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Le discours de Khamenei sur le hijab révèle un régime pris en étau entre sa base et une société en révolte

Le discours de Khamenei sur le hijab révèle un régime pris en étau entre sa base et une société en révolte
Ali Khamenei s’adresse à un public féminin trié sur le volet à Téhéran lors de son discours – 3 décembre 2025

Pris en étau entre une base démoralisée et une société en pleine ébullition, le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, a récemment défendu le port obligatoire du hijab tout en évitant toute injonction publique explicite visant à en renforcer l’application, soulignant ainsi combien les règles relatives au voile sont devenues un dilemme central au sein du régime après le soulèvement de 2022.

Le 3 décembre 2025, Khamenei s’est adressé à un public féminin trié sur le volet au site Hussainiyeh de Khomeini de Téhéran. Selon les médias d’État, il a salué le statut « très éminent » des femmes en islam, affirmé que son régime avait prouvé que le hijab ne constituait « aucun obstacle à l’émancipation des femmes » et condamné ce qu’il a qualifié de « culture capitaliste occidentale corrompue » à l’égard des femmes.

Ce que Khamenei n’a pas dit était tout aussi important politiquement que ce qu’il a dit. Il n’a donné aucun ordre direct de rétablir les patrouilles de rue à grande échelle, ni enjoint au gouvernement ou au pouvoir judiciaire d’appliquer la loi sur la « chasteté et le hijab », pourtant de nouveau au cœur des débats au sein du régime.

Cette omission illustre comment les manifestations de 2022 ont modifié le coût de la coercition. Ces manifestations, déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, accusée de porter un hijab « inconvenant », se sont propagées à l’échelle nationale et ont transformé le refus du voile en une forme de désobéissance civile normalisée dans de nombreuses villes.

Rôles de genre réactionnaires dissimulés sous un discours religieux

Le discours de Khamenei a également mis en lumière sa vision réactionnaire de la place des femmes dans la société. Dans la version officielle, il a décrit les femmes et les hommes comme « deux éléments complémentaires » dotés d’une égale capacitée d’épanouissement spirituel et social, mais a situé le rôle principal des femmes au sein du foyer.

Dans une démonstration condescendante de misogynie, il a déclaré à l’auditoire que les femmes sont « les gestionnaires et les chefs de famille, et non les servantes », exhortant les maris à assumer la responsabilité des « conséquences de la maternité » et du fardeau que représente la gestion d’un ménage dans un contexte d’inflation et de bas salaires. Il a félicité les femmes d’« assurer le fonctionnement de la maison » malgré la flambée des prix, puis a demandé, de manière rhétorique : « À midi, le déjeuner est servi – qui fait tout le travail ? »

Le hijab : une loi sur le papier, une pratique suspendue

Le contexte politique de ce discours est celui d’un système de hijab figé au sommet de l’État.

Les législateurs ont adopté la loi sur le hijab et la chasteté, assortie de lourdes amendes, du gel des avoirs et de peines de prison pour les femmes et les entreprises jugées tolérant une tenue vestimentaire jugée « indécente ». Cependant, entre 2024 et 2025, le Conseil suprême de sécurité nationale a discrètement suspendu son application, et les autorités ont depuis reconnu que la loi est de facto suspendue par crainte de « répercussions sociales » et de nouvelles tensions.

Dans les faits, son application s’est orientée vers des campagnes ciblées, la surveillance électronique et les sanctions financières. Une mission d’enquête de l’ONU a rapporté en mars 2025 que les autorités ont de plus en plus recours aux caméras de surveillance routière, à la reconnaissance faciale et aux applications mobiles permettant aux citoyens de signaler les infractions présumées au port du hijab, ce qui entraîne la saisie de véhicules et la délivrance de contraventions, alors même que la présence de femmes non voilées est devenue courante dans les grandes agglomérations.

Les données officielles et les analyses proches du régime tendent à minimiser la gravité de la crise de légitimité, mais la décision de suspendre une loi soutenue par le dirigeant après son adoption par le Parlement témoigne d’une profonde inquiétude quant au risque d’une nouvelle flambée de violence à l’échelle nationale.

Pressions des « principaux défenseurs » du régime

Les propos prudents de Khamenei contrastent fortement avec les exigences émanant désormais des institutions les plus proches de la base électorale du régime – celles-là mêmes qui devraient soutenir le système en cas de nouvelles manifestations.

Le 2 décembre, plus de la moitié du Parlement a signé une lettre accusant le pouvoir judiciaire de ne pas faire appliquer la loi sur le hijab. « Le pouvoir judiciaire ne peut rester passif », ont écrit les 155 députés, mettant en garde contre une « impudeur croissante » et affirmant que « les ennemis de la Révolution islamique ont conçu un plan pour lancer un mouvement pro-nudité dans la société ».

Ils ont déploré que le « manque de volonté » dans l’application des règles existantes ait conduit certains à conclure que le système islamique avait « abandonné sa gouvernance » dans ce domaine – un aveu public rare que la non-conformité manifeste érode l’autorité du régime auprès de ses propres partisans.

Le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, s’exprimant le même jour à Yazd, a fait écho à ces pressions. Il a déclaré que des progrès avaient été réalisés concernant le hijab, mais que c’était loin d’être suffisant, et a souligné comment un projet de loi judiciaire de neuf articles s’était transformé en une loi de soixante-dix articles au Parlement, désormais bloquée. Il a appelé à une coordination « planifiée et réfléchie » entre les institutions pour « maîtriser la situation », indiquant ainsi que les forces de sécurité et l’appareil judiciaire souhaitent une plus grande autonomie.

Khamenei, dans son dernier discours, tente de concilier les inconciliables : rassurer cette base électorale essentielle sur le fait que le hijab reste un pilier non négociable du système, afficher une défiance culturelle envers l’Occident et renforcer la discipline médiatique, tout en évitant un ordre direct qui pourrait déclencher l’affrontement de rue que redoute le régime.