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Des documents divulgués révèlent l’agenda du régime iranien en Syrie et au Liban

En mai 2023, le groupe dissident iranien GhyamSarnegouni a publié une série de documents classifiés détaillant les plans stratégiques du régime iranien en Syrie et au Liban. Ces documents décrivaient les efforts de Téhéran pour renforcer son influence régionale par le biais d’un soutien militaire, d’initiatives économiques et de liens culturels. Les récents développements, tels que la chute du régime Assad en Syrie et l’affaiblissement du Hezbollah au Liban, ont considérablement fragilisé la position de Téhéran dans la région.

Ces documents divulgués éclairent les stratégies régionales du régime clérical et offrent une perspective frontale sur la façon dont son agenda s’est effondré. Ils soulignent les défis croissants du régime et préfigurent les luttes auxquelles il sera probablement confronté pour maintenir son contrôle à l’avenir.

Intégration économique pour étendre le contrôle
Le premier document décrit l’objectif du régime iranien d’établir des liens économiques solides avec le Liban. Les principales initiatives comprennent :

Réactivation de la Commission mixte de coopération économique, avec des projets d’infrastructures dirigés par le ministère des Routes et du Développement urbain du régime et le ministère libanais de l’Économie.

Domination du secteur énergétique du Liban, impliquant des exportations de carburant et une collaboration technique avec des agences libanaises, soutenues par des entreprises iraniennes telles que MAPNA.

Exportation de machines industrielles et de lignes de production pour moderniser les industries libanaises tout en stimulant la production économique de l’Iran.
Établissement de chaînes de vente au détail iraniennes comme Shahrvand et Refah au Liban pour introduire les produits iraniens sur les marchés libanais.

Lancement d’une ligne maritime entre l’Iran et le Liban pour faciliter les échanges commerciaux.
Le plan prévoit également de tirer parti du Liban comme porte d’entrée vers les marchés africains par le biais de sa diaspora, dans le but d’étendre l’influence économique régionale de l’Iran.

Manœuvres politiques et militaires
La stratégie politique de Téhéran au Liban consiste à renforcer le Hezbollah et ses alliés tout en essayant d’influencer les factions non alignées :

  • Soutien économique et logistique au Hezbollah et à Amal, visant à consolider leurs positions politiques et militaires.
  • Tisser des liens avec d’autres partis et individus libanais favorables aux objectifs de Téhéran, tout en s’engageant prudemment auprès des groupes opposés au régime iranien.
  • Soutenir les figures de l’opposition de Bahreïn et d’Arabie saoudite résidant au Liban pour contrer l’influence du Golfe dans la région.

Sur le plan militaire, le document met l’accent sur le renforcement des capacités cybernétiques du Hezbollah et le maintien de sa préparation face aux menaces israéliennes. Il préconise également de promouvoir les discours pro-iraniens dans les médias au Liban.

Diplomatie culturelle et religieuse
Les initiatives culturelles jouent un rôle clé dans la stratégie de l’Iran pour favoriser la bonne volonté et contrer les sentiments anti-régime iranien :

Promouvoir le cinéma, l’histoire et l’éducation iraniens par le biais d’échanges culturels, notamment des cours de persan dans les écoles et universités libanaises.
Renforcer les liens avec les autorités religieuses pour mettre en évidence les points communs et présenter l’Iran comme une force islamique unificatrice.
Organiser des événements tels que l’initiative « Diplomatie du Nowruz » pour établir des ponts avec les diverses communautés du Liban.

Cibler des objectifs géopolitiques plus larges
Le document révèle des plans visant à utiliser le Liban comme une plate-forme pour des ambitions géopolitiques plus larges :
Soutenir les groupes palestiniens pour s’opposer aux politiques israéliennes et promouvoir la résistance.
Établir des voies de transit à travers l’Irak et la Syrie pour la connectivité économique et stratégique.
Renforcer les liens avec les communautés de la diaspora libanaise en Afrique pour accroître la portée régionale de l’Iran.

Planification stratégique du régime iranien au Liban

Un autre document classifié développe davantage les priorités stratégiques de Téhéran au Liban, en mettant l’accent sur une approche multidimensionnelle qui intègre les dimensions militaires, politiques, culturelles et désormais économiques. Au cœur de la politique du régime se trouve un soutien indéfectible au Hezbollah et à ses alliés, avec un objectif clair de renforcer leur puissance militaire et politique tout en consolidant l’influence de Téhéran dans divers secteurs au Liban.

Le document décrit un changement d’orientation vers l’engagement économique pour renforcer la base du Hezbollah. Cela comprend l’exploitation des initiatives du secteur privé pour renforcer l’infrastructure du Liban et créer une dissuasion contre Israël. Le ministère des Affaires étrangères et l’appareil commercial du régime iranien sont identifiés comme des acteurs clés de cette stratégie, qui vise à accroître la résilience du Hezbollah face aux menaces extérieures et à maintenir sa domination dans le triangle de pouvoir interne du Liban impliquant l’armée, la résistance et le gouvernement.

Les principales mesures proposées comprennent le renforcement des liens avec les sectes et groupes libanais pour renforcer la base sociale du Hezbollah, la consolidation des relations avec les communautés chiites pour assurer l’unité et l’approfondissement des liens religieux, universitaires et culturels pour étendre l’influence de la résistance. La stratégie met également l’accent sur les visites officielles de hauts responsables iraniens et d’alliés libanais, ainsi que sur la nécessité de renforcer les liens entre les groupes religieux et les communautés chiites.

Le document souligne également l’importance de répondre à la crise des réfugiés syriens au Liban, en soulignant que même les efforts symboliques de Téhéran pour aider à résoudre ce problème pourraient produire des avantages diplomatiques importants. Ce geste est considéré comme un moyen peu coûteux mais efficace d’améliorer la perception du Liban à l’égard de l’Iran.

Selon le document, le régime visait également à accélérer la mise en œuvre des accords et des projets d’infrastructures précédemment signés, considérant ces liens économiques comme essentiels pour consolider la position du Hezbollah. Le document suggère que les expressions cohérentes de la volonté de Téhéran d’aider le Liban, malgré la résistance politique, devraient rester un élément important de son discours de politique étrangère.

Évaluation des menaces du régime iranien en Syrie et au Liban
Le troisième document, intitulé « Menaces posées par le régime sioniste à la position de l’Iran en Syrie et au Liban et contre-mesures proposées », décrit la perception de Téhéran de l’intensification des actions militaires israéliennes en Syrie et au Liban. Il détaille les stratégies pour contrer ces menaces, notamment les efforts diplomatiques, les renforcements militaires et les campagnes médiatiques. Le document souligne l’engagement de l’Iran à soutenir les groupes alliés dans la région et son intention de renforcer sa position stratégique malgré les pressions extérieures.

Ces révélations ont été déterminantes pour comprendre les manœuvres régionales de l’Iran et ont mis en lumière les complexités de la géopolitique du Moyen-Orient. Les documents ont également mis en lumière les délibérations internes du régime et ses réponses aux défis militaires et diplomatiques extérieurs.

Une traduction du document suit :

Partie A : La nature des menaces israéliennes en Syrie et au Liban
Augmentation des frappes aériennes et des missiles : L’escalade des frappes aériennes et des missiles israéliens ciblant les positions syriennes et iraniennes, ainsi que les actifs, le personnel et l’équipement du Hezbollah, s’est intensifiée.

Pressions diplomatiques sur la Syrie et la Russie : Israël a cherché à convaincre la Syrie et la Russie de soutenir le retrait de la présence militaire iranienne en Syrie. En 2018, Israël, avec la médiation de la Russie, a fait pression sur l’Iran pour qu’il retire ses forces et ses unités de résistance alliées vers des positions situées à au moins 80 kilomètres des frontières nord d’Israël. Ce retrait partiel a encouragé de nouvelles attaques israéliennes.

Légitimation des actions israéliennes : Israël a réussi à façonner les récits internationaux pour présenter ses opérations militaires en Syrie comme une légitime défense tout en présentant la présence militaire de l’Iran en Syrie comme une force illégitime et déstabilisatrice.

Partie B : Stratégies pour neutraliser les menaces israéliennes en Syrie et au Liban
Consultations stratégiques :
Consultations régulières entre le ministère iranien des Affaires étrangères (MAE), les forces militaires et les agences de renseignement pour évaluer les réponses aux attaques israéliennes.

Collaboration avec les responsables politiques, militaires et de sécurité syriens, ainsi qu’avec les dirigeants du Hezbollah, pour développer des contre-mesures coordonnées.

Engagement diplomatique avec la Russie :
Intensification des efforts diplomatiques pour inciter la Russie à freiner l’agression israélienne, en tirant parti des récents changements dans les relations entre Moscou et Tel-Aviv au milieu de la crise ukrainienne.
Renforcement des capacités défensives :
Renforcement de l’infrastructure militaire et des services de renseignement iraniens en Syrie et au Liban pour contrer efficacement les frappes israéliennes.
Élargissement de la zone de conflit :
Introduction du conflit dans les territoires occupés par Israël en activant les groupes de résistance palestiniens pour intensifier leurs opérations.
Soutien aux forces de résistance :
Augmentation du soutien financier, logistique et stratégique au Hezbollah et aux factions palestiniennes alignées sur les objectifs de l’Iran.
Médias et relations publiques :
Utilisation des plateformes médiatiques pour contester les discours israéliens et mettre en évidence ses violations du droit international et des droits de l’homme.
Création d’un bureau médiatique spécialisé pour produire du contenu en arabe, en hébreu, en turc, en arménien et dans d’autres langues régionales, en se concentrant sur la lutte contre la propagande israélienne, la promotion de l’unité islamique et la dénonciation des politiques d’apartheid dans les territoires occupés.
Stabilité économique pour les alliés :
Soutenir la stabilité économique de la Syrie et du Liban pour éviter un effondrement qui pourrait saper les mouvements de résistance.
Plaidoyer libanais dans les forums internationaux :
Encourager le gouvernement libanais à adopter une position plus proactive dans les forums régionaux et internationaux contre les violations israéliennes de l’espace aérien et de la souveraineté libanaise.
Collaboration syrienne sur le plateau du Golan :
Partenariat avec le gouvernement syrien dans les efforts internationaux visant à reconquérir le plateau du Golan occupé.

Stratégie médiatique proposée
Pour contrer le discours et l’influence d’Israël, l’Iran créera une unité médiatique et diplomatique publique dédiée. Ce bureau :

Produire du contenu multilingue pour dénoncer les violations israéliennes et promouvoir les discours de résistance.
Se concentrer sur la lutte contre l’irano phobie et la chiite phobie tout en prônant l’unité islamique.
Mettre en lumière l’apartheid, l’occupation et les violations des droits de l’homme commises par Israël pour galvaniser l’opinion publique mondiale.