
Le régime iranien est confronté à sa crise économique la plus grave depuis des années. Les prix des produits alimentaires de base ont doublé en quelques mois, la monnaie nationale s’effondre et le gouvernement est contraint d’autoriser les citoyens à acheter des produits de première nécessité à crédit, avec des subventions futures garanties. Les médias d’État et les annonces officielles du 29 avril 2026 confirment que des années de pressions accumulées ont désormais engendré des difficultés quotidiennes pour les Iraniens ordinaires.
Les produits de première nécessité deviennent inabordables
L’Association du sucre et des sucreries d’Iran a annoncé le 29 avril que le nouveau prix du sucre conditionné, TVA comprise, s’élève désormais à 125 000 tomans le kilogramme. Quelques semaines auparavant, entre fin mars et début avril 2026, ce même produit coûtait 95 000 tomans. Selon des médias iraniens, une boîte d’œufs se vend maintenant autour de 600 000 tomans, soit environ 20 000 tomans l’œuf. Ces flambées des prix s’inscrivent dans une tendance plus générale qui touche de nombreux produits de base.
D’après des reportages de terrain publiés dans les médias iraniens le 29 avril, de nombreux ménages ont commencé à vendre de l’or et d’autres biens pour subvenir à leurs besoins quotidiens. En réponse, le gouvernement a approuvé un nouveau dispositif permettant aux familles bénéficiant d’aides sociales d’acheter des produits de première nécessité à crédit tous les deux mois, dans la limite du montant de leur allocation mensuelle. Le crédit est accordé par des commerçants privés, l’État garantissant le remboursement en déduisant le montant des futures subventions en cas de défaut de paiement des ménages. Cette mesure, proposée par l’Organisation pour la planification et le budget et le ministère du Travail et des Affaires sociales, a été approuvée cette semaine par le gouvernement.
Les données de la Banque centrale révèlent une forte hausse de l’inflation
La Banque centrale d’Iran a annoncé que le taux d’inflation sur 12 mois, jusqu’à fin mars 2026, s’établissait à 53,7 %. Cependant, l’inflation relative pour l’ensemble des biens a atteint 73,5 %. Le journal Donya-e Eqtesad, dans son analyse publiée le 29 avril, a présenté trois scénarios pour le reste de l’année. Dans le scénario le plus optimiste, celui d’un accord avec les États-Unis, l’inflation atteindrait tout de même 49 %. Le maintien d’une situation de « ni guerre ni paix » la ferait grimper à 67 %, tandis qu’une reprise des hostilités déclencherait une hyperinflation de 123 %.
L’agence de presse officielle ISNA a rapporté le 29 avril que le taux de change du dollar sur le marché libre avait dépassé les 181 000 tomans. La devise a gagné plus de 23 000 tomans en seulement deux jours, passant d’environ 157 000 tomans le 27 avril. L’euro a dépassé les 210 000 tomans et la livre sterling a franchi la barre des 240 000 tomans. L’Union de l’or et de la joaillerie a annoncé le même jour qu’une nouvelle pièce d’or avait dépassé les 209 millions de tomans, contre 185 millions deux jours auparavant, tandis que l’or 18 carats atteignait 20 222 000 tomans le gramme.
L’agence ISNA a rapporté que la demande de devises était plus forte qu’au cours des derniers jours, ce qui explique en partie la récente flambée des prix. Cette hausse coïncide avec le blocus naval américain des ports iraniens, entré en vigueur le 13 avril 2026, suite à l’échec des négociations. Le président américain Donald Trump a affirmé que chaque jour de ce blocus coûtait à l’Iran 500 millions de dollars de recettes pétrolières perdues. Le régime iranien a toutefois rejeté cette allégation, qualifiant ce chiffre de propagande exagérée et insistant sur le fait que les exportations de pétrole continuaient d’être gérées efficacement malgré les restrictions. Ces restrictions ont fortement limité les exportations de pétrole, entraînant une dépréciation du rial et incitant les citoyens à se tourner vers des valeurs refuges comme le dollar et l’or.
Logement, automobile et vie quotidienne : les conséquences économiques d’un conflit plus vaste
L’agence ILNA a rapporté le 26 avril que la demande de logements dans les villes de province avait explosé après les 40 jours de conflit, faisant grimper les prix de plus de 40 % dans certaines régions et entraînant une nouvelle vague de hausses à Téhéran. Sur le marché automobile, le prix d’une berline automatique Dena Plus a augmenté de 100 millions de tomans en une seule journée pour atteindre 2,9 milliards de tomans, tandis que celui d’une Tara automatique a grimpé de 130 millions de tomans pour s’établir à 2,78 milliards de tomans. Les concessionnaires ont évoqué des pénuries d’acier dues aux dégâts causés aux installations de Mobarakeh Steel pendant le conflit.
Yaghoub Andayesh, vice-ministre du Travail chargé des affaires sociales, a déclaré que 98 % des 86,9 millions de personnes éligibles au système de coupons électroniques ont déjà épuisé leurs crédits. Les rapports économiques nationaux montrent que même les familles à revenus moyens réduisent désormais leur consommation de viande, de poulet, d’œufs et de produits laitiers, transformant ces aliments, autrefois partie intégrante de leur alimentation, en achats occasionnels, voire supprimés.
Le gouvernement reconnaît ses limites alors que la coupure d’Internet entre dans son troisième mois
La coupure d’Internet, qui dure depuis trois mois, représente un fardeau supplémentaire considérable. La Chambre de commerce iranienne estime les pertes quotidiennes directes entre 30 et 40 millions de dollars, un chiffre qui grimpe à 70-80 millions de dollars en incluant les effets indirects. Le ministre des Communications, Sattar Hashemi, a décrit cette coupure comme une « menace directe pour l’emploi » de quelque 10 millions de personnes. Malgré cela, aucune levée de ce blocage n’a été annoncée. Le service « Pro Internet », limité et réservé à certaines entreprises, a été critiqué en interne, et le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Eje’i, a ordonné le 27 avril une enquête sur les modalités d’accès. Distribué.
Au 29 avril 2026, les données officielles du régime iranien et les médias d’État dressent un tableau cohérent d’une crise née de décennies de pillage, de corruption, de négligence et de bellicisme : effondrement de la monnaie, chocs d’approvisionnement dus aux restrictions sur les ventes de pétrole et politiques qui hypothèquent les aides sociales futures pour maintenir les commerces ouverts. Les chiffres de la Banque centrale indiquent que le pays fonce droit vers une catastrophe socio-économique majeure. Pour des millions d’Iraniens, le quotidien se résume désormais à un choix : vendre leurs biens familiaux, acheter des produits de première nécessité à crédit en misant sur les subventions de demain, ou descendre à nouveau dans la rue.

