vendredi, décembre 9, 2022

Et l’occupation par l’Iran alors ?

Par Hussein Shobokshi *

Asharq Alowsat – Dans quelques semaines surviendra le quatrième anniversaire du lancement de l’action militaire américaine en Irak, qui s’est graduellement transformée en occupation, et du déploiement des forces et unités multinationales dans différentes parties du pays. Et voilà que l’Amérique se retrouve noyée sous les problèmes de l’Irak et de ses sectes, alignant les échecs politiques et administratifs dans la gestion de la guerre et de l’après-guerre. L’administration américaine essuie le plus fort de la colère publique en Amérique et fait face aux pressions croissantes pour un retrait immédiat d’Irak. De plus, le gouvernement des Etats-Unis soutient les gouvernements de Jaafari et d’al Maliki sans s’opposer aux abus de pouvoir des deux hommes, ce qui contribue ineffablement à la fomentation de la crise sectaire.

Toutes les preuves sont claires concernant l’administration américaine ; la zone d’influence est nette et ouverte à la discussion dans ce cas. Les médias, l’opinion publique et les sessions du Congrès adoptent pourtant une position stricte et sévère à ce sujet. Cependant, une question se pose : l’Amérique est-elle le seul occupant en Irak ? Et l’occupation iranienne de l’Irak alors ? Beaucoup trouveraient bizarre de qualifier la présence iranienne en Irak d’occupation, cependant toutes les caractéristiques d’une occupation conventionnelle et non conventionnelle sont applicables à la situation iranienne en Irak.

On trouve plus de 30 000 Iraniens appartenant aux Gardiens de la Révolution et au service de renseignement sur le terrain, sans compter ceux qui sont présents sous la protection d’organisations humanitaires ou de groupes scientifiques, ainsi que des milliers d’Iraniens qui ont reçu la nationalité irakienne et qui ont été « placés » à des postes clés et influents. Il existe des régions géographiques entières en Irak placées sous l’influence totale de l’Iran et où c’est l’Iran qui prend les décisions. Un certain nombre de décisions politiques et stratégiques sont prises uniquement avec l’assentiment et sur ordre de l’Iran.  Il y a aussi, bien entendu, du matériel, des armes et des fonds qui viennent d’Iran et qui sont destinés à soutenir les escadrons de la mort, établis par d’éminents membres du gouvernement irakien nés des services de renseignement iraniens.Dire que les États-Unis représentent la seule forme d’occupation en Irak est une simplification ridicule de l’état des choses et un refus de regarder les faits et la réalité en face. Il existe une occupation du libre arbitre irakien, une interférence insolente et tyrannique dans ses affaires internes et une explosion évidente du conflit, opérés par le soutien absolu accordé à certains partis au détriment d’autres.

Le désastre qui se produit en Irak aujourd’hui est le résultat d’une décision « stupide » de partir en guerre et de décisions « ignorantes » prises quant à la gestion de la phase d’après-guerre. Cependant, un certain nombre de politiques « malveillantes » ont exploité la situation, augmenté le nombre de conflits, contribué à la multiplication de contrecoups négatifs et transformé la situation en un épisode sanglant et tyrannique, dont le prix est le sang des Irakiens et de la région toute entière. L’Iran fait exactement la même chose que les USA de par sa présence en Irak et les réclamations visant à mettre un terme à l’occupation pourrait aussi l’affecter. La région ne peut plus supporter l’état de déni et d’ignorance volontaire face à ce qui se passe en Irak, et ne peut plus non plus endurer les compliments sur ce qu’elle était. Pourtant, il existe une occupation iranienne délibérée en Irak ; ce qui reste à faire maintenant, c’est d’orienter l’action et la confrontation et de mettre un terme à cette initiative lancée par un patriote honnête dans le but d’empêcher un éclatement inévitable de l’Irak.

* Hommes d’affaires et éminent chroniqueur. M. Shobokshi présente l’émission d’actualité hebdomadaire Al Takreer sur Al Arabiya et a été désigné en 1995 un des « Dirigeants mondiaux de demain » par le World Economic Forum. Il possède une licence en science politique et management de l’Université de Tulsa.

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