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Au cours de l’année écoulée, les médias et les analyses économiques en Iran ont révélé une réalité alarmante : les politiques et les pratiques du régime non seulement n’ont pas permis de réduire les inégalités, mais ont au contraire renforcé et normalisé un ordre social plus dur et plus exploiteur. Des médecins contraints de quitter leur profession aux familles qui ne peuvent plus se permettre les fournitures scolaires, les signes pointent vers une paupérisation systémique qui renforce le contrôle de l’élite tout en semant les germes d’une instabilité politique.
Une société remodelée par l’exploitation
Les médias indépendants et semi-officiels ont documenté une série d’indicateurs sociaux et économiques qui dessinent le tableau d’un pays en proie à un creusement des inégalités. Les rapports montrent des professionnels qui abandonnent leur métier, des loyers qui absorbent une part croissante des revenus, des prix des produits alimentaires et des services de base qui deviennent inabordables, et des familles fragilisées par la crise économique. Des articles d’Arman Emrooz et de Shargh ont mis en lumière la tendance inquiétante des professionnels de la santé à quitter la clinique pour d’autres emplois, un phénomène qui témoigne de la grave pénurie de personnel médical.
Ces pressions ne sont pas des effets secondaires : les choix politiques, les privilèges institutionnels et une économie axée sur la rente et le clientélisme ont fait des inégalités un phénomène structurel. Les rapports montrent que les familles de Téhéran dépensent une part disproportionnée de leurs revenus pour le logement, tandis que la stagnation des salaires et l’inflation aggravent la situation des travailleurs. Des titres comme « Le logement absorbe 60 % des revenus des Téhéranais » et « Salaires fixes, prix volatils » illustrent la réalité vécue par une population piégée.
Des enfants privés d’éducation
Le symptôme le plus flagrant de la dégradation sociale est sans doute le coût croissant de l’éducation de base. Des articles récents de la Mehr News Agency révèlent que le prix des fournitures scolaires à Téhéran a explosé : les enquêtes sur le terrain et les études de marché estiment que le coût d’un simple cartable a atteint des millions de tomans, faisant de l’école un luxe pour de nombreuses familles. Parallèlement, des représentants du secteur ont déclaré publiquement que des millions d’élèves ne peuvent se permettre le matériel scolaire et dépendent de l’aide caritative. Ces aveux révèlent un échec de la politique publique : les besoins liés à l’éducation sont externalisés aux familles et aux ONG au lieu d’être pris en charge par l’État. Le journal Eghtesad 120 a cité Amir Toiyserkani, producteur et vice-président de l’association des fabricants de papeterie, qui déclarait : « Cinq millions d’élèves dans le pays ne peuvent pas acheter de fournitures scolaires ; ce sont les associations caritatives qui les approvisionnent ». Ce constat souligne comment la pression du marché et la hausse du coût de la vie privent directement les enfants des ressources matérielles nécessaires à leur scolarité.
Pezeshkian’s confession: Iran’s economy in freefall, society on the brink of eruption https://t.co/HVrpJgh818
— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 11 août 2025
Privilèges pour les élites, précarité pour le reste de la population
Alors que les ménages ordinaires luttent pour survivre, les élites du régime et leurs réseaux continuent de bénéficier de privilèges institutionnels – salaires, allocations et postes à l’abri des difficultés économiques. Des commentateurs ont souligné que les sièges parlementaires et autres fonctions publiques constituent des postes sûrs et bien rémunérés, détachés des difficultés matérielles quotidiennes de la majorité. Un chroniqueur du site d’information Bahar News, propriété de l’État, s’est interrogé : les représentants qui travaillent rarement peuvent-ils justifier leurs privilèges ? Il a ajouté que les mécanismes de contrôle ont créé un parlement déconnecté de la population qu’il prétend représenter.
Cette division – sécurité pour les élites, précarité pour le peuple – a une logique politique. En permettant (voire en accentuant) les difficultés économiques, le régime maintient son contrôle : une population préoccupée par sa survie voit sa capacité de mobilisation politique limitée, tandis que le clientélisme renforce le pouvoir du régime.
La banalisation de ces injustices – par les titres de presse, le silence des autorités et le recours à la charité au lieu de la responsabilité de l’État – crée une dynamique politique dangereuse. Lorsque les institutions normalisent l’exploitation et la négligence, les ressentiments s’accumulent sous la surface. L’histoire et les études comparatives montrent que des inégalités prolongées et visibles, combinées à l’exclusion politique et à l’impunité, tendent à engendrer des troubles sociaux et, dans de nombreux cas, des ruptures brutales.

