lundi, novembre 28, 2022
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Elaph rencontre les familles iraniennes près de la Cité d’Achraf en Irak

 Par Nazzar Jaf

Site Elaph (en arabe), 22 février – La situation des familles iraniennes qui voulaient voir leurs proches membres de l’’organisation d’opposition les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), n’est toujours pas résolue et présente de multiples complications et problèmes. Ils sont venus en secret, sans que le régime iranien ne le sache, pour voir leurs enfants après des années pénibles de séparation. A moins de 600 mètres de l’entrée de la Cité d’Achraf, le bastion de l’OMPI, ces familles attendent avec impatience d’être autorisées à y entrer.

Il y a six familles, soit au total 19 personnes, amenées dans deux locaux situées en face de la Cité d’Achraf City pour inspection et questions de sécurité. Ce sont deux petites salles qui ne peuvent pas contenir toutes les familles. Il n’y a pas de d’installation pour l’hygiène personnelle, leur dernière douche remonte à deux semaines. Ils ne peuvent pas quitter les salles et ne disposent que de produits de base envoyés par des membres de l’OMPI de la Cité d’Achraf. L’OMPI et le gouvernement irakien sont enfermés dans une guerre de mots concernant l’entrée de ces familles à Achraf. Les autorités de la Cité d’Achraf nient avec véhémence les accusations du gouvernement irakien et insistent sur le fait que [l’OMPI] ne s’abaisserait jamais à jouer avec le sort de ces familles innocentes ; des familles dont le seul crime est de vouloir voir leurs enfants après des années de séparation.

L’opposition iranienne à Paris a révélé des informations classifiées sur les pressions imposées par le gouvernement iranien à son pendant irakien en vue d’infliger des préjudices à aux résidents de la Cité d’Achraf. Des sources de l’opposition iranienne ont dit à Elaph posséder des e-mails et autres documents pertinents à cet égard, qu’ils peuvent fournir à toute organisation internationale indépendante ou à une mission d’enquête de l’ONU à Genève. Des témoins sont également prêts à témoigner devant un tribunal en cas de besoin.

Les sources de l’opposition disent que le régime iranien a souligné dans ces documents que le gouvernement irakien doit agir de manière à obliger les résidents d’Achraf à retourner en Iran, et doit également annoncer que tous les résidents, sauf 54 d’entre eux, ont été graciés par le gouvernement iranien. La preuve dont dispose l’opposition iranienne à Paris comprend la demande de juger et de punir ces 54 personnes en Irak. Selon la preuve, aucun Irakien ou étranger ne doit être autorisé à entrer dans la Cité d’Achraf, sans l’autorisation officielle du gouvernement irakien et la connaissance préalable de l’ambassadeur iranien à Bagdad. Les documents indiquent également que le gouvernement iranien a l’intention de transformer Achraf en prison. Le gouvernement irakien doit aussi mettre sur pied une équipe d’espions composée de personnes qui parlent le persan, afin de soutirer des informations aux résidents d’Achraf, disent les documents.

Pour enquêter sur les problèmes auxquels ils sont confrontés, Elaph a rencontré les membres de ces familles.

Les Irakiens ont confisqué nos passeports

S.D. a 50 ans et attend de voir son fils. Elaph lui a demandé depuis combien de temps il attendait l’autorisation d’entrer à Achraf pour voir son fils. Il a répondu : « Tout d’abord, après que le régime de la République islamique ait annoncé que les forces irakiennes allaient expulser les résidents de la Cité d’Achraf et les livrer à l’Iran ou les envoyer dans d’autres pays, nous nous sommes inquiétés du sort de nos enfants à Achraf. Depuis le premier jour où nous sommes arrivés, il y a huit jours, ils ont refusé de nous accorder la permission d’entrer à Achraf et de rencontrer nos enfants. Mais, plus important encore, les responsables irakiens ont confisqué nos passeports. Cela nous inquiète et nous effraye, parce que si les passeports tombent entre les mains de responsables iraniens, cela nous mettra bien plus en danger. »

Il a indiqué que cela faisait plus de 10 ans qu’il n’avait pas vu son cadet. En ce qui concerne l’obstacle pour voir son fils et à qui tout cela profitait le plus, il a dit que « les responsables irakiens ne nous ont donné aucune explication, et c’est ce qui nous inquiète pour les résidents d’Achraf. Il y a un mois, 18 personnes qui voulaient venir à Achraf pour une visite, ont été arrêtées à Téhéran. Celui qui bénéficie de cette obstruction est le régime de la République islamique, qui n’est certainement pas une république, encore moins islamique. »

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi ils n’avaient pas communiqué leur situation à des organisations internationales, il a déploré : « malheureusement, nous n’avons aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. Nous ne disposons que d’un téléphone portable dont la batterie s’épuise. Donc, nous n’avons pas la possibilité de contacter les responsables des autorités internationales et de leur faire part de nos problèmes. Et comme les responsables irakiens ont confisqué nos passeports, nous ne pouvons pas non plus nous rendre à la ville la plus proche pour faire connaître à l’extérieur nos préoccupations.» Quand on lui demande s’il espère voir ce problème se résoudre, il répond que « compte tenu que nous avons beaucoup entendu parler de l’hospitalité des Arabes et des bonnes coutumes du peuple irakien, nous espérons que cette question se résoudra, mais à condition que la République islamique ne s’immisce pas en Irak. »

Nous étions très enthousiaste à l’idée de venir ici, mais maintenant, nous espérons que cette enthousiasme ne se transforme pas en pessimisme

Mme « Hengameh A. », 49 ans, a dit à Elaph que, « nous sommes venus à Achraf, avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, mais nous avons été confrontés à des soldats irakiens qui nous ont empêché d’y entrer. Nous sommes ici depuis sept jours dans deux locaux exigus en attendant une autorisation d’entrer. » Concernant ce qui les empêche d’entrer à Achraf pour rendre visite à leurs familles, Hengameh a déclaré à Elaph : « tout d’abord des soldats irakiens nous ont empêchés d’entrer. Un comité nous a informés au nom de Movaffagh al-Roba’i que nous ne pouvions voir nos enfants à Achraf que pendant deux heures et à l’extérieur de la Cité d’Achraf. » Elle est venue à Achraf pour voir ses enfants qu’elle n’a pas vus depuis plus de cinq ans, et espère les rencontrer le plus tôt possible. Concernant la justification pour les empêcher d’entrer à Achraf jusqu’à présent, elle a dit : Lorsque nous le demandons aux Irakiens, ils nous disent qu’ils ont des ordres de hauts responsables.

Movaffagh al-Roba’i nous a empêchés d’entrer à Achraf

Mahine K., une adolescente de 16 ans, explique qu’elle est venue à Achraf, avec beaucoup d’enthousiasme pour voir sa tante, mais qu’elle a été choquée de trouver des soldats irakiens qui n’ont pas permis que cela se produise. Elle dit que sa tante est à Achraf depuis près de huit ans, et dénonce les horribles conditions à l’intérieur des deux locaux où ils séjournent pour obtenir la permission d’entrer Achraf. Elle mentionne également que certaines personnes sont malades et que les conditions leurs sont intolérables. « Il n’y a pas une once de compassion ou de sympathie dans le cœur de Movaffagh al-Roba’i », souligne-t-elle. Mahine espère voir de près sa tante qui l’a quittée il y a 15 ans. Elle veut aussi voir comment vit sa tante à Achraf et comment se passent ses journées. Quand nous lui avons dit que les autorités irakiennes prétendaient que c’était l’OMPI qui empêchait les familles d’entrer à Achraf et non pas les autorités irakiennes, elle a dit : « C’est un pur mensonge et une accusation. L’OMPI est tout à fait prête à nous recevoir à Achraf, mais Movaffagh al-Roba’i est celui qui s’y oppose et il a publié des ordres là-dessus. » Pour finir, Mahine a souligné que le seul bénéficiaire du problème actuel est le régime iranien.

Une autre jeune fille, «R. R. », âgée de 17 ans, a répondu à une question sur la manière d’obtenir de l’aide de responsables d’organisations internationales, qu’après avoir attendu près de 10 ans pour voir son frère et son oncle, et qu’après avoir supporté d’horribles conditions et accusations en entrant [en Irak], elle était venue à Achraf avec plusieurs membres de sa famille, mais avait été empêchée d’y entrer par des soldats irakiens. Maintenant, cela faisait plus de huit jours qu’elle attend en vain. Elle souligne les mauvaises conditions auxquelles ils sont confrontés dans l’attente de l’autorisation d’entrer à Achraf, et ridiculise l’allégation selon laquelle l’OMPI les en empêcherait. Comment peut-on croire une allégation aussi stupide, demande-t-elle, en ajoutant : « Est-il logique pour les fils et les filles, les pères et les mères, de punir leurs proches qui veulent les voir ou de les exploiter à des fins ambigües et indignes ? »  Elle raconte que lorsqu’elle avait sept ans, son frère et son oncle ont rejoint l’OMPI, et elle ne peut pas attendre plus pour les voir. Elle est certaine qu’ils pensent la même chose, et se dit choquée par les tentatives de transformer Achraf en prison en empêchant les visites et en proposant des rencontres d’à peine deux heures avec leurs proches en dehors d’Achraf. Comme nous le savons tous, c’est ce qui se passe à la prison d’Evine [de Téhéran]. RR mentionne qu’elle et d’autres parents ont écrit des lettres aux organisations internationales pour leur décrire leur situation et leur demander de les aider et d’intervenir. Mais, jusqu’ici, ils n’ont pas reçu une réponse qui permettent d’atténuer leur douleur.

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