
La crise monétaire iranienne a atteint un nouveau record le 30 août 2026, le dollar grimpant à environ 208 000 tomans dans les échanges en ligne après avoir clôturé la veille près de 206 400 tomans. Cette hausse est d’autant plus frappante que la Banque centrale avait déjà lancé une initiative d’envergure pour accroître l’offre de dollars en espèces après le franchissement du seuil des 200 000 tomans par la devise.
Le 29 août, la Banque centrale a révélé que, sur une enveloppe de 500 millions de dollars en billets mis à disposition via les banques, seuls 20 millions avaient été effectivement achetés entre le 25 et le 27 août. L’institution a présenté ce chiffre comme la preuve que la demande de liquidités était plus faible que prévu, affirmant rester prête à honorer des commandes allant jusqu’au montant total de 500 millions de dollars. Pourtant, le cours du dollar sur le marché libre a immédiatement atteint un nouveau sommet, creusant l’écart entre l’analyse du marché faite par les autorités et les prix auxquels les Iraniens sont réellement confrontés.
Le danger réside dans la suite des événements. L’affaiblissement du rial renchérit le coût des importations et des intrants de production en monnaie locale, alors même que les effets des précédents chocs de change ne se sont pas encore pleinement répercutés sur les prix. Le président du régime, Masoud Pezeshkian, a reconnu ces tensions lors de sa dernière interview à la télévision d’État, admettant que le gouvernement n’avait pas réussi à augmenter les aides alimentaires comme promis : « Nous avons honte devant le peuple. »
L’essence devient un risque systémique
Parallèlement, la crise du carburant se déplace des stations-service vers le système de distribution sous-jacent. L’agence de presse Shana, organe du ministère du Pétrole, a rapporté le 29 août que la consommation moyenne d’essence avait bondi, passant de 138 millions de litres par jour en août à environ 145 millions de litres au cours des cinq premiers jours du mois suivant. Plus important encore, la Compagnie nationale iranienne de raffinage et de distribution de pétrole a reconnu qu’une partie des infrastructures logistiques et de stockage de carburant de Téhéran avait été endommagée, ralentissant les livraisons et contribuant à la formation de files d’attente.
La commission de l’énergie du Parlement a dressé un tableau encore plus inquiétant. Son porte-parole, Reza Sepahvand, a estimé la production à environ 132 millions de litres par jour, alors que la consommation avait déjà dépassé les 137 millions et risquait d’atteindre les 140 millions. Il a également affirmé que les autorités puisaient dans les réserves d’essence pour compenser ce déséquilibre, tout en insistant sur le fait qu’il n’y avait « aucun problème » d’approvisionnement du pays.
Ce qui inquiète les autorités, ce n’est pas seulement la pénurie, mais ce qu’une tentative d’y remédier pourrait déclencher. Le 30 août, Gholam-Ali Haddad-Adel a lancé cet avertissement public : « Il ne faut pas que les gens se réveillent un vendredi matin en constatant que l’essence a augmenté. » Il a souligné que tout changement nécessitait une « unité et une cohésion nationales » et devait prendre en compte la réaction sociale. Ces propos sont révélateurs : la tarification du carburant n’est pas considérée simplement comme une décision économique, mais comme un choc politique et sécuritaire potentiel.
L’État à court d’options faciles
L’État se retrouve donc pris au piège d’impératifs contradictoires. Il doit freiner la demande, car la production et la distribution ne peuvent plus soutenir aisément la consommation actuelle, mais le rationnement ou la hausse des prix risquent de provoquer la colère de la population. Il doit stabiliser le rial, mais la monnaie continue de s’affaiblir malgré les interventions. Enfin, il devrait protéger le pouvoir d’achat des ménages au moment même où la dépréciation de la monnaie et la hausse des coûts de l’énergie menacent de déclencher une nouvelle vague inflationniste.
La situation se dégrade également sur le plan de l’emploi. L’agence Tasnim, proche du pouvoir, a reconnu que les réductions d’effectifs étaient devenues un problème majeur dans les unités de production ; le député Mohammad Rashidi a averti que la situation était critique à l’échelle nationale, et plus particulièrement à Kermanshah. Parallèlement, l’agence Mehr a rapporté le 30 août que le taux de chômage de 11,9 % à Kermanshah plaçait à nouveau la province en tête du classement national du chômage.
Dans leur ensemble, ces derniers développements illustrent la réduction de la marge de manœuvre de Téhéran. Le régime ne peut stabiliser la monnaie en se contentant de proposer des dollars, ne peut soutenir indéfiniment la consommation d’essence alors que la logistique et les réserves sont sous tension, et ne peut aisément imposer une hausse des coûts à une société dont le pouvoir d’achat s’érode déjà. Ce qui frappe dans la crise actuelle, ce n’est pas une statistique isolée, mais la convergence des pressions liées à la monnaie, au carburant, à l’emploi et aux ménages, qui place le régime face à des décisions économiques inévitables dont ses propres responsables craignent qu’elles n’embrasent une société déjà explosive à l’échelle nationale.

