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Guerre et mauvaise gestion plongent l’Iran dans une récession économique totale

Guerre et mauvaise gestion plongent l'Iran dans une récession économique totale
Téhéran, 29 décembre 2025 — Des commerçants des bazars de Lalehzar et Toopkhaneh manifestent contre la flambée des prix et les difficultés économiques, appelant la population à les soutenir.

L’économie iranienne traverse actuellement sa crise la plus grave depuis les années 1940, sous l’effet conjugué des difficultés logistiques d’après-guerre, des dévaluations monétaires agressives et d’une coupure totale du numérique. Si un cessez-le-feu fragile a mis fin aux affrontements directs, les artères commerciales de l’État restent paralysées. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour la quasi-totalité du commerce national, a connu une chute de 90 % de son volume de transit au plus fort du conflit. Cette paralysie logistique a non seulement affecté le secteur pétrolier, mais a également interrompu l’approvisionnement en matières premières essentielles, contraignant les importateurs à emprunter des voies terrestres coûteuses et irrégulières via la Turquie.

Les répercussions internes sont particulièrement visibles dans le secteur pharmaceutique, qui subit actuellement une défaillance systémique de sa chaîne d’approvisionnement. Cette crise résulte à la fois de perturbations externes et d’une modification délibérée de la politique monétaire. Selon des rapports internes, le gouvernement a drastiquement réduit l’allocation de taux de change préférentiels, qui ne couvre plus que 10 % des médicaments et matières premières importés. Les 90 % restants doivent être obtenus via le taux Nima, qui a connu une hausse historique après l’unification monétaire début 2026. Ce virage budgétaire a fait grimper le prix des médicaments de base de plus de 300 %, plongeant les patients nécessitant des traitements spécifiques – notamment l’insuline ou les traitements contre le cancer – dans une situation d’incertitude potentiellement mortelle.

L’architecture de l’échec et le mythe de la résilience

Malgré les pénuries manifestes, les responsables de l’État persistent à affirmer que l’infrastructure reste intacte. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’industrie pharmaceutique (FDA) a publiquement déclaré que « le pays ne fait pas face à une grave pénurie de médicaments » grâce à la constitution de stocks stratégiques et au recours au réseau de 18 000 pharmacies qui constituent une « réserve capillaire » pour le pays. Cependant, ce discours sur la « résilience » est de plus en plus en décalage avec la réalité du secteur industriel. L’Organisation pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (OIRE) a récemment fait état d’une perte colossale de 1,5 milliard de dollars suite à des attaques contre des entrepôts de matériel solaire, qui ont détruit des stocks essentiels de panneaux et d’onduleurs.

Les données internationales confirment que la capacité totale d’énergies renouvelables de l’Iran reste infime par rapport à ses propres besoins déclarés, avec un déficit de plusieurs milliers de mégawatts. Ce déficit croissant résulte directement d’une mauvaise gestion chronique et d’une incapacité à moderniser des installations vieillissantes. Par conséquent, le secteur énergétique du pays est marginalisé sur la scène régionale ; des pays voisins comme l’Arabie saoudite, Israël et les Émirats arabes unis disposent désormais de capacités de production d’électricité quatre à cinq fois supérieures à la production iranienne actuelle. Cet écart souligne le déclin irrémédiable de la capacité de l’État à fournir une énergie stable, rendant le réseau électrique national de plus en plus vulnérable à l’effondrement.

Pressions inflationnistes et décimation de la main-d’œuvre numérique

Les indicateurs macroéconomiques publiés par la Banque centrale du régime illustrent un contexte d’hyperinflation. L’indice des prix des produits de base a bondi de 95,7 % en avril dernier par rapport à l’année précédente. Plus alarmant encore, les produits alimentaires de base représentent désormais 85 % du salaire minimum. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a officiellement placé l’Iran dans sa catégorie « Alerte inflationniste des prix alimentaires », un statut partagé avec des pays comme le Soudan. Avec une inflation annuelle officielle supérieure à 50 %, le Fonds monétaire international prévoit un pic à 69 % d’ici la fin de l’année, le taux le plus élevé enregistré en Iran depuis l’occupation du pays pendant la Seconde Guerre mondiale.

À cette situation déjà critique s’ajoute la coupure numérique imposée par l’État, qui est devenue la plus longue coupure d’Internet à l’échelle nationale de l’histoire. Si l’agence de presse Tasnim, contrôlée par les Gardiens de la révolution, a justifié cette mesure comme une nécessité pour lutter contre une « machine de guerre psychologique » et les « fausses informations », le coût économique est catastrophique. Le ministre des Communications Sattar Hashemi a reconnu qu’environ 10 millions de personnes, appartenant pour la plupart à des catégories socio-économiques faibles ou moyennes, travaillent dans des secteurs qui dépendent d’une connexion numérique stable. Pour ces millions de personnes, la coupure d’Internet n’est pas un simple désagrément, mais une véritable paralysie de leurs moyens de subsistance. Comme l’a souligné le ministre, « l’instabilité persistante d’Internet constitue une menace directe pour l’emploi de cette population massive ».

Stagnation industrielle et érosion de la protection sociale

Le secteur manufacturier montre également des signes d’épuisement. Selon des rapports d’agences pour l’emploi iraniennes, à l’usine textile de Borujerd, l’un des principaux employeurs de la région, 700 des 800 employés ont été licenciés, leurs contrats n’ayant pas été renouvelés pour la nouvelle année. L’usine, qui regroupait autrefois des unités de filature, de tissage et de confection, invoque une pénurie totale de matières premières pour justifier les licenciements. Seul un personnel réduit de sécurité et d’entretien demeure, tandis que des années d’expérience des ouvriers sont perdues dans l’attente d’une hypothétique réouverture dans trois mois.

Avec l’érosion du tissu industriel, le système d’assurance est au bord de l’effondrement. Accablés par les dettes, les assureurs ne parviennent plus à compenser l’explosion du coût des médicaments, contraignant les travailleurs à choisir entre santé et survie. Face à une inflation alimentaire atteignant 112 % et à la disparition de millions d’emplois numériques, le discours de « résilience » de l’État s’est effondré. Ce désespoir systémique n’est plus une simple crise économique ; c’est un catalyseur explosif. Alors que la population atteint ses limites, la paralysie économique actuelle ouvre la voie à d’inévitables soulèvements populaires à l’échelle nationale.