De Nazila Fathi
The New York Times Tandis que le président Mahmoud Ahmadinejad tente de sacheter une conduite avec sa campagne promettant de redistribuer les revenus croissants du pétrole à ses citoyens, léchiquier politique met en garde contre le fait que cette politique pourrait probablement plus exacerber les tensions politiques et économiques que les calmer.
Les inquiétudes montent aussi sagissant la façon dont une action du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui entame ce qui va probablement se transformer en une longue bataille contre les ambitions nucléaires de lIran, se fera ressentir sur léconomie.
Dimanche, lIran a affirmé une fois de plus quils ignoreraient toute résolution du Conseil de Sécurité contre son programme atomique. LIran pourrait sexposer à des sanctions économiques, ou même à des frappes militaires, sil ne respecte pas les exigences du Conseil de Sécurité.
Pour le moment, tout du moins, les prix du pétrole, ayant atteint 70 dollars le baril, ont toutes les chances de continuer à injecter des milliards aux finances du gouvernement. Lannée dernière, les profits du pétrole de lIran sont passés de 15 milliards de dollars à plus de 45 milliards, enflant à un taux encore jamais vu depuis 1974 lorsque les revenus du pétrole du pays ont triplé.
Le mois dernier, dans une initiative surprenante juste avant les vacances de printemps, le parlement a approuvé à contrecoeur le budget proposé par M. Ahmadinejad, en dépit de critiques sévères de la part déconomistes et dautres personnes. Les critiques pensent que ce projet de dépenses généreuses afin de créer des emplois et daugmenter les salaires a une motivation politique et est peu judicieux dun point de vue fiscal. Son budget, selon eux, repose sur les revenus du pétrole en hausse continue et pourrait probablement déclencher une inflation.
Les signes que certains considèrent comme inquiétants sont déjà apparus. Après que M. Ahmadinejad ait fait baisser les taux dintérêt ce mois-ci afin de diminuer linflation, les Iraniens ont retiré leur argent des banques pour se dépêcher dacheter des pièces dor. Et tandis quil lance des prêts visant à encourager les petites entreprises dans lespoir de créer des emplois, la confiance des investisseurs semble vaciller, ce qui pourrait provoquer une diminution des investissements dans les industries locales.
Lété dernier, après que lannonce de la reprise des travaux nucléaires iraniens ait causé une appréhension internationale, les investisseurs se sont retirés du marché et les cours de la bourse ont plongé. Ils ont légèrement rebondi après avoir atteint leur niveau le plus bas en octobre, alors que linflation et le chômage attisaient le mécontentement dans le pays.
« Le gouvernement est parvenu à la conclusion selon laquelle il a besoin de dépenser de grosses sommes dargent immédiatement afin de satisfaire ses alliés et la population », a écrit Muhammad Sadeq Jannansefat, analyste économique, dans le quotidien réformiste Shargh le mois dernier pendant que le parlement bataillait au sujet du budget. Il a insinué que M. Ahmadinejad, qui est arrivé au pouvoir en juin grâce au mandat du peuple, se servait de largent du pétrole pour apaiser ses partisans.
Le gouvernement, a écrit M. Jannansefat, « veut distribuer largent et créer des emplois, sans se préoccuper des conséquences ni de quelle sorte demploi il crée ».
Ismail Jabarzadeh, député membre de lopposition, a prédit que la politique de M. Ahmadinejad pouvait mener à un taux dinflation de 20 pourcent dans un pays où il se situe déjà autour de 14 pourcent, selon les estimations du Fonds Monétaire International. « Mais les bouleversements politiques, tels que lopposition à notre programme nucléaire, peut faire encore augmenter ce taux de 20 pourcent », a-t-il ajouté dans une interview cette semaine.
M. Ahmadinejad a pris la défense de ses résultats économiques à loccasion dune conférence de presse cette semaine, disant que le gouvernement avait commencé à distribuer aux pauvres des « justice shares » (actions de justice) des industries du gouvernement dans quatre régions. Des années de mauvaise gestion ont cependant laissé les industries dEtat dans un piteux état et ces actions nont que très peu de valeur.
Le président a également déclaré que le chômage avait baissé dans les huit mois qui ont suivi son arrivée en fonction, mais un rapport du Fonds Monétaire International affirme que les chiffres ont continué davoisiner les 11 pourcent.
Les politiques du président se concentrent sur linjection de 40 milliards de dollars dans léconomie cette année via la banque centrale. Bien que le gouvernement nait pas fourni le détail du budget, les hauts responsables disent quil tend vers une augmentation des dépenses en faveur des associations caritatives afin daugmenter le niveau de vie. M. Ahmadinejad a également promis des prêts pour le logement et pour aider les couples dans leurs dépenses de mariage. Une partie des bénéfices sera consacrée aux importations, ce qui selon les critiques va affaiblir les fabricants nationaux.
Les économistes avertissent quinfuser une telle somme dargent dans léconomie provoquera la maladie hollandaise, terme apparu lorsque les profits du gaz naturel découverts aux Pays-Bas ont causé le déclin du secteur industriel et une montée en flèche de linflation dans les années 1960. Il sagit dune maladie qui affecte souvent les nations exportatrices dénergie et ses symptômes ont commencé à apparaître ici.
Les gouvernements en Iran et ailleurs utilisent depuis toujours les profits exceptionnels du pétrole pour faire des réparations économiques à court terme et pour calmer le mécontentement public. Mais les plus prospères dépensent aussi une partie de cet argent pour le développement économique à long terme, en construisant des barrages et dautres infrastructures pour la croissance du secteur du pétrole. Jusquà maintenant, M. Ahmadinejad na pas spécifié sil investirait dans des projets davenir à long terme, bien quil ait affirmé quil finirait les projets déjà en cours.
« M. Ahmadinejad ne se préoccupe pas du futur », selon Saeed Leylaz, économiste faisant partie de lopposition et analyste politique. « Nous navons aucun contrôle sur les profits du pétrole et nous ne pouvons pas compter dessus comme un revenu stable. Une fois que lon shabitue à largent et que le schéma des dépenses a changé, on ne peut plus retourner à notre ancien style de vie. »
Déjà, les marchés sont remplis de biens de consommation importés considérés à une époque comme des produits de luxe inutiles dans une économie luttant pour devenir autarcique.
Plus dun quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ce que les économistes de lopposition définissent comme une famille de cinq personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 278 dollars, bien que le gouvernement conteste ces chiffres.
Mais les consommateurs plus aisés se détournent des produits fabriqués localement en faveur des produits importés. Lili Abdollahzadeh, femme dintérieur à Téhéran, dit avoir récemment acheté une machine à laver Samsung fabriquée en Corée pour 450 dollars au lieu dune machine moins chère fabriquée dans le pays à 350 dollars parce que la première était de meilleure qualité. Les oranges et les poires importées sont moitié moins chères que les fruits produits localement.
Ahmad Tavakoli, économiste et membre conservateur du parlement, soutenait M. Ahmadinejad au début mais il fait maintenant partie des critiques les plus féroces du président. Il compare la politique du président avec celle du chah Mohammed Reza Pahlavi pendant le boom pétrolier qui a précédé la révolution de 1979, affirmant quune telle politique avait contribué à la chute de lancien gouvernement.
« Les importations vont mener au déclin du secteur industriel », a-t-il déclaré dans un discours diffusé en direct à la radio nationale en mars. « Cela sappelle la malédiction du pétrole, qui est une malédiction causée par les décisions des dirigeants. »

