Ouest France, 3 juillet par Joseph Limagne Trois ans après le coup de filet d’Auvers-sur-Oise, les Moudjahidine du Peuple ont repris de l’assurance et, venus de toute l’Europe, renoué avec les rassemblements de masse.
Bien décidés à apparaître comme le fer de lance de la Résistance au pouvoir islamique, les Moudjahidine du peuple iranien organisaient, samedi, au Bourget, ce qu’ils qualifiaient de « plus grand rassemblement d’Iraniens à l’étranger depuis l’arrivée au pouvoir du régime des mollahs ». La tension croissante entre Téhéran et les grandes puissances à propos du nucléaire donne des ailes au mouvement et à sa direction politique, le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), que préside Maryam Radjavi. La Cour d’appel de Paris a allégé, début juin, le contrôle judiciaire auquel elle était soumise avec seize autres dirigeants.
Trois ans plus tôt, le juge Bruguière avait fait interpeller 164 militants, essentiellement à Auvers-sur-Oise, où les Moudjahidine ont leur siège. Dix-sept personnes furent mises en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Onze furent incarcérées, dont Maryam Radjavi. Pour protester, une dizaine d’Iraniens tentèrent de s’immoler par le feu. Deux en moururent.
Bien que leur mise en examen subsiste, les militants sont désormais libres de se rencontrer et de se déplacer où bon leur semble. Ils ne se sont jamais privés de dire que l’opération policière avait été voulue par Paris pour s’attirer les bonnes grâces de Téhéran. Les avocats dénoncent le « vide sidéral » du dossier. Mais voilà que rien ne va plus entre les mollahs et la communauté internationale. Les Moudjahidine du peuple ont été les premiers à révéler l’emplacement d’installations nucléaires iraniennes d’enrichissement de l’uranium, indispensables à la mise au point d’une bombe atomique.
Depuis des mois, ils mènent, avec un succès relatif, une intense campagne de lobbying pour acquérir une honorabilité et se faire rayer de la liste des organisations terroristes. Ils ont rallié à leur cause l’abbé Pierre, Jean Ferrat, Danielle Mitterrand, Édith Cresson. Maryam Radjavi a été reçue au Conseil de l’Europe, au Parlement européen, par un colloque interparlementaire à Paris ; elle multiplie les tribunes dans les grands quotidiens. Sa troisième voie se résume ainsi : « Ni guerre ni complaisance à l’égard des mollahs, mais un changement démocratique sous l’impulsion de la Résistance. » C’était le thème du rassemblement du Bourget auquel sont venus des Iraniens d’Allemagne et des Pays-Bas pour s’opposer à la bombe atomique des mollahs.
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