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Entretien avec un habitant du camp d’Achraf sur l’arrestation de son père de 70 ans

Téhéran, 27 décembre 2009CNRI –Le service en persan de la Voix de l'Amérique, a diffusé le 19 janvier une interview avec un résident du camp d'Achraf, dont le père a été arrêté il y a deux semaines. M. Ali Mehrnia, 70 ans, avait également été prisonnier politique durant les années 1980. Il figure aujourd'hui parmi des dizaines de parents des résidents du camp d’Achraf qui ont été arrêtés en Iran par le régime des mollahs qui cherche par ce biais à faire pression sur les résidents du camp.

Situé au nord de Bagdad, Achraf abrite environ 3400 membres du principal groupe d'opposition iranien, les Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI ), depuis plus de deux décennies.

Extraits de l'interview de VOA avec Majid Mehrnia.

VOA : Savez-vous pourquoi ils ont arrêté votre père [Ali Mehrnia] ? Où a-t-il été emmené ? Et avez-vous reçu des informations à son sujet ?

Mehrnia : Il y a environ deux semaines, un peu après la révolte de l'Achoura [27 décembre], ils [les agents du régime iranien] ont attaqué notre maison à Téhéran et arrêté mon père de 70 ans, un enseignant à la retraite. Ils l'ont emmené vers une destination inconnue, sans donner la moindre raison (…) Ils ont aussi emmené ma mère, quelques temps après pour l'interroger et faire pression sur elle, malgré sa santé qui se détériore rapidement. Je ne sais plus combien de fois ma famille a essayé de les contacter ou a tenté d'assurer le suivi [relatif à l'arrestation], ils n'ont pas encore reçu de réponse. On a dit à ma famille qu’elle devait désormais cesser de faire davantage de recherche (…)

Ces arrestations sont faites sous de faux prétextes comme la «guerre contre Dieu». Lors du simulacre de procès d’hier (18 janvier) à Téhéran, également, qui était présidé par Salavati, ils ont faussement prétendu que les accusés avaient été entrainés par l'OMPI en Irak et en Europe. Ils ont dit pendant ce soi-disant procès que puisque la direction de l'OMPI n'avait pas été éliminée, ils restaient soumis à l'article 186 du code des châtiments islamiques, selon lequel tous les membres et sympathisants de l'OMPI sont des «ennemis de Dieu » même s’ils ne sont pas impliqués dans sa branche armée.

VOA : Hier, des vidéos ont été diffusées [à la télévision d’Etat en Iran], où l’on voyait des prévenus jugés pour des accusations d'appartenance ou de sympathie avec l'OMPI et d'autres accusations de ce genre, pour lesquelles la terminologie officielle de « Monafeghine » [« hypocrites », terme péjoratif utilisé par le régime pour l'OMPI] a été utilisée. Avez-vous pu identifier votre père ? Votre père était-il parmi les accusés dans les images diffusées ?

Mehrnia : Les visages étaient complètement flous sur la vidéo et on ne pouvait pas identifier les gens. Il n'y avait pas mis de nom et je n’ai pas pu voir si mon père était parmi les détenus. Le problème c’est que je n'ai absolument aucune idée où ils l’ont emmené et quelles sont les charges retenues contre lui. Et, il n'y a pas de recours juridique disponible. Vous êtes bien conscients que des notions comme une cour de justice, une représentation juridique et une procédure régulière sont tout à fait dépourvue de sens sous ce régime. Le régime est totalement étranger au droit et l'islam.

VOA : M. Mehrnia, est-ce que votre père avait déjà été arrêté avant cela ?

Mehrnia : Oui, mon père était un prisonnier politique dans les années 1980 après avoir été arrêté et accusé de soutenir l'OMPI en 1987. Il a passé un an à la prison d'Evine [de Téhéran], où il a été soumis à des tortures brutales. Le problème ici c’est que le régime iranien met en œuvre un plan visant à intimider, arrêter et exécuter les familles des résidents d'Achraf ou ceux qui sont déjà allés voir leurs proches à Achraf.

VOA : Savez-vous combien de parents de résidents d'Achraf ont été arrêtés en Iran ?

Mehrnia : Selon les informations dont je dispose, environ 140 parents des résidents d’Achraf ont été arrêtés jusqu'à présent. On ne sait rien de l’état dans lequel se trouvent la plupart d’entre eux où leur lieu de détention. On ne sait pas de quoi qu'ils sont inculpés et il n'y a pas non plus de recours juridique à leur disposition. La raison de ces arrestations, après toutes ces années et surtout après le soulèvement du jour de l’Achoura, c’est simplement de répandre la peur dans le but de faire cesser la révolte. Mais, plus le régime réprime et commet ce genre de crimes, et plus le peuple iranien est déterminé à se libérer.