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IBT interviewe un ancien prisonnier politique iranien

IBT interviewe un ancien prisonnier politique iranien

The International Business Times, a publié mardi 12 juillet une interview réalisée avec Farzad Madadzadeh, un ancien prisonnier politique en Iran qui a échappé à l’Iran et a voyagé en Europe l’année dernière.

L’IBT a écrit :
Assis sur une borne en béton à l’extérieur d’une salle de conférence de Paris, Farzad Madadsadeh, un dissident iranien et ancien prisonnier du régime iranien, est une personne réservée.

L’ancien chauffeur de taxi de 31 ans, de la province de l’est d’Aderbidjan en Iran, gratte sa peau déjà écaillée sur ses mains lorsqu’il raconte l’histoire de son emprisonnement de six ans dans les prisons des services des renseignements de la République islamique, l’abus auquel il a été soumis et la mort de son frère et sa sœur en exil en Irak.

« Chaque soir, je ne savais pas si lendemain soir, je serais encore en vie ou si je serais mort. Il est difficile de décrire ces conditions parce que vous ne savez pas ce qu’il va advenir », dit-il, les yeux fixés fermement sur le sol.

Farzad a été arrêté à Téhéran par les services de sécurité iraniens en 2009 pour ses liens avec la résistance du pays et en particulier pour son travail avec l’organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI).

L’OMPI, qui a d’abord cherché à renverser le Shah d’Iran dans les années 1970 et cherche maintenant à renverser la théocratie imposée par l’ayatollah Khomeiny après la révolution de 1979 du pays, est une organisation interdite en République islamique. Des liens avec ce groupe peuvent entraîner une peine de mort dans les tribunaux politisés du pays.

Pour son travail avec la résistance, la transmission des informations iraniennes à la direction de l’OMPI en exil en France, Farzad a été embarqué dans une camionnette menacé d’un fusil, à la section 209 de la prison d’Evin. En ce qui concerne le régime iranien, cette section, tenue par les services secrets, n’existe pas, mais elle est connue, car c’est dans cette prison politique que les opposants sont interrogés, torturés, accusés et où ils endurent de longues périodes d’isolement.

Deux ou trois fois par semaine tout au long de son incarcération de 10 mois dans le quartier 209, Farzad sera interrogé pendant plus de 12 heures consécutives. Il a été confiné en isolement pendant six mois.

Farzad a affirmé : « J’étais constamment torturé psychologiquement et physiquement. » « Il y avait trois agents qui me donnaient des coups de pieds comme au football, chacun à son tour, un par un, » ajoute-t-il.

À un moment, on a dit à Farzad qu’il serait exécuté sans procès s’il ne dénonçait pas publiquement le mouvement de la résistance à la télévision d’État. Il a aussi vu d’autres services de renseignement qui ont cherché à le briser et il a enduré de pires tortures.

Il explique que l’électrocution avec un pistolet Taser et des coups sur la plante des pieds avec des bâtons en bois étaient communs. Il ajoute : « un de mes amis avait des brûlures de cigarette sur le dos. » Parmi les épreuves qu’ils ont endurées, cependant, Farzad affirme que les longues périodes en isolement ont été les plus dures, car ils étaient privés du soutien des autres prisonniers. Il déclare : « Parfois, vous savez qu’il est vraiment mieux que vous soyez battu plutôt que de passer du temps en isolement. »

Finalement, Farzad a subir un procès, un processus qu’il décrit comme « une parodie et un spectacle ». Au cours d’une audience de cinq minutes, on ne lui a donné aucune chance de se défendre, il ne parlait que pour confirmer son nom. Condamné à cinq ans de plus en prison, Farzad fut soulagé de ne pas avoir été condamné à la peine de mort dans un pays où l’ONU rapporte qu’année en année, il réalise plus d’exécutions par habitant que tout autre État sur Terre.

« En réalité, je m’étais préparé pour le scénario, » dit-il. « Peu importe ce qu’il se passe, je crois que pour atteindre la liberté, vous devez en payer le prix. »

À l’intérieur de la population générale des prisons du régime, Farzad continuerait à assister à l’abus, les coups et l’exécution de prisonniers condamnés quand ils étaient mineurs. Cependant, il a été renvoyé dans la section 209, car il a été frappé par une autre tragédie en dehors des limites de sa cellule.

En même temps que Farzad allait vers la résistance, son frère et sa sœur se sont également politisés. La paire avait choisi de voyager pour rejoindre d’autres membres de l’OMPI en exil en Irak à l’ancienne base militaire du groupe au camp Achraf. Désarmés en vertu d’une trêve avec les forces d’occupation des États-Unis en 2009, 3400 résidents du camp avaient été mis sous protection en vertu de la Convention de Genève.

Quand le camp a été remis au gouvernement irakien et l’administration pro-iranienne de Nouri al-Maliki, Achraf est devenu de plus en plus une cible. En avril 2011, le frère et la sœur de Farzad ont été pris dans ce que le secrétaire d’État américain John Kerry allait plus tard appeler « un massacre ».

Trente-quatre personnes ont été tuées dans le camp lorsque les troupes irakiennes ont ouvert le feu sur les résidents, alors qu’ils les encerclaient avec des véhicules blindés. Farzad a vu plus tard des images de l’attaque. « Ils les ont massacrés dans ce camp », dit-il.

L’attaque du camp et le petit hommage en mémoire aux victimes d’Achraf ont conduit Farzad de nouveau entre les mains des services secrets dans la section 209. Les coups reprenaient, tout comme les tentatives d’aveux forcés.

Il a déclaré avec un rire amer que « les agents étaient partis pour tuer mon frère et ma sœur. » « Et même à ce moment-là, ils venaient m’interroger et essayer de me forcer à passer à la télévision et parler contre mon propre frère et ma soeur qui avaient été tués, » ajoute-t-il.

Farzad a été libéré en 2014 lorsque sa condamnation a pris fin, et après un an de problèmes avec les services de sécurité et un refus de permis de travail, il a décidé de fuir l’Iran grâce à sa connexion avec l’OMPI. Farzad a demandé que les détails de la façon dont il a été sorti clandestinement du pays et enfin en France ne soient pas révélés dans le cas où ils mettraient en danger d’autres militants.

Maintenant en France, il reste dédié à un Iran libre. « Ma vie est maintenant le renversement du régime en Iran », dit-il. « Il n’est pas très important pour moi de voir la liberté en personne. Ce qui est important, c’est que l’Iran soit libre. »

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