.
Si lIran nacceptait pas de suspendre lenrichissement à cette étape du processus, les six puissances tenteraient dimposer des sanctions de lONU contre lIran, ont-ils dit.
Certains pensent que lIran tente de faire traîner la diplomatie, desquiver les délais et de diviser la communauté internationale tout en avançant à grands pas dans son programme denrichissement duranium.
« Dire que nous envisageons, que nous réfléchissons nest pas la même chose que de dire Oui, nous allons le faire et ensuite le faire de façon vérifiable », a affirmé le porte-parole du département dEtat, Tom Casey.
Les six puissances ont fait une proposition complète en juin incluant une coopération économique, technologique et politique, ainsi que la fourniture dun réacteur nucléaire dernier cri, si lIran acceptait de stopper ses travaux qui, selon lOccident, ont pour objectif de produire des armes atomiques.
LIran a répondu avec une contre-proposition de 21 pages fin août, évitant clairement de sengager à suspendre lenrichissement.
Ahmadinejad a insisté sur le fait que le programme nucléaire iranien était pacifique et entièrement ouvert aux inspections et a demandé pourquoi Washington soutenait dautres Etats dans cette région du monde sachant pertinemment quils possèdent larme atomique, en référence évidente à Israël, au Pakistan et à lInde.
Dans son discours à lassemblée générale de lONU mardi, il a remis en question la légitimité du Conseil de Sécurité quant à lémission de jugements sur les autres alors même que ses propres membres amassent des armes nucléaires et sont coupables d « oppression ».
Puisque les puissances mondiales ont rompu dans le passé leur engagement de fournir à lIran de la technologie nucléaire civile, il désire maintenant des garanties de la mise en application du résultat des négociations cette fois-ci.
Un dissident iranien exilé qui a été le premier à dévoiler le programme nucléaire secret de Téhéran en 2002, Alireza Jafarzadeh du Conseil national de la Résistance, a déclaré quAhmadinejad était un « maître des déclarations vagues et des faux espoirs afin de gagner du temps pour continuer lenrichissement tout en évitant des sanctions ».

