
Le 30 janvier, le Guide Suprême du régime iranien, Ali Khamenei, s’est plaint de la crise économique du pays, accusant les responsables gouvernementaux, directement ou indirectement nommés par lui, d’être responsables de l’augmentation du taux d’inflation du pays.
Les propos de Khamenei contrastent fortement avec ses précédentes affirmations de « résilience économique« , confirmant que la prétention du régime à l’autosuffisance est un mirage.
« Si les responsables gouvernementaux avaient coopéré davantage ces dernières années, nous aurions pu atteindre plus de gloires« , a affirmé Khamenei. Mais il a rapidement fait
volte-face en déclarant : « Bien sûr, les statistiques macroéconomiques des années 2010 sont relativement insatisfaisantes. Les statistiques et la hausse du PIB, de la formation de
capital, de l’inflation, de la croissance des liquidités, du logement, de l’offre de machines et d’autres questions similaires ne sont pas satisfaisantes. L’impact sur les moyens de
subsistance de la population, dont nous nous préoccupons constamment, trouve son origine dans ces questions et ces faits. »
Malgré les efforts des apologistes du régime pour laisser entendre que les crises économiques misérables de l’Iran sont dues aux sanctions, Khamenei a reconnu que « la cause principale de ces crises n’est pas les sanctions. Les décisions erronées et l’inaction jouent un rôle important dans la survenance de ces problèmes. »
Les médias officiels ont reconnu certains faits concernant la situation financière misérable de l’Iran et les difficultés de la population. « La Banque centrale a publié des indicateurs
de l’économie iranienne au cours du deuxième trimestre de l’année. Les données présentées dans ce rapport confirment le ralentissement de la croissance économique au cours de cette période », a déclaré le 13 janvier le média officiel Jahan-e Sanat.
Selon Jahan-e Sanat, « une comparaison du taux de liquidité au cours des dernières années indique que le volume total des liquidités a augmenté de 166 % de 2018 à la fin du
mois de septembre de cette année. »
« La principale raison est que le gouvernement a toujours eu recours à la banque centrale pour compenser son déficit budgétaire. Selon les statistiques, la dette du gouvernement
envers la banque centrale a connu une croissance constante tout au long de l’année dernière, atteignant 50,8 % à la fin de 2021 », ajoute le journal.
« Bien que la Banque centrale n’ait pas annoncé de statistiques sur l’inflation depuis 2019, selon le Centre de statistiques sur l’inflation, celle-ci oscille toujours au-dessus de 40%. »
Le taux de chômage iranien s’envole également.
« Le taux de chômage est de 9,6 % au deuxième trimestre de 2021. Il a augmenté de 0,8 % depuis le printemps », ajoute Jahan-e Sanat.
« Sur la base du taux de chômage total et de l’inflation de cet été, l’indice de misère est de 55,4 %, soit une augmentation de 9,3 % et de 6,3 % par rapport à l’hiver dernier et à
ce printemps, respectivement« , reconnaît Jahan-e Sanat.
En d’autres termes, des millions d’Iraniens ne peuvent avoir une vie décente et se trouvent en dessous du seuil de pauvreté.
Alors que les Iraniens peuvent à peine gagner leur vie, les affiliés du régime et leurs proches mènent une existence somptueuse. Des informations et des photos de maisons
luxueuses et de voitures de luxe de responsables du régime circulent en ligne, en même temps que des vidéos déchirantes d’enfants iraniens qui travaillent et fouillent les poubelles
à la quête de nourritures.
« Les détournements de fonds, la corruption, les salaires astronomiques [des responsables] et la construction de tours de luxe envoient leur message à la société. [L’étalage de
leur vie luxueuse, l’humiliation des pauvres et la démonstration indirecte ou directe de leur supériorité sur les autres marquent l’âme des gens« , a écrit le quotidien officiel Etemad
le 1er février.
« Le fossé des classes fait rage dans le pays. Une classe aisée, bénéficiant des conditions de bien-être les plus élevées, mène une vie tellement aristocratique qu’elle peut être
comparée à Aristote Onassis et à la famille Rockefeller. Les pauvres vivent dans des situations difficiles comme l’ont fait les premiers musulmans (il y a 1 400 ans)« , a écrit le 2
février le quotidien officiel Jomhuri Eslami.
Khamenei dilapide les ressources et les richesses nationales dans le terrorisme et la répression intérieure. Tout en spoliant les biens du peuple pour préserver son régime, il verse des larmes de crocodile pour ce qui concerne la dégradation des indicateurs économiques de l’Iran.
D’ailleurs, le régime n’a pris aucune mesure économique sérieuse pour satisfaire les besoins de la population. En fait, sur ordre de Khamenei, le gouvernement d’Ebrahim Raïssi a l’intention de se passer du taux de change officiel alloué pour importer des biens essentiels à moindre prix. Le gouvernement d’Hassan Rouhani a d’abord introduit le taux de change officiel de 42 000 rials pour un dollar pour importer des biens essentiels à moindre prix. Le secteur privé, c’est-à-dire les entreprises privées des Gardiens de la
révolution (pasdaran), a été chargé d’importer ces biens. Par conséquent, les responsables du régime ont détourné des milliards de dollars tout en vendant les produits essentiels
à un prix plus élevé. Or, la suppression de ce taux fera exploser les coûts.
Le Majlis (parlement des mollahs) a rejeté le projet de Raïssi de supprimer le taux de change officiel dans son plan budgétaire, craignant une réaction populaire. Mais,
apparemment, Raïssi et son gouvernement n’hésiteront pas à puiser davantage dans les poches des Iraniens modestes.
Les crises économiques actuelles de l’Iran, causées par l’ineptie, la corruption et la mauvaise gestion du régime, ont transformé la société en une véritable poudrière. Les
protestations quotidiennes de personnes de tous horizons témoignent de cette explosivité. La récente manifestation nationale des enseignants, qui se sont engagés à « poursuivre
les protestations pour obtenir » leurs droits, est assez révélatrice.
Face à une société rétive, Khamenei, qui est lui-même responsable de cette situation désastreuse, parle de crise économique dans le cadre de sa politique de poudre aux yeux
pour détourner l’attention des gens de la véritable source de la corruption, à savoir la kleptocratie au pouvoir qu’il dirige. Pourtant, les slogans du peuple contre l’ensemble du
régime indiquent que Khamenei a échoué et que d’autres soulèvements se profilent, comme les médias officiels continuent de le mettre en garde.
« Le cri de la horde de chômeurs, des usines en faillite, de la sécurité sociale frustrée et des banques qui s’effondrent, est fort et clair« , a écrit le 31 janvier le quotidien officiel
Mostaghel.
« Lorsque la corruption est institutionnalisée, de graves bouleversements sociaux sont inévitables« , a écrit le quotidien, citant Mohammad Askari, l’un des députés du régime.

