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L’effondrement économique de l’Iran s’aggrave : la guerre, l’inflation et l’isolement paralysent le quotidien

L'effondrement économique de l'Iran s'aggrave : la guerre, l'inflation et l'isolement paralysent le quotidien
Bâtiments détruits et véhicules endommagés à Téhéran, sur l’autoroute Bagheri et la rue Tahamtan, le 16 mars 2026

La crise économique iranienne dépasse largement le cadre d’une simple coupure d’internet. On assiste aujourd’hui à un effondrement complexe où les dégâts de la guerre, les perturbations du commerce, la pression sur les prix et la destruction du marché du travail convergent, contraignant les familles ordinaires à supporter le coût de politiques qu’elles n’ont pas choisies et auxquelles elles ne peuvent échapper.

Signe le plus frappant de l’ampleur des dégâts : même des voix proches du pouvoir reconnaissent désormais la gravité du choc. Les dirigeants syndicaux eux-mêmes ont averti que la récente guerre avait supprimé 130 000 emplois directs et 600 000 emplois indirects, tout en soulignant que le bilan réel du chômage pourrait être plus lourd.

Parallèlement, la coupure numérique est devenue une arme économique aux conséquences considérables. Les restrictions d’accès à Internet ne se limitent pas à la simple consultation des réseaux sociaux ou à l’actualité internationale. Elles perturbent les ventes, les paiements, les systèmes de livraison, les communications et l’accès des clients pour d’innombrables entreprises. Dans un pays où de nombreux ménages dépendent du travail numérique, du commerce en ligne ou des services à distance, cette paralysie a engendré des licenciements et des pertes de revenus.

Pertes d’emplois, entreprises en difficulté

Les premières victimes ont été les petites entreprises et les vendeurs en ligne, mais les dégâts ne s’arrêtent pas là. Des rapports nationaux font désormais état de licenciements plus importants au sein des grandes entreprises, ce qui signifie que la crise s’est propagée des secteurs les plus fragiles de l’économie aux principales activités commerciales. Lorsque l’accès à Internet devient incertain, la planification des entreprises devient impossible et les employeurs commencent à réduire leurs effectifs pour survivre.

Cette situation a particulièrement durement frappé les secteurs dépendant d’une connectivité permanente : commerce électronique, logistique, technologies, médias, éducation et services. Pour de nombreux travailleurs, une interruption d’activité signifie un salaire en moins. Pour les petites entreprises, cela peut entraîner une fermeture définitive. Pour l’économie dans son ensemble, cela se traduit par une érosion constante de la confiance, des investissements et des capacités de production.

Le marché du travail était déjà fragilisé avant cette nouvelle vague de perturbations. Les rapports nationaux ont montré à maintes reprises que la pauvreté reste très répandue et que les jeunes travailleurs sont confrontés à de sérieux obstacles à l’emploi stable. L’inflation a réduit le pouvoir d’achat, tandis que la croissance de l’emploi est restée inférieure aux besoins d’une population croissante et de plus en plus frustrée.

Hausse des prix, stagnation des revenus

La crise économique iranienne frappe désormais les ménages par le biais d’une forte hausse des prix et d’une dépréciation de la monnaie. Le rial a perdu la majeure partie de sa valeur à long terme au fil des ans, et selon des rapports récents, le dollar s’échangeait à 155 000 tomans, ce qui renchérit rapidement le coût des importations, des produits alimentaires, des transports et des médicaments.

L’inflation, officiellement autour de 68 %, n’est pas un problème abstrait ici ; c’est une pression quotidienne. Lorsque les prix augmentent de façon exponentielle sur une courte période, les salaires chutent presque immédiatement. Même une légère hausse du prix des aliments ou du loyer peut amputer une part importante du budget mensuel d’une famille, en particulier pour les travailleurs et les retraités dont les revenus sont fixes tandis que les coûts ne cessent d’augmenter.

Cette pression se fait également sentir dans les transports et les services essentiels. Une augmentation de 25 % des tarifs des transports à Téhéran signifie que les usagers paient un quart de plus pour se rendre au travail, tandis que le coût du carburant, des réparations et du transport de marchandises continue de peser sur l’économie. Parallèlement, le modèle d’accès à Internet à plusieurs niveaux mis en place par le gouvernement facturerait environ 2 millions de tomans pour les forfaits de base, avec un prix d’environ 8 000 tomans par gigaoctet pour les données nationales et d’environ 40 000 tomans par gigaoctet pour les données internationales, rendant ainsi une connexion stable inaccessible à de nombreuses familles.

C’est pourquoi la crise est si durement ressentie au quotidien : une famille peut voir ses frais de transport augmenter de 25 %, une autre peut considérer l’accès à Internet comme un luxe, et toutes subissent la dépréciation de la monnaie qui réduit le pouvoir d’achat de chaque rial. La réponse de l’État n’a pas stabilisé le coût de la vie ; au contraire, elle a creusé le fossé entre les priorités officielles et la capacité des citoyens à survivre.

Un État préoccupé par d’autres enjeux

Le problème politique de fond est que le régime semble reléguer les difficultés économiques au second plan. Son attention reste focalisée sur le contrôle, la sécurité et la confrontation extérieure, alors même que les moyens de subsistance de la population se détériorent. Ce décalage explique pourquoi la crise est si durement ressentie par les Iraniens : on leur demande de faire des sacrifices sans qu’ils aient la moindre preuve que leur survie soit la principale préoccupation de l’État.

C’est aussi pourquoi la situation actuelle est devenue socialement destructrice. Les licenciements massifs ne se contentent pas de réduire les revenus ; ils portent également atteinte à la dignité, à la stabilité familiale et au tissu social. La confiance est mise à rude épreuve. Lorsque les travailleurs apprennent que des dizaines, voire des centaines de milliers d’emplois ont été détruits, et constatent ensuite que l’État met en œuvre des politiques qui aggravent la pénurie, le sentiment d’abandon se renforce.

La crise économique que connaît l’Iran aujourd’hui n’est donc pas un événement isolé, mais une réaction en chaîne. Les dégâts de la guerre ont affecté l’emploi et les infrastructures. Les restrictions d’accès à Internet ont perturbé l’activité économique et l’emploi. L’inflation a érodé le pouvoir d’achat des ménages. Et les priorités de l’État sont restées axées sur le contrôle plutôt que sur la relance. Cette conjugaison engendre un niveau de précarité qui se reflète désormais dans les aveux proches du pouvoir, le comportement des marchés et le quotidien des citoyens.

Ce qui rend la situation particulièrement dangereuse, c’est que les dégâts s’accumulent et alimentent une colère sociale qui pourrait exploser à tout moment. Chaque jour de restriction d’accès à Internet, chaque vague de licenciements, chaque hausse du coût de la vie et chaque nouvelle fermeture d’entreprise éloigne davantage la reprise et exacerbe la colère populaire. L’Iran n’est plus confronté à un choc passager ; il se dirige vers une explosion sociale de grande ampleur, à mesure que l’ordre économique se fissure sous le poids de décisions qui privilégient la survie du régime au détriment du bien-être public.