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Crise de l’empoisonnement des écoles iraniennes : des centaines de filles touchées par un acte délibéré

Crise de l'empoisonnement des écoles iraniennes : des centaines de filles touchées par un acte délibéré

Au cours des trois derniers mois, des centaines de jeunes filles dans des dizaines d’écoles exclusivement féminines en Iran ont été empoisonnées dans ce que les autorités reconnaissent aujourd’hui être un crime délibéré. Initialement rejetée par Téhéran comme une « rumeur » ou un « délire », la crise est devenue trop grave pour être ignorée. Les tendances misogynes du régime sont évidentes dans cette tragédie.

Le premier cas s’est produit dans le lycée Nour, entièrement féminin, à Qom, près de la capitale. Selon le site Web officiel Entekhab, l’empoisonnement à la chaîne s’est produit sept autres fois dans la même école et dans d’autres établissements de la ville, envoyant des dizaines d’étudiantes à l’hôpital.

Le député Ahmad Amir Abadi Farahani de Qom a été cité par le site Web d’Entekhab pour avoir fait tenu des propos ridicules et controversés, affirmant que la « claustrophobie » pourrait en être la cause. Cependant, Yousef Nouri, ministre de l’éducation d’Ebrahim Raïssi, a suggéré que l’inhalation de gaz ammoniac ou de dioxyde de carbone s’échappant des systèmes de chauffage des écoles pouvait en être la raison.

Le 7 février, l’agence de presse officielle ISNA a cité Bahram Einollahi, ministre iranien de la Santé, qui a considéré l’empoisonnement comme un « incident mineur » sans aucune « origine microbienne ». D’autres responsables ont tenté de trouver diverses excuses sans fondement et ont considéré le « stress » comme la principale raison du nombre croissant d’empoisonnements et d’hospitalisations d’élèves dans les écoles exclusivement féminines.

Ces derniers jours, en particulier jeudi, des dizaines d’étudiants d’universités féminines et générales ont été empoisonnés. Cet incident, qui dure depuis trois mois, a entraîné des manifestations contre le régime à Téhéran et dans d’autres villes les 1er et 2 mars. Les étudiants et leurs parents ont exprimé leur indignation face au crime délibéré du régime, en scandant des slogans contre le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei. Les forces de sécurité du régime ont répondu par la violence, frappant plusieurs personnes et procédant à des dizaines d’arrestation.

Ce crime, dont beaucoup considèrent que les religieux au pouvoir en sont les auteurs, et les réactions de la population, ont provoqué beaucoup d’émoi au sein du régime. Lors de la séance du Majlis (Parlement des mollahs) de mercredi, le député Abdolali Mozaffari a reconnu qu’au moins 15 villes sont aux prises avec de nombreuses écolières empoisonnées. Cet aveu a attisé la flamme au Majlis du régime, et le président du parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a obligé Mozaffari à se désavouer. Le 1er mars, le quotidien officiel Etemad a reconnu que « des écolières ont été empoisonnées dans dix provinces et 58 écoles en Iran ».

Ce crime, son ampleur, la montée de la colère et du dégoût social ont semé la confusion et fait tanguer le navire du régime, alimentant la crise interne de la théocratie au pouvoir.

« Les systèmes de sécurité prétendent pouvoir capturer les terroristes en vol et arrêter les criminels avant même qu’ils ne passent à l’acte. Mais lorsqu’il s’agit de questions telles que les attaques à l’acide contre des femmes et des jeunes filles à Ispahan ou l’empoisonnement d’étudiants, qui durent depuis 100 jours, il n’y a aucune trace des forces de sécurité », écrivait le 28 février le site web officiel Baharnews.

En réaction à la vague croissante de dissidence, le régime a tenté de manière insidieuse de dissimuler le rôle criminel de ses mercenaires dans l’empoisonnement intentionnel des écolières. Ainsi, les propos des responsables du régime et les rapports des médias officiels ont été truffés de controverses et de mensonges.

Le 1er mars, l’agence de presse Tasnim, affiliée aux Gardiens de la révolution (pasdaran), a cité une « source bien informée » selon laquelle « les forces de sécurité ont arrêté trois individus ». Cette affirmation a rapidement été rejetée par Ahmad Vahidi, ministre iranien de l’Intérieur.

« Personne n’a été arrêté en lien avec l’empoisonnement des étudiants. Les forces de sécurité sont occupées à trouver des indices. Jusqu’à présent, aucune raison particulière n’a été donnée, car il s’agit d’une substance unique. Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de rapport définitif sur une substance spécifique. Il n’est pas possible de faire une déclaration définitive », a-t-il déclaré le 1er mars, selon l’agence de presse Tasnim, un organe lié à la force Qods des pasdaran.

Le rôle du régime misogyne dans la série d’empoisonnements d’écolières à l’échelle nationale est si évident que même les médias officiel l’admettent inévitablement. Le 28 février, le quotidien officiel Ettellat considérait ce crime comme le « résultat d’actions collectives organisées et dirigées par le groupe de réflexion et visant des objectifs spécifiques ».

L’empoisonnement des écolières n’est pas la première action du régime misogyne qui tente d’intimider la société. Entre 2014 et 2015, de nombreuses attaques à l’acide contre des femmes dans des lieux publics ont été perpétrées par des voyous affiliés à l’État.

Le soulèvement national en Iran a ébranlé les fondements du régime. Les femmes et les filles ont joué un rôle clé dans la conduite des manifestations. Le régime cherche donc à les intimider.

Le 1er mars, Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a déclaré à ce sujet : « Les sbires de Khamenei ont remplacé et complété la Patrouille d’orientation par cet acte malveillant et l’ont utilisé comme un outil pour se venger des filles du soulèvement. »

Elle a appelé les jeunes à organiser des manifestations et a demandé aux organismes de défense des Droits de l’Homme, des enfants et des femmes de condamner ce crime de masse, ainsi qu’aux rapporteurs des Nations unies sur les enfants et les femmes, et à la Commission des Nations unies sur le statut des femmes, de demander des comptes au régime des mollahs, et a exigé l’envoi d’une délégation de l’Organisation mondiale de la santé pour mener une enquête sur cette catastrophe.